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    Chapitre 13

    Le cauchemar commence

     

    [ Version illustrée disponible ici ]

     

     

     

    « Aïeuh ! Myn' ! Mes yeux !
     - Arrête de bouger, crétin ! »


    Black ronchonna pour la forme et se renfonça dans les bulles de la baignoire, tentant de faire partir le shampooing qui avait volé dans ses yeux.


    Quelques heures s'étaient écoulées depuis que le trio avait été autorisé à sortir de l'hôpital où ils avaient été examinés sous toutes les coutures, interrogés sur l'origine de toutes leurs cicatrices et enfin, soignés à grand coups de remèdes elfiques à base de plantes. Aucun guerrier n'avait eu la force de se plaindre contre les infirmières qui les maternaient un peu trop à leur goût.


    Si le bilan avait rapidement été établi à quelques plaies superficielles pour Mynocia et Tom, Black, lui, était passé entre toutes les mains. Sa brûlure avait suscité un certain intérêt au près des membres du personnel médical, qui s'étonnaient pour la plupart qu'il soit encore conscient après une blessure de ce degré. Et tous les onguents y étaient passés, on lui avait fait ingurgiter des breuvages réputés magiques qui avaient eut comme premier effet de le faire planer.

    Il se rappelait clairement le fou-rire qu'avait prit Tom en le voyant s'acharner à courir après un lutin des montagnes qui le narguait en bondissant à travers la pièce. Il savait à présent que les créatures qu'il avait vues n'étaient que des illusions, mais il avait quand même poursuivit un lutin et deux chèvres roses pendant une bonne heure, jusqu'à ce que les soigneurs, dépassés, autorisent Mynocia à l'assommer.  Après, curieusement, cela avait été le trou noir.


    Quand il avait retrouvé ses esprits, la douleur de la blessure s'était estompée et un imposant bandage lui couvrait le cou. Il avait tourné la tête, et avait eut la vision la plus terrifiante depuis qu'il était arrivé au quartier général ; une Mynocia, un sourire relativement sadique perché sur ses lèvres pour une fois dénudées de violet, une paire de ciseaux dans les doigts. Il s'était enfuit en courant mais elle l'avait rattrapé, hurlant qu'il fallait absolument qu'elle arrange ses cheveux et qu'elle coupe tout ceux qui avaient brûlé.
    Soit, plus de peur que de mal.


    Se fut en finissant de martyriser ses mèches rouges à coups de lames qu'elle décréta que l'odeur de cramé qui émanait de lui allait finir par s'imprégner sur ses vêtements, et elle lui ordonna d'aller prendre une douche. Peu décidé à la contredire, il s'était exécuté, balançant ses vêtements en vrac pour parfaire le bazar ambiant, et avait plongé dans un bon bain chaud. Mais au moment où il commençait à somnoler, bercé par la chaleur de l'eau sur sa peau nue, la jeune femme avait fait irruption dans la pièce en crochetant la serrure, armée d'une bouteille de shampooing qu'elle semblait avoir emprunté à Tom. Le justicier rouge, qui avait sursauté à l'entrée trop brusque de la guerrière, s'était hâté d'amasser le plus de mousse possible autour de lui pour masquer sa nudité. Ce que, évidemment, Mynocia n'avait pas pu s'empêcher de commenter.


    -T'es une vraie pucelle, Blacky.

    Ils s'étaient donc retrouvés tous les deux dans la salle de bain, Black soigneusement caché entre deux bulles, et Mynocia à genoux sur le parquet derrière lui, frottant activement son crâne comme s'il eut été chauve et qu'elle voulait le lustrer. Mais comme il était peu décidé à subir ce récurage violent et qu'elle astiquait décidemment trop fort, il se débattait dans tous les sens, trempant à moitié Mynocia par ses grands gestes.


    -Mais merde Black, arrête de bouger ! Avait-elle hurlé, poussée à bout.
    -J'ai du savon dans l'œil ... Pleurnicha le dénommé en se frottant les paupières, les doigts pleins de shampooing. Ca piquait ce machin ! Il était malade Tom de se laver avec un truc aussi dangereux !


    Mynocia soupira, se traita intérieurement de nourrice, et demanda d'un ton très agacé à Black de se retourner, agrémentant au passage son ordre d'un autre surnom fort peu distingué. Le jeune obtempéra, temporairement aveugle, pressant ses paumes savonneuses contre ses paupières clauses, gémissant de douleur.


    -Arrête de frotter, andouille.


    Le ton s'était radouci et il senti son cœur manquer un battement quand les deux mains de la guerrière se pressèrent délicatement contre ses joues, écartant les siennes. Il sentit toute sa conscience se focaliser sur ce contact alors qu'il sentait l'eau parcourir ses veines. Pourtant, cette fois-ci, c'était différent. Il se sentait nerveux. Et d'où sortait donc ce frisson qui lui avait remonté l'échine quand elle avait saisit son visage en coupe entre ses paumes humides ?

    Et pourquoi diable le rythme de son cœur accélérait-il encore ? Il reposa sagement ses mains contre le bord de la baignoire, attendant, tendu, qu'elle fasse quelque chose, ne prenant pas conscience que ses jointures avaient blanchi et tremblaient en agrippant le verre.

    C'était quoi ce délire d'émotions ? Il sentit le mouvement d'air de la main de Mynocia qui s'aventurait vers lui, et poussa un cri de surprise en rouvrant précipitamment les yeux quand elle lui pinça un téton. L'élémentaire, hilare, en profita pour lui envoyer une grande giclée d'eau dans les yeux, le faisant grimacer. Non seulement elle lui avait fait mal, mais en plus elle se foutait encore de lui ! Et sa peau qui semblait en feu là où ses doigts s'étaient posés ... Il se retourna, vexé, incapable de masquer la déception qui lui avait éprit le cœur. Il s'attendait à quoi bon sang ?

    Depuis quelques temps qu'il apprenait à la connaître, chaque contact devenait particulier. Au moindre effleurement, ses pensées étaient détournées sur elle, et il sentait son cœur s'emballer. Pour être franc, ça le terrifiait. Il était tellement peu habitué à ressentir de si fortes émotions et  par conséquent, ne savait pas les gérer. Il n'avait pas le droit à l'erreur, au moindre relâchement, la jeune femme en profitait pour se moquer copieusement de lui. Il sortit de ses pensées en sentant de nouveau les doigts fins de la guerrière s'enfoncer dans ses cheveux pourtant déjà imprégnés de shampooing. Mais cette fois-ci, la douceur qu'elle ajouta à ses gestes l'électrisa sur place.

    Ah, décidément, cette Mynocia semblait décidée à lui en faire voir de toutes les couleurs.

    L'élémentaire se réinstalla confortablement sur les genoux, se concentrant sur le voyage de ses mains dans la chevelure de Black en face d'elle. Son regard se perdit entre deux mèches rouges. Dire qu'elle avait pensé, en le voyant la première fois, qu'il se teignait les cheveux pour obtenir une couleur si vive. Elle avait été agréablement surprise de découvrir qu'elle n'était pas à la seule à posséder une couleur de cheveux criarde qui attirait les regards sur elle.


    Au fond, elle était contente de l'avoir rencontré, ce jeune homme atypique et candide. En entendant pour la première fois la légende, deux ans auparavant, elle s'était imaginé devoir supporter un genre de macho dragueur à la virilité abusive. Espionner Black pendant un an avait été une vraie tombée de nues. Pourtant, elle avait tenu à instaurer le plus de distance possible entre-deux. Et malgré tout, malgré ses recherches, elle ne savait plus que faire. Elle sentait arriver en lui l'irréfutable. Et plus le temps passait, plus, sans le vouloir, ils se rapprochaient.


    Il n'y avait rien à faire, c'était écrit, de toute façon.

    Perdue dans ses réflexions, elle ne prit pas garde à ses doigts dérivants sur la nuque du justicier rouge, le faisant gémir de douleur au contact. Elle avait touché sa brûlure.
    -Ca te fait toujours mal.


    Ce n'était pas vraiment une question, ni totalement une affirmation et Black n'y répondit rien, fixant sans les voir les bulles se chamaillant sous ses yeux.


    Elle retraça du bout des doigts les contours de la blessure, ignorant les frissons qui parcoururent le jeune homme. Quel crétin. Blessé pour elle. De plus, elle n'aurait pas été tuée. Les élémentaires avaient tout intérêt à la garder en vie. Et pourtant, il était intervenu, sans réfléchir, par instinct. A quoi pensait-il, cet andouille de justicier ? Il aurait pu y rester !


    Indubitablement, son plan était en train de tomber à l'eau ...
    « -Pourquoi ?
    La voix de l'élémentaire brisa le long silence qui s'était installé entre les liés, ponctué par le bruit de frottement humide contre la nuque du justicier.
    -Pourquoi t'as fais ça ?


    Le ton sembla triste, déçu, et quand Black voulut se retourner pour lui faire face, ne comprenant pas cette soudaine détresse, des ongles violets s'enfoncèrent brutalement dans ses épaules, l'obligeant à suspendre son geste. Que ... ? Elle refusait de croiser son regard ?
    -Réponds.


    Les mots claquèrent comme un ordre, mais une note dans sa voix vibra différemment, comme si elle-même n'était plus sûre de ce qu'elle racontait.
    -Je ... Je ne sais pas.


    Qu'aurait-il pu dire d'autre, de toute manière ? Il avait agit sous le feu de l'action, sans se préoccuper un seul instant des conséquences ou des significations de ses actes.

    Par chance, elle sembla se contenter de sa réponse et retira ses ongles de sa peau, laissant de petites formes de croissant pâles sur les épaules dénudées du jeune homme.


    Il s'inquiétait. Il en savait trop peu sur Mynocia et l'entendre ainsi ne le rassurait guère. Qui était-elle réellement ? Que lui cachait-elle encore ? D'où pouvait bien lui venir cette douleur qu'elle semblait porter comme un fardeau et qu'il n'avait aperçu que deux fois ? Au moins, quand elle était pénible, il savait pourquoi il la détestait, et cela n'allait pas plus loin. Mais ce ton, cette voix, ces appels de détresse qu'elle semblait ne révéler qu'à lui, il ne savait pas quoi en faire. Elle n'était pas le genre de fille à se confier. Même à lui. Pourtant ... Pourtant, il voulait l'aider. Etre là.

    Elle se saisit du jet et lui rinça doucement les cheveux, massant légèrement, semblant redevenue l'exaspérante femme qu'il avait rencontré environ trois mois plus tôt. Finalement, il se laissa bercer par le massage, un petit sourire flottant sur ses lèvres. Mynocia était décidément unique en son genre.
    Après quelques minutes où il faillit piquer du nez, elle posa le jet, se rinça les mains, se releva et lui tendit une serviette. Black la regarda sans comprendre.


    - Bah sors de là, tu vas friper ! Lança-t-elle en levant un sourcil.
    Il fallait tout lui expliquer ou il faisait exprès ?

    Pour toute réponse, le jeune homme en face d'elle rougit jusqu'aux oreilles en hochant négativement la tête de gauche à droite, la fixant d'un air qui semblait vouloir dire « tu vois bien que ne je peux pas ».


    Elle roula des yeux, comprenant, et soupira bruyamment.  Ce gars était une véritable vierge effarouchée !
    - Eh oh Blacky, j'ai déjà vu des gars à poil alors fais pas ta midinette et vire de là avant que je vienne te repêcher moi-même.
    Il soutint son regard, déterminé, et elle se retint de le gifler.
    -Tourne les yeux.


    Elle obéit, l'air mi exaspéré, mi blasé. Il n'y avait que Black pour lui faire des coups comme ça.
    L'élémentaire ne tenta pas le diable pour autant et le laissa se rhabiller tranquillement, tombant les bras en croix sur le lit. Elle était épuisée.

    Il la rejoignit quelques minutes plus tard, la trouvant échouée sur le matelas, les yeux clos. Il s'assit à ses côtés, sachant qu'elle feignait le sommeil, hésitant à s'engager dans une discussion qu'il savait délicate.
    - Dis, Myn' ..


    Un petit grognement lui répondit et il chercha ses mots, triturant nerveusement les draps.
    -A propos de notre conversation de l'autre jour ...
    -Sur ta virginité buccale ?


    La pique claqua, et Black détourna la tête, gêné. Il avait vraiment du mal à s'habituer à la manière directe et crue dont elle présentait constamment les choses. Elle se redressa sur les coudes, le dévisageant, un sourcil en l'air, un sourire ironique planté sur les lèvres.


    -Eh bien ?
    Silence. Hésitation.
    -Tu proposais quoi ?
    -Tout simple ; tu m'embrasses, t'as ton premier baiser, t'es content, et tu te décoinces.
    Elle s'était tant rapprochée de lui en parlant qu'il prit peur et bascula en arrière, se retrouvant les quatre fers en l'air sur le parquet. Mynocia éclata de rire, sauta d'un geste souple sur le sol et s'accroupît à ses côtés.
    -Tu ... Tu veux que je ... que je t'embrasse !?


    Elle se laissa tomber sur les fesses, mimant son visage ahuri, puis frappa dans ses mains comme si elle félicitait un enfant de bas âge.
    -Mais je... Tu ... Enfin nous ... Bégaya le justicier, tentant d'aligner deux mots correctement.
    - Ca ne sert à rien d'accorder de l'importance à un premier baiser, Blacky-bear.
    Le Blacky-bear en question, légèrement remit de ses émotions, crût bon de répondre :
    - Ah bon ? Et toi c'était avec qui peut être ?


    Aussitôt, le sourire de Mynocia retomba et ses yeux se voilèrent à tout sentiment, mais il jura y apercevoir un flash de cette même détresse qui l'avait prit au dépourvu. Cette fois-ci, il était désarmé. Que signifiait ce changement radical de comportement ? Qu'avait-il encore dit ?
    - Bon, tu veux ou pas ?
    Et évidemment, le ton était glacial.


    Pourquoi il avait accepté, ça il n'en avait aucune idée. Mais c'était trop tard à présent qu'il l'avait fait. Et il se retrouvait prestement à moitié couché sur une Mynocia qui souriait jusqu'aux oreilles, les yeux fixés dans les siens comme s'il n'était pas suffisamment déstabilisé.


    Il récapitula mentalement sa mission : tout ce qu'il avait à faire, c'était de se pencher vers elle et de poser ses lèvres sur les siennes ! Soit, c'était facile, en théorie ! En pratique, avec toute la prestance, le charme et l'intimidation qu'elle dégageait, c'était impossible.


    Les mains des deux côtés de sa tête, il se rapprocha de la guerrière qui l'observait sans ciller. Pour une fois qu'il avait un tant soit peu l'impression d'avoir le contrôle !


    Il se rapprocha encore. Ses coudes tremblaient et son cœur battait si fort qu'il l'entendait pulser à ses oreilles. Et Mynocia qui ne l'aidait en rien en le fouillant de ses yeux turquoise, semblant lire en lui. Bien sûr elle ne se serait pas bougé celle là ! Elle l'aurait embrassé en trois-deux, et cela se serait fini ainsi ! Mais non ! Madame tenait à ce que ce soit lui qui le fasse !


    Il pensa à fermer les yeux, mais rejeta vite l'idée. Se connaissant, il serait capable de viser à côté. Black se hurla un « MERDE » mental à lui-même pour s'être mis dans cette situation biscornue et se rapprocha d'avantage ...

    ... Avant de s'écrouler lamentablement sur la guerrière qui éclata de rire. Tant pis, il passait pour un naze, mais il laissait tomber.
    -J'y arrive paaaaaaaaas ... Pleurnicha-t-il, niché dans le cou de Mynocia, profitant malgré lui de cette proximité inattendue.


    -Alors comme ça, le grand Justicier Rouge a la trouille d'embrasser une fille... C'est trop mignon !
    Il maugréa quelque chose d'incompréhensible contre sa clavicule et elle rit de plus belle. Décidément, ce garçon ne cesserait jamais de la surprendre ...
    De trop bonne humeur, elle laissa Black se serrer contre elle dans une étreinte tendre qui lui était rare. Que la légende aille se faire foutre, elle était bien là. Elle se laissa emporter, épuisée, bercée par l'odeur du jeune homme, et s'endormit.



    Black ne put s'empêcher de se demander ce qu'était cette petite chose brulante confortablement installée dans sa poitrine.

     

     

     

    Le soir même.
     

     
    Tom souhaita bonne nuit à Nelween qui le regarda d'un éternel air étonné qu'il dorme à cette heure, salua poliment Ream avec qui il avait longuement discuté et prit congé.


    Son entretien avec la Reine avait duré plus que prévu et quand il était sorti, la nuit était déjà tombée depuis quelques heures. Il avait soupiré, déçu. Il aurait aimé passer voir Black et Mynocia, s'assurer de leur état et savoir si le jeune homme s'était remis de sa blessure. Jetant un bref regard à l'heure sur les grandes horloges, il s'était résigné à rentrer seul à ses quartiers, et avait croisé Nelween et Ream sur sa route. La princesse était couchée à terre, fabulant sur des entités qu'elle seule pouvait distinguer. Laissant Nelween à sa contemplation, il avait entamé une petite discussion avec Ream, son cinquième général.  Leurs deux hommes, bientôt rejoints par la jeune femme qui leur avait demandé de venir admirer les particules avec elle, avaient alors longuement discuté, affalés sur les dalles gelées du sol. Les derniers événements s'étaient vite retrouvés sujet et Nelween semblait euphorique à l'idée que Tom ait enfin dévoilé sa condition d'élémentaire. Le chef de guerre, mal à l'aise, avait orienté ses propos de façon à détourner un maximum la conversation. Il avait beau considérer la princesse comme sa sœur, il préférait éviter parler de certaines choses. 


    Finalement, il les laissa seul à seul et s'élança à la poursuite de son lit. La relation qu'entretenaient Nelween et Ream l'avait toujours laissé dubitatif. L'homme était fou d'elle depuis des années, cela crevait les yeux, et jamais il n'avait rien tenté, la suivant comme son ombre.


    Après tout, le général faisait bien comme il voulait, mais il devrait tout de même penser à saisir sa chance un jour ou l'autre. La princesse ne se conduisait jamais de la même façon avec lui.
    Il soupira et frissonna légèrement. Le mois de décembre approchait, et les nuits s'étant faites sombres et glaciales, il avait tout intérêt à ne pas trainer à l'extérieur.

    Sa précédente entrevue avec la Reine lui revint doucement en mémoire. Elle avait tenu à avertir son Chef de Guerre de l'un de ses projets de mission très importante qu'elle ne pouvait confier qu'à une personne sincère. Mais Tom savait, en devinant l'objet des paroles de sa souveraine, que cette prétendue marque de confiance n'était qu'une façade. Elle cherchait à tester à loyauté de l'un d'entre eux. 
    Quand il lui avait fait part de ses convictions, elle s'était contentée de sourire en changeant radicalement de sujet. Oh, il s'y attendait. Et il connaissait suffisamment Clia pour ne pas lui en tenir rigueur.

    Il resserra les pans de son écharpe autour de son cou quand une brise nocturne lui ébouriffa les cheveux. Il accéléra le pas, savourant la sensation des ténèbres de la nuit s'enroulant dans son sillage. L'obscurité nocturne le fascinait. Il gravit un escalier de pierre, bifurquant à droite. Plus qu'un étage et il serait enfin au chaud ! Pourtant, en gravissant les dernières marches, il lui sembla apercevoir une silhouette sombre au bout du couloir. Il fronça les sourcils ; à cette heure, aucun elfe n'était de garde dans cette partie du château. Etrange. Il continua sa route, toutefois méfiant.


    Le froid commençait à l'engourdir et il remercia intérieurement l'Armée de Feu de ne pas mener d'attaque ce soir-là. Il était congelé, épuisé et très vulnérable.


    Dans la dernière ligne droite le menant à son très cher lit, l'un de ses papiers s'échappa de sa poche, décrivit de belles boucles dans les airs et atterrit enfin quelques mètres plus loin. Il se retourna, soupirant, ne pouvant décidément pas laisser trainer des documents important à la vue de tous, et revint sur ses pas pour ramasser la feuille fugitive.


    Cependant, à l'instant où il se baissait, exposant dangereusement son dos, il sentit clairement une présence derrière lui.Faisant preuve d'un calme parfait que lui avait apporté l'expérience, il se baissa lentement, tous sens en alerte. Il se savait en danger imminent, trop fatigué pour combattre. Mais par chance, au moindre mouvement d'air derrière lui, il dégainerait son poignard et ... Et ah non tiens, le couteau en question était resté chez Clia. Il s'insulta mentalement. Mais quel imbécile il faisait ! Il n'avait aucune autre arme sur lui, et vu l'état d'épuisement dans lequel il se trouvait... Impossible d'utiliser la Terre.


    Il se redressa lentement, le cœur battant la chamade... Et se retourna d'un mouvement brusque, brandissant son poing devant lui. Il sursauta brusquement.

    Staclawitskih.
    Mais c'était qu'il lui avait fait peur, celui-là. Tom ne put s'empêcher de soupirer de soulagement. Son général n'était peut-être pas remarquablement intelligent, mais il était de leur côté. Et puis, l'homme n'osait plus l'approcher directement depuis qu'il savait que le jeune homme était un élémentaire.


    - Stac ! Vous m'avez fait peur ! Que faites-vous donc ici en pleine nuit ? Fit le Chef de Guerre, soudain allégé de ses craintes. Pour une fois qu'il était content de voir l'elfe !

    Sa voix se fana dans l'air glacé. Stac ne répondit pas, ne broncha pas, se contentant de le fixer d'un regard déstabilisant, sans ciller, au point que Tom le crût possédé. L'elfe fit un pas vers lui, soudainement, comme obéissant à une pulsion, et il eut un mouvement de recul, les sourcils froncés. Il n'aimait pas du tout le comportement du général. Ce regard sombre qui pesait sur lui brillait d'une lueur malsaine et il fut prit d'une envie de détaler le plus loin possible, s'enfermer à double tour dans ses quartiers, sous ses couvertures. Cette situation l'alarmait. Et l'homme en face de lui le déshabillait presque du regard, semblant vouloir fouiller de ses yeux chaque parcelle de son corps.


    -Vous sentez-vous bien, général ?

    Le sifflement du vent lui répondit. Stac s'avança de nouveau, et cette fois-ci Tom recula précipitamment, peu rassuré. De nouveau, l'autre fit un pas et le chef de guerre, croyant qu'il pouvait encore reculer, manqua de s'assommer en se cognant dans le mur derrière lui. Cette scène avait un goût acide de déjà-vu. Sauf que cette fois-ci, il faisait nuit, il ne pouvait pas se défendre, le château dormait et il était bel et bien coincé. Un mur à gauche, un autre à droite, un angle derrière ... Et un piquet vert planté devant lui. Bloqué.
    Outré par la situation et commençant à paniquer, il ouvrit la bouche pour protester durement contre le général qui s'était glissé indécemment contre lui...

    ... Et écarquilla les yeux d'horreur et de surprise. Il venait de l'embrasser. Complètement prit de court, il laissa faire, n'osant croire à ce qui était en train de se passer, espérant qu'il s'était assoupi contre un mur et qu'il ne s'agissait que d'une invention farfelue de son imagination...
    En sentant l'autre saisir brusquement son visage entre ses mains pour intensifier le baiser, Tom reprit soudainement contenance et repoussa de toutes ses forces –ou du moins ce qu'il en restait- le général qui s'était agrippé à lui.


    -Qu'est-ce que ça signifie !? S'étrangla le jeune homme, s'essuyant les lèvres du dos de la main, une moue dégoutée sur le visage.

    Aucune réponse. Il ne savait plus parler ou quoi ?
    L'homme revint saisir ses lèvres sans aucune délicatesse, et Tom se débattit, martelant le torse de l'autre de ses poings. C'était quoi cette connerie ? Pourquoi ce soir ? Pourquoi ce crétin faisait-il ça le jour où il ne pouvait plus se défendre ? Ses coups étaient sans effet, autant frapper un blog de béton et il aurait obtenu le même résultat.


    Il tenta de se contorsionner pour se défaire de l'étreinte possessive mais Stac se saisit à une  main de ses deux poignets et les emprisonna fermement de sa poigne au dessus de sa tête. Tom poussa un gémissement plaintif.
    Quelqu'un, quelque chose, de l'air, il ne pouvait plus respirer !

    Stac brisa le contact et Tom s'apprêtait à hurler –aigue, si possible- quand quelque chose de chaud et humide se fourra dans sa bouche. Non, non, non, il ne voulait pas ! Il mordit aussi fort qu'il put la langue de l'homme et le goût métallique du sang se répandit dans sa bouche alors que l'autre gémissait de douleur. Pourtant, et à son grand damne, la prise sur ses poignets ne faiblis pas.


    En dernier recours, il propulsa son genou dans l'entre-jambe du général, en vain. Tout ce qu'il obtint fut un contact dur contre sa cuisse qui lui donna la nausée. Il retira immédiatement sa jambe, un frisson d'horreur lui parcourant le corps.

    Des mains baladeuses se frayèrent un chemin sous sa chemise et il frissonna au contact des doigts gelés sur sa peau exposée au froid.


    Le cliquetis d'une ceinture résonna entre les murs et Tom se débattit de nouveau vivement en sentant des mains glacées émigrer vers une partie précise de son anatomie. Il n'allait tout de même pas oser ... ?
    Stac lui vola un autre baiser, plus profond, plus adulte, et Tom trembla de dégout. Cet homme connaissait-il seulement l'usage d'une brosse à dents ?

    Soudainement, empreint à la même passion animale qui semblait dicter ses gestes, Stac retourna Tom contre le mur, et le chef de guerre senti brusquement l'air glacial lui caresser les fesses. Les larmes de honte, de peur et d'humiliation s'entassèrent dans ses yeux mais il refusa d'en laisser couler une seule.
    Non. Non.


    Pitié que ce cauchemar s'arrête. Il n'avait jamais ... Il ne voulait pas ! Pas Stac ! Pas maintenant ! Pas alors qu'il en aimait un autre !
    Il se sentit trembler, s'agripper au mur, maudissant cette nuit gelée, sa faiblesse, les sanglots qui secouaient son cœur et qu'il refusait de laisser sortir.


    Ne pas pleurer. Ne pas pleurer. Rester fort. Rester digne.
     
    Le cri de pure douleur qu'il poussa malgré-lui la minute suivante sembla résonner inlassablement dans le château. Il se sentit partir en fumée, comme déchiré de l'intérieur.

    Détruit. Souillé.
     
     

     
     
     
    Ailleurs
     

     
                Une silhouette d'un noir d'encre se détacha des ténèbres, s'approcha d'un portail de fer forgé, semblant flotter dans les airs. Un grincement morbide s'éleva dans les airs, l'homme prit soin de refermer la barrière derrière lui, brandissant ses doigts d'un rouge sang comme il aurait dégainé son arme en direction de l'arcade. Un mince filet enflammé s'en échappa, naissant de ses ongles pour finir sa course à l'intérieur de la serrure de métal, serpentant à ses contours, formant un cadenas reluisant.

    Semblant satisfait, la figure humaine tourna les talons, s'élançant d'un pas détendu sur les petites pierres qui cheminaient sous ses pieds.

                 L'homme fourra les mains dans ses poches, continuant sa traversée, suivant sagement un chemin très vite délimité par de longues murailles grises menant à un petit château perché sur une colline. La forteresse avait des allures morbides ; construit en briques sombres qui suintaient par endroits, il possédait une grande tourelle qui s'élevait si haut qu'elle semblait ne pas posséder de sommet. Seules quelques rares fenêtres perçaient courageusement l'armure des murs, et les rares entrées étaient gardées par de grandes statuettes dégageant une lumière orangée. Le bâtiment semblait sortit d'un mauvais film d'horreur.  Arrivé devant une grande double porte cadenassée, il sortit des poches de son pantalon une vieille clé rouillée qu'il présenta à la serrure de fer, l'insérant dans la fente d'un mouvement rapide et habitué. Il la laissa à l'intérieur, reculant d'un pas au moment où la porte s'enflammait d'elle-même, se consumant d'un feu sortit du néant. Il profita de l'ouverture pour pénétrer dans le manoir, ne prenant pas garde à l'entrée qui se reconstruisait d'elle-même dans son dos. Il rattrapa la clé tombée à terre, la rangea et s'engouffra sans plus de cérémonie dans les entrailles obscures de la bâtisse.
     
    Bifurquant à sa droite, semblant même ne pas apercevoir le grand hall, il resta dans ce qui ressemblait à un vestibule et s'élança dans un étroit couloir dépourvu de décoration, ses bottes sombres claquant sur les dalles mordorées, suivant de ses yeux d'un rouge sombre les arabesques qui courraient sur les murs autour de lui. Son visage, semblant porteur de traits gracieux, seulement éclairé par un chandelier sur sa gauche, était happé par les ombres et on ne distinguait de lui que sa peau d'une couleur pourpre et son bouc brun. 
    Une fine porte de bois sombre apparut dans son champ de vision, clôturant le corridor. Il y frappa deux coups brefs et n'attendit pas d'y être invité pour la pousser.

    -Siànan, mon ami ! Entre donc, nous t'attendions !

    Le dénommé, resté sur le pas de la porte, s'avança dans la pièce. L'endroit baignait dans le marron, le rouge et le jaune. Sur les murs dansaient des arabesques similaires à celles du couloir, d'une couleur safran bien plus chaleureuse que les précédentes. De fines toiles d'araignée descendaient du plafond, ajoutant au charme lugubre de la salle semblant brûlante. Une grande table de chêne barrait l'espace, entourée par plusieurs petits tabourets du même bois sur lesquels étaient déjà assises deux femmes.

    L'homme qui l'avait salué à son arrivée se tenait sur un grand fauteuil, les jambes croisées sur la table, un verre de vin à ses côtés.

     Le dit Siànan rejoignit ses camarades, s'installant sur un siège à la droite d'une jeune femme à la peau claire, le nez plongé dans ses papiers. Ses cheveux frisés d'un brun chocolat tombaient devant son visage, le dérobant à la vue.

    -Bonsoir, Ashes, dit Siànan, attirant sur lui l'attention de la concernée qui releva la tête de sa feuille, interrompant momentanément son écriture.

    Elle était très belle bien que son visage soit marqué par de profondes cicatrices, dont l'une en forme de goutte qui glissait sous son œil droit. Ses pupilles formaient un dégradé peu commun de carmin vers le doré, rappelé par le maquillage or qu'elle portait en abondance sur son front. Il émanait de cette femme atypique une force destructrice.
     
                    Ashes dévisagea rapidement Siànan, le salua d'un bref hochement de tête et se re-concentra sur ses écrits. L'homme ne s'offusqua pas du manque de répartie de sa camarade ; elle était née sans jamais n'avoir pu parler. Il se détourna d'elle et son regard rencontra celui de la seconde femme, assise en face de lui.
    -Tu es en retard, mon frère.

    Si elle possédait en effet la même peau couleur sang que Siànan, Wïane n'était pas sa soeur. Du moins, pas complètement. Une tante, une cousine ? Les deux se savaient de la même famille mais n'avaient aucune idée de la nature exacte de leurs liens.

                    Wïane possédait elle aussi une certaine forme de beauté, à sa manière. Ses cheveux, d'un vermillon terni par manque de soin, avaient été tirés en arrière et tombaient sur ses épaules mises à nues. Ses yeux orangées ne possédaient pas de pupille et semblait aspirer toute émotion en elle.
    Comme toutes les personnes présentes dans la pièce, un feu dévorait son front, signe de son appartenance au peuple des élémentaires.

    -Veuillez m'excuser pour ce retard, maître.
    L'homme à qui s'était adressé Siànan balaya ses excuses d'un geste désinvolte de la main, n'en tenant pas rigueur. D'une carrure très fine, il était habillé entièrement de noir et portait un long foulard qui cachait son visage et plongeait ses yeux dans l'ombre.

    Combustor se redressa, enlevant ses pieds de la table et se réinstalla confortablement dans son trône.
    -Bien, nous voici donc au complet. Siànan, je t'en prie, commence donc.
     
    L'interpellé sortit quelques feuilles froissées de sa poche sur lesquelles s'étalaient des notes prises en pâte de mouche, les déplia sur la table, un air de concentration se peignant sur ses traits. Il repoussa l'une de ses mèches brunes derrière son oreille et entama lecture des gribouillis.

    -Soit, comme vous le savez tous, la vingtième troupe dirigée par le commandant Harfkop a été anéantie hier alors qu'elle entreprenait une percée du quartier général de l'Armée de Cristal. 49 élémentaires ont été tués, deux ont été capturés et un seul est parvenu à s'échapper. J'ai ici son témoignage. 
    Il sortit un autre papier chiffonné et reprit son discours.
     
    -L'homme n'a pas été en mesure de me fournir suffisamment d'indications sur l'emplacement exact du Q.G., mais j'ai chargé une équipe de sa localisation, ils nous contacteront bientôt.
    Il fit un brève pause, et Wïane en profita pour demander :
    - Qu'est-il advenu des souterrains reliant le repaire d'Elraz ?
    - Détruits, répondit son frère, quelques heures à peine après la fin de la bataille.
    - Continue, ordonna Combustor, regardant le vin tourner à l'intérieur du verre qu'il agitait doucement.
    Siànan obéis et reprit son rapport, appréhendant la suite.
    - Nous avons aussi appris qu'un second élémentaire vivait au QG.
    Comme il s'y attendait, la salle se tendit et l'homme à la peau rouge hésita avant de reprendre la parole.
    - Lequel ? Osa soudainement Wïane.
    - La Terre.
    Combustor lâcha un rire désabusé en reposant son verre de vin.
    - Tu es en train de dire que c'est un misérable élément de Terre qui a mis un bataillon K.O ?
    - Bien sûr que non, éluda l'homme, l'élément est bien trop misérable pour cela. Votre inquiétude est vaine, maître. L'élément de l'air est toujours inconnu. Si la victoire leur est revenue, c'est grâce aux liés.
    - Ah oui, cette foutue légende.

    Le silence s'installa finalement après la remarque de Wïane, comblé par les quelques grattement de plume d'Ashes, notant les points important de la réunion.

    Il n'avait pas encore fini, mais Siànan préféra, connaissant Combustor, lui laisser le temps de se calmer avant de renchérir sur un sujet qui, il le savait, n'allait pas lui plaire.
     
    -Maître, s'il vous plaît, j'aimerais vous demander quelque chose.
    Leurs regards s'accrochèrent et le plus jeune soupira.
    -Cesse ces formalités, Siànan, je t'ai déjà dit de ne pas m'appeler ainsi.

    Leur échange ne passa pas inaperçu entre les deux femmes qui échangèrent un regard. Elles savaient les deux hommes assez proches, Siànan était le bras droit du Maître, mais il marquait toujours volontairement la différence entre leurs rangs ...

    -Pourquoi ne pas tenter une nouvelle fois de rallier ces élémentaires à notre cause ?
    Le sang des deux femmes se glaça. Il osait.

    Combustor lui lança un regard de mise en garde. Si cela n'avait pas été lui, il aurait fini rôti.
    Soudain, une explosion retentit derrière le maître des lieux, détruisant la porte qui se trouvait à cet endroit quelques secondes auparavant. Il abandonna son combat de regard avec son valet et se retourna, lançant par-dessus son épaule :
    - Tout va bien, Steal ?

    Une silhouette d'homme se dessina dans la fumée et un autre élémentaire apparut, des flacons dans les mains, hurlant des mots incompréhensibles, battant des bras, son costume de mage recouvert de substances visqueuses et inconnues.
     
    De drôles de petits losanges luisaient autour de lui, d'une même couleur vert foncée que la peau de l'homme. Le dénommé Steal sortit entièrement de la fumée qu'il dissipa avec les mains et son visage apparut aux yeux de tous. Plutôt bel homme, il possédait néanmoins une peau d'un vert bouteille très prononcé, ses cheveux mêlant des mèches couleur mousse et carmins s'accordant à ses yeux formants eux aussi un dégradé des deux couleurs.
     
    Mr. Steal, comme se plaisaient à l'appeler certains, était un élémentaire de feu possédant en plus de sa maîtrise de l'élément, de très puissants pouvoirs magiques. Pourtant, peu osaient l'approcher ou lui adresser la parole ; il ne parlait pas deux jours de suite la même langue et avait la fâcheuse manie d'ensorceler tout ce qui lui tombait sous la main.

    Il s'approcha de Combustor, lui mit une fiole sous le nez, beugla un coup et repartit dans la pièce adjacente, laissant le flacon à son maître qui détailla l'objet curieusement.
    -Bon, je vous propose de terminer ici cette réunion. Quelqu'un voudrait-il ajouter quelque chose ?
    Fit Combustor, étouffant un bâillement derrière ses longues mains pâles.

    - A propos de « Black » ? Interrogea Wïane, semblant tenir au sujet.
    L'homme haussa les épaules.
    - Tu as bien commencé, non ? Je te laisse t'occuper de son cas, et tiens nous au courant si tes craintes sont fondées.
    Elle sembla comblée et, un sourire aux lèvres, elle quitta la salle.
    La réunion se termina.
     

     

     

     

     

     
    Fin du chapitre 13


     


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