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    Il y a des cris. Des hurlements, des sanglots, et le bruit du vent. Ça vient de loin, loin de cette petite clairière défraichie dans laquelle il se tient, peinant à reprendre son souffle. Sa gorge est nouée, brûlée, écorchée. Des jours entiers qu’il court à la recherche de la sortie de cet enfer vert. Il est enfermé, chassé, traqué. Comme un rat pris au piège du métal froid et déchirant caché sous ses pattes. Les ombres reviennent. Il faut courir, mais il n’a plus de souffle, plus d’air, plus de cœur, plus de force. Il y a des rires. Celui fou de sa sœur, les larmes de son frère et les pleurs de sa mère. Il n’y a que des ombres. La forêt va l’aspirer, le dévorer, le digérer. Il faut courir, vite, et maintenant. Fuir, et fuir loin.

    Il reprend sa course.

    Les arbres défilent, vite, trop vite, et il slalome entre les troncs, trébuche, se relève, et repart. C’est une transe, une danse. Les ombres le poursuivent, ricanent, sanglotent, geignent sur son chemin. Les visages fantomatiques des êtres aimés sont blancs, ternes, décolorés. Il ne pourra pas leur échapper, ni même les distancer.

    Et soudain, ses pieds s’emmêlent, et il chute.
    Il tombe pendant ce qui lui semble des heures, les doigts crispés sur tout ce qui lui reste d’un semblant d’amour, d’un semblant de réel, de vie, de merveille. Un éclat vermillon, et il tombe.
    Les lianes ne le rattraperont pas cette fois. L’eau ne le sauvera pas.
    C’est terminé.

    Le sol surgit et lui éclate les chevilles. Une nouvelle forêt se déploie, se crée, se met en position de combat. Mais cette fois, au travers des arbres naissent deux silhouettes. Deux corps dématérialisés, deux âmes liées. Ce sont des fantômes. Tout n’est que fumée, que vent, qu’illusion. Mais elles sont en couleur, alors il les suit.

    Il les aime. Enfin, il croit.
    Elles ne sont pas des ombres.

    Et devant lui, derrière les arbres, les âmes cavalent, courent à la recherche d’un salut qu’elles ne trouveront pas. Pourquoi est-il encore derrière, aux côtés de ces deux fantômes de couleur ? Que cherchent-elles, à détaler dans le vide ? Pourquoi n’est-il pas parmi elles, pourquoi est-il avec eux, dans ces bois stupides, trop familiers, stériles ?
    La forêt s’évanouit. Il tombe, encore.
    Et les ignorants courent toujours.

    Lorsqu’il reprend conscience, une main est serrée dans la sienne, les couvertures sont tombées au pied du lit et l’Entre Monde a disparu de derrière ses paupières closes. Son souffle est court, haché, perdu. Mais il est vivant, et à ses côtés. Alors tant pis. Il fera aller.

     

     


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