• Ch14

    Ch14

    Chapitre 14

    Par de doux flocons ...

     

    [ Version illustrée disponible ici ]

     

    Ch14

    AMBIANCE

    Ch14



    Si blanc. Si doux, si léger, si pur, si froid. Enchanteresque. Ces flocons immaculés qui voletaient doucement au gré d'un vent glacial. Semblables à des plumes échappées de l'aile d'un ange. C'était beau. Si simple. Et magnifique. D'un silence reposant, absolu, presque irréel. Et pourtant, malgré tout, c'était là, envahissant le ciel, fuyant les nuages, cherchant un contact, tombant inlassablement.


    Une beauté glaciale et fascinante.
    Il aimait la neige.
     
    Mais l'aurait-il aimée davantage si elle avait été à ses côtés pour la contempler ?

    Black tendit doucement les doigts devant lui, regardant sans les voir ses jointures devenues bleutées par le froid se plier, se déplier. Il avança sa main vers les flocons, comme pour s'en saisir, prudemment, comme s'il craignait qu'un tel geste ne brise le magnétisme éphémère qui s'agitait sous ses yeux. C'était apaisant de regarder les étoiles blanches virevolter dans les airs, il semblait soudain allégé de toutes les peines qu'il trainait derrière lui. L'une se posa soudainement sur ses doigts nus, trouvant la surface accueillante, s'y logea, et se referma sur elle-même, silencieuse, écrasée par la chaleur de cette peau, y laissant une trace humide.


    Depuis combien de temps était-il accoudé à la rambarde de pierre, les yeux perdus dans les flocons, il n'en avait aucune idée. Il était là, simplement, comme étranger dans un monde de pureté qui n'était pas le sien. Perdu dans ses pensées, ses souvenirs, ses émotions. Seul face à la guerre, à ses regrets, à ses erreurs. Seul. Face à la neige.


    Se laissant emporter dans des rêves auxquels lui-même ne croyait plus. Affrontant le regard du paysage qui lui rappelait qu'il n'avait nulle part où rentrer.
    Malgré tout, il était là. Errant dans une guerre qui ne le concernait pas, de passage dans les combats, appelé pour tuer.


    Au fond, il espérait y laisser la vie. S'éteindre sur le champ de bataille comme soldat égaré, ceux qui donnaient leur âme pour une cause qui n'était pas la leur, ceux dont on oublierait le nom, se souvenant d'eux par le nom de leur armée, de leur général.
    Les guerriers morts dignement au combat, comme le stipulait cette stupide fierté, emportant avec eux dans la mort le néant et l'utilité de leur existence.

    Venu, battant, et vaincu. Quel destin pour un homme comme lui autre que celui-ci ?
    Ne pas regretter était quelque chose d'humainement impossible. Et il ne pouvait s'empêcher de se demander ce qu'aurait été sa vie s'il était né sous les critères de « normalité ». Il aurait aimé connaître ses parents, les aimer, vivre avec eux. Vivre, simplement. Et ne plus se contenter de cette survie maladive dont il souffrait atrocement à présent.


    Il se sentait pantin. Manipulé. Jeté dans les batailles avec comme simple consigne de ne pas y rester. Pas encore. Son ultime but était d'attendre qu'on lui donne la permission de mourir.
    Lui qui détestait tuer. Tout ce qu'il souhaitait, c'était une vie banale, une routine, un foyer chaud qui serait enfin sa maison, dans une famille qui serait sienne.
    Et de tous ces rêves, il en était démuni.

    Et Elle. Elle était partie. Une mission dont il n'avait pu savoir le but, une durée indéterminée, un ordre de la Reine.Et c'était fait. Il s'était réveillé, un matin, seul aux côtés d'une feuille gribouillée à la va-vite. Il avait cru à l'une de ses blagues, mais le ton de la lettre n'était pas acide, simplement précipité, et rien ne lui avait explosé sur la tête quand il était descendu du lit.


    L'évidence avait alors été effroyable ; elle n'était plus là.


    Le lendemain, il avait remarqué comme si c'était la première fois, tous les objets, vêtements et autres accessoires qu'elle avait laissé derrière elle, et s'était même surpris avec un de ses foulards autour du cou, le serrant contre son nez pour se rappeler son odeur.


    Il vivait au ralenti. Et cela allait faire trois jours. Il tournait en rond la journée, en proie à un ennui mortel.
    Il soupira, regardant la fumée que son souffle avait créé se disperser dans l'air glacé en repoussant quelques flocons. Nous étions alors le 15 décembre, et il espérait qu'elle soit revenue pour les fêtes. Il ne se voyait pas passer noël seul, enfermé dans leurs appartements à côté du feu de bois, à regarder par la fenêtre en se demandant si elle allait bien.

    Un flocon lui atterrit sur le nez, et il tenta de s'en saisir du bout de l'index mais seule une tâche d'eau apparût sur son doigt. Un petit sourire sans joie se percha sur ses lèvres. L'Eau. Une élémentaire.
    Pourquoi tout lui faisait penser à elle ?


    A travers la tombée silencieuse de la neige, il entendit clairement des bruits de pas derrière lui mais ne broncha pas, les yeux perdus dans le ballet de douceur devant lui. Le son se rapprocha, feutré, discret. Incroyablement bruyant dans le silence religieux que le spectacle avait instauré.


    Il avait reconnu la démarche de l'autre mais l'ignora. Il n'était pas tout à fait certain d'avoir envie de lui parler.
    L'homme à ses cotés se tourna à son tour vers les flocons, puis dans sa direction.
    «-Tu n'as pas froid ? »
    La voix de Tom perça de nouveau le silence et il entendit à peine le chef de guerre par-dessus le vacarme assourdissant des émotions qu'il ressassait depuis des heures.
    - Mynocia est partie.


    Les mots sortirent malgré lui de ses lèvres bleuies par le froid, et s'entendre prononcer ce qui était pourtant une évidence fit monter les larmes dans ses yeux. Une simple phrase semblait l'avoir ramené d'un autre monde. Et cette mélancolie inhabituelle lui pesait.
    - Je sais, répondit Tom, incertain, la Reine l'a envoyée en mission.
    L'homme se tut, déstabilisé par le comportement de son ami. Où était donc passé le Black rieur, candide et enjoué ?

    -Tout va bien ? Questionna-t-il faiblement, inquiet.
    Il craignait pour la fragilité mentale de Black. Le garçon n'avait pas la force psychologique de supporter grand-chose, et le départ de Mynocia semblait l'affecter plus que nécessaire.


    - Ca fait bizarre ... Maugréa-t-il finalement, elle était constamment là et soudainement ... Elle n'y est plus...
    Pourtant, chaque mot prononcé semblait dégager quelque chose au fond de lui. Comme s'il se vidait d'un poids qu'il portait inconsciemment. C'était inattendu ... mais agréable.
    Etait-ce cela, accorder sa confiance à un ami, se confier à lui, savoir qu'on ne serait pas jugé ?
     
    La présence de Tom à ses côtés semblait l'apaiser.

    Ils discutèrent longtemps. De tout, de rien, de banalités, et Black se sentit mieux. La neige ne s'était pas arrêtée de tomber, formant une fine pellicule blanche à la surface de l'herbe, deux étages en dessous, et trempant leurs cheveux. Il ne sentait plus ses doigts et le froid le faisait trembler de tous ses membres. En le voyant claquer des dents, Tom jugea qu'il serait raisonnable de se mettre au chaud, mais Black refusa. Il voulait rester avec lui. Il éternua violemment, faisant sursauter son ami, manquant de basculer par-dessus la barrière de pierre.


    -... Pas envie de me retrouver seul ... Confia-t-il, les joues rougies par le froid.
    L'absence de la guerrière semblait le rendre d'autant plus vulnérable.

    Tom sourit, touché par la confession, et hésita longuement, triturant les mailles de son écharpe.
    - Si tu veux, tu peux venir habiter avec moi, du moins jusqu'à ce que Mynocia revienne... Par contre, c'est pas bien grand, et tu devras dormir avec moi ...
    Black se tourna précipitamment vers lui, les yeux pétillant, semblant redevenu le gamin qu'il connaissait.
    - Je peux ? Vraiment ?


    - Je te le propose Black ! Rit Tom en voyant son ami faire le gosse, à priori enchanté par l'idée. Il se sentait soulagé, et incroyablement content. Black n'avait pas relevé sa remarque sur le lit.
    Mynocia devrait partir en voyage plus souvent ... 

    Dix minutes et c'était fait, le plus jeune avait « emménagé ». Le temps d'attraper un pyjama et sa brosse à dents dans ses quartiers, et Black était chez Tom, investissant les lieux qui étaient, quoi qu'en dise le chef de guerre, assez spacieux. Toutes les pièces baignaient dans la même ambiance de forêt dont il connaissait à présent l'origine. Si les appartements qu'il partageait avec Mynocia contenaient pour le tout qu'une chambre et une salle de bain, ceux de Tom étaient une véritable petite suite de luxe ; une chambre, une salle de bain adjacente, deux salons, un coin cuisine et une petite salle à manger. Mais à part ça, oui bien sûr c'était petit ... Tom avait décidément une notion de « petit » différente de la sienne.

    Le soir même, Black avait été épris d'un fou-rire incontrôlable en découvrant le pyjama de Tom qui ressemblait trait pour trait à la nuisette que lui avait prêté Mynocia la première nuit qu'il avait passé chez elle, mais en vert émeraude. Il avait eu à assimiler deux faits ; Tom dormait en NUISETTE et il avait donné des habits à Mynocia. Le tout ajouté aux émotions de la journée et c'était trop ; il avait éclaté de rire. Le chef de guerre, pensant qu'il se moquait de lui, lui avait envoyé, vexé, un coussin en pleine figure. Ce à quoi le justicier, toujours hilare, avait riposté en empoignant le second coussin et en déclarant la guerre ouverte. Le tout avait fini en bataille d'oreillers. Les deux hommes avaient fini par s'écrouler sur le lit, épuisés d'avoir tant ri et balancé des coussins à travers la pièce.


    Tom avait piqué du nez sans prévenir et Black trouva le courage de rabattre la couette sur eux avant de rejoindre son ami dans les bras de Morphée.

     

    Ch14

     

    Quelques jours plus tard.

     


     
    Black, avachi sur le canapé, écoutait sans vraiment l'entendre le bruit d'une page qu'on tourne. Il s'ennuyait mais hésitait à déranger Tom qui s'était installé sur la petite table de la salle à manger/second salon, un bon livre dans les mains, une paire de lunettes sur les yeux, concentré sur sa lecture.
    Le justicier lui, semblait comme une vieille épave éprise par une marée destructrice nommée flemme, noyé au milieu d'une mer de vert.


    - Dis, Tom ...
    Le chef de guerre lui jeta un coup d'œil par-dessus ses verres, lançant au passage un vague
    « hm ? » qui n'empêcha pas Black de continuer.
    - Je peux te poser une question ?

    Cette fois-ci, Tom marqua sa page, interrompant sa lecture, accordant toute son attention à son ami. Ami qui avait étonnamment rougi. Il était tout bonnement adorable.
    - Est-ce que tu es déjà sorti avec quelqu'un ?
    Le chef de guerre se sentit déstabilisé. Pourquoi cette question, si soudainement ?
    - Oui ... Une fois ... Pourquoi donc ?
    - Nan, pour rien. Répondit Black, l'air déçu. Le mensonge était évident, il avait un but derrière, et cela intrigua d'autant plus Tom qui ne connaissait pas chez Black cette façon de tourner autour du pot. 


    Ce jeune homme pouvait passer d'une attitude gamine attendrissante à gamine boudeuse en trois secondes, c'était affolant.
    Tom fronça les sourcils, et lui renvoya sa question.
    - Et toi ?
    Il en tira une drôle de moue du justicier qui le fit pouffer, mi énervé mi gêné.
    - Bah non, jamais. J'sais pas m'y prendre avec les filles...
    Il semblait désespéré.


    -... 'Jamais embrassé personne, 'jamais aimé ...
    Sa voix n'était plus qu'un marmonnement pratiquement inaudible.


    Le silence suivit et Black, mort de honte, se frappa mentalement pour avoir posé cette question à Tom. Pourtant, voyant que l'homme ne commentait pas, il demanda :
    - Tu ne vas pas te moquer de moi ?
    - Pourquoi je ferais ça ? S'étonna l'élémentaire en sortant le nez de son livre dont il avait repris la lecture.
    - Bah Mynocia passe son temps à ...


    Le rire clair de son ami le coupa net. Pour sûr, elle trouvait le moyen de se moquer de tout ce qui lui passait sous les yeux !   Et, comprenant que le sujet complexait Black, la connaissant, elle devait passer son temps à le taquiner avec !
    - Laisse-toi le temps, ça viendra tout seul.

    - Mais comment t'as fais, toi ? Questionna le Justicier Rouge, se redressant sur le canapé, empêchant de nouveau l'autre de repartir dans sa lecture.
    - De quoi ?
    - Pour sortir avec ces filles ! J'y capte rien aux nanas moi !


    Ah. Euh. Tom se sentit mal. Très mal. Black n'était pas au courant de son homosexualité. Qu'était-il censé dire ? Et si le jeune homme était homophobe ? Il ne voulait pas perdre Black !
    Mynocia aurait pu le mettre au courant, tout de même ...

    -Je ... Euh ... Comment te dire ça ...


    Il bafouillait, par-dessus le marché. Et Black qui semblait suspendu à ses lèvres, avide de conseils. Que quelque chose le sorte de cette situation ! Nelween qui passe par la fenêtre ? Une attaque des élémentaires ? Un calme olympien lui répondit. Pourquoi sa sœur ne pouvait-elle pas semer la zizanie seulement quand on avait besoin qu'elle le fasse ?


    - Le gente féminine ne m'intéresse pas vraiment ...
    Le justicier rouge fronça les sourcils, ne comprenant pas. Tom prit son courage à deux mains, ignorant son cœur qui semblait sur le point d'exploser.


    - Je suis gay, Black.
    La bombe était lâchée. C'était dit. Et il fixait son ami, tendu comme les cordes des arcs de Stac, guettant la moindre de ses réactions.
    - Ah.

    -Ca te choque ?
    Black sembla réfléchir un instant, assimilant l'information. Pour être tout à fait honnête, l'idée lui était passée par la tête quand il avait vu Tom en nuisette. Mais il ne se sentait pas rebuté ni dégouté ...


    - Je ne sais pas ! Ca fait bizarre d'imaginer deux hommes ensemble ... Mais bon, c'est toi, alors ça va.
    L'élémentaire sentit une vague de soulagement déferler dans sa poitrine. Il ne savait pas ce qu'il aurait fait si le jeune homme s'était révélé homophobe. Il espérait simplement que le simple fait de connaître son orientation sexuelle ne changerait en rien leur amitié, et que Black pourrait continuer à dormir avec lui sans se sentir mal à l'aise.

    Et, à son grand bonheur, Black ne changea en aucun cas son comportement à son égard. Ce fut même plutôt l'inverse. La fait d'habiter ensemble, de partager le quotidien de l'autre, de découvrir ses manies et ses goûts les avaient inévitablement rapprochés. Tom, quant à lui, peinait à croire au bonheur dans lequel il nageait. Cela lui semblait si irréaliste qu'il était convaincu qu'il allait se réveiller, un jour, seul et sans Black à ses côtés. Et pourtant, quelques jours en arrière seulement, il grelotait à moitié nu contre un mur, souillé jusqu'au plus profond de son âme, toute dignité perdue.

    Jamais il ne serait capable de pardonner à Stac cette nuit-là, il le savait. Et l'homme l'avait tant humilié qu'il n'irait jamais en parler à personne. Les mots susurrés contre ses lèvres résonnaient encore en lui. Des phrases sans sens. Sans valeur. Et le goût de Stac qui avait mis des jours avant de partir totalement de ses lèvres... C'était répugnant. Dire qu'il avait pensé donner sa première fois à l'élu de son cœur. Toute la naïveté romantique qui s'était empreint de lui ces années avait soudainement volé en éclat. Il savait qu'en tant qu'élémentaire, il ne pouvait aimer que deux fois. Et cet amour qui secouait à présent son cœur ... Il était impossible.   

                     Depuis, l'homme était tétanisé à l'idée de se retrouver de nouveau seul à seul avec le général, ce qui n'arrivait plus que très rarement car il avait pris l'habitude de s'engluer à Black la journée et de déguerpir rapidement à la fin des réunions. Au fond, ce que redoutait le plus le chef de guerre, c'était le retour de Mynocia. Car une fois son amie revenue, Black  retournerait à ses côtés comme ils l'avaient convenu, le délaissant à l'emprise du général.


    Oh, il ne pouvait pas en vouloir au justicier. Il était attaché à cette femme plus que de raison. Mais cela n'empêchait pas l'idée de lui broyer le cœur.

                      Malgré la joie apparente de son ami, Black sentait que Tom était inquiet. Sur ses gardes. Comme craignant une chose qu'il aurait été seul à distinguer. Et il avait nié en bloc quand il lui avait fait part de ses anxiétés, ce qui n'avait fait que renforcer sa théorie.
     
    Ses soupçons finirent par se vérifier au soir du 21 décembre. Tom était parti en fin d'après midi à une réunion qui, il l'avait prévenu, risquait d'être longue, et l'avait laissé plongé dans sa lecture. Pourtant, cette fois-ci, en entendant la porte claquer derrière son ami, il eut la très nette impression que quelque chose était différent.
    Et il ne s'était pas trompé.

    Aux alentours de 21 heures, bien qu'il eut déjà mangé, l'envie soudaine d'un casse croute le prit subitement et il alla se trouver de quoi grignoter dans un placard de la cuisine, jetant un œil à sa montre au passage. Cela allait faire deux heures qu'il était partit. En général, les grandes réunions duraient deux heures et demi, il serait donc bientôt de retour.


    Il se réinstalla dans le sofa, un bocal de fruits secs sous le bras, piochant allégrement dedans. Il rouvrit son livre, se replongeant dans sa lecture. Un roman policier, Tom en était friand. Pour lui, c'était plus qu'évident que c'était l'amant de la sœur qui avait tué son mari, mais bon. Ca lui occupait les méninges.
    A 23 heures 15 il débarrassa le bazar qu'il avait semé et nettoya la moindre saleté. Lysia et sa folie du ménage avaient déteint sur lui, finalement. Il avait fini son bouquin et commençait à s'impatienter.

    Il se réveilla en sursaut à minuit, n'ayant pas souvenir d'avoir piqué du nez sur la banquette. Il voulu aller se coucher mais son pressentiment refit surface. Cela faisait près de cinq heures que son ami était parti et il commençait à s'impatienter. Il n'aimait pas s'inquiéter, surtout quand il n'y avait aucune raison de le faire, et le seul moyen pour que ce sentiment se dissipe était que Tom revienne. Mais qu'est-ce qui pouvait bien lui prendre tant de temps ? Les élémentaires préparaient-il quelque chose de grave ?
    Décidé à se changer les idées, il partit prendre une bonne douche.

    En sortant de la salle de bain, il s'attendait à trouver le chef de guerre dans la chambre ou dans le salon, mais il n'en était rien. Toujours pas rentré. Et il allait bientôt être une heure du matin. Mais qu'est-ce qu'il fichait, bon sang ? Et s'il lui était arrivé quelque chose ?

    Non, c'était stupide, Tom était le Chef de l'armée, un élémentaire redoutable de surcroît, il ne pouvait rien lui arriver sans que le calme de la nuit ne soit brisé. Mais tout de même ... Il fut tenté de débarouler en salle de réunion en pyjama, de prendre Tom par l'oreille avec une technique Mynocienne et de le ramener de force aux appartements.


    Les minutes passèrent. Il tournait en rond. Jamais le temps ne lui avait parut aussi long. Son mauvais pressentiment revint, lui prenant le cœur, l'empêchant presque de respirer.
    Une heure et demie du matin. Il triturait nerveusement le foulard de Mynocia qu'il avait autour du cou.
    Deux heures.


    Il s'assit par terre, essayant de méditer. Aucun succès.
    Deux heures dix.


    Il se frappa la tête contre un mur avant de s'insulter mentalement en pensant au bleu qu'il aurait le lendemain.
    Deux heures quinze.


    C'était pas humain que le temps défile si doucement !!
    Et enfin, à deux heures trente-neuf, il revint.

    Il comprit immédiatement que quelque chose n'allait pas. Mais alors pas du tout. Pourquoi avait-il fallu que ce pressentiment se justifie, en plus ? L'état de son ami était déplorable. Ses cheveux étaient en désordre, ce qui déjà constituait un important problème, surtout pour Tom, ses vêtements sans dessus dessous, comme remis à la va-vite, d'importantes traces bleutées marquaient ses poignets, et il ne parvenait pas à marcher droit. Pétrifié devant le spectacle morbide que l'homme offrait, Black bégaya un « ça va ? » un peu plaintif mais Tom l'ignora, fixant le sol, se mordant les lèvres à s'en faire saigner, et lui passa devant en boitillant, courant comme il put s'enfermer dans la salle de bain.
     

    C'était. Quoi. Ce. Délire ?!
     
    Décidé à éluder le mystère, il s'assit sur le lit, fixant la porte de la salle de bain d'où il entendait à présent l'eau couler. Que s'était-il donc passé ? Une attaque d'élémentaires ? Il n'avait pas l'air de s'être battu, mais plutôt de s'être fait battre. C'était impossible ! Tom était puissant ! 

    Alors il attendit de nouveau, une foule de questions en tête, que Tom finisse, mortellement inquiet.
    Enfin, après une demi-heure, il entendit le verrou de la salle de bain et Tom sortit, en pyjama.

    -Tom écoute je ...
    -Ne dis rien. S'il te plaît.
    Black s'était relevé, puis tût. Il se sentait impuissant. Tom souffrait, c'était plus qu'apparent, mais semblait ne pas lui faire assez confiance pour se confier à lui. Comment était-il censé l'aider ?
    Il se rapprocha de lui et les deux hommes se retrouvèrent debout, face à face, l'un fuyant le regard de l'autre de peur qu'il n'y voie de la faiblesse. Mais c'était trop tard.
     
    Le justicier avait entraperçu la douleur de son ami et tout ce qu'il cherchait à présent, c'était un moyen de le réconforter.

    Il exécuta la première idée qui lui passa par la tête et prit délicatement le chef de guerre dans ses bras, comme s'il avait manipulé une poupée de porcelaine.
     
    Et Tom s'accrocha à lui, refusant d'être traité comme une chose fragile et impuissante, rendant l'étreinte plus brusque, plus virile. Pourtant si consolante. Il se serra contre lui, semblant vouloir s'imprégner de son odeur, se fondre dans ce corps si fort qu'il pressait contre le sien, menu et faible.

    Black. Black. Il ne parvenait plus à penser autre chose, seul ce nom restait sur ses lèvres. Black était là. Avec lui. Pour lui. C'était fini.
    Pour ce soir, en tous cas.

    Et pourtant, bien qu'il essayât de s'en convaincre, les mots de Stac revinrent le hanter.

    « Je vous aime »

    FOUTAISES ! Pourquoi ? Pourquoi lui ferait-il tant de mal si cet amour était réel ?
    - Tom ?! Dis quelque chose !

    Il entendit vaguement le justicier et réalisa qu'il tremblait comme une feuille entre les bras de Black. Lui qui ne voulait pas paraître faible, c'était râpé.
     
    Pour toute réponse, le chef de guerre se recolla à lui et il sentit son cœur faire des sauts périlleux dans sa poitrine quand le jeune homme, inconscient de toute la douceur qu'il mettait dans ses gestes, glissa sa main dans ses cheveux, se contentant de le tenir contre lui. Corps à corps. Coeur à cœur. Même si celui de Tom battait sensiblement plus vite. Il pensa, un peu triste, qu'il donnerait tout ce qu'il pouvait posséder pour pouvoir rester ainsi éternellement.

    Il entraîna Black vers le lit et s'allongea. 
     
    Cette nuit-là, leurs mains ne se lâchèrent pas.
     
     

    Ch14

     
     
                   Depuis l'incident qui s'était déroulé quelques jours plus tôt, Black ne lâchait plus Tom d'une semelle, faisant son possible pour ne jamais le laisser seul et, contrairement à ce qu'il avait imaginé, le guerrier ne semblait pas se plaindre de sa façon un peu collante de le protéger.
    Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher d'être triste.

    Noël était ce soir et ils n'avaient aucune nouvelle de Mynocia. Silence radio.

    Il espérait simplement qu'elle allait bien et qu'elle serait bientôt de retour. Pas qu'il n'appréciait pas la présence du chef de guerre, au contraire son contact était réconfortant et il était conscient que ces moments étaient précieux, mais ... C'était trop différent. Il aurait souhaité passer le réveillon de noël à ses côtés, puisqu'il ne pouvait plus le faire avec sa grand-mère.

    Heureusement que son ami était là pour lui remonter le moral, sinon il serait en train de déprimer seul dans sa chambre.
     
     -Tu n'as pas l'air dans ton assiette, constata Tom passant dans le salon alors qu'il était affalé dans le même canapé. A croire qu'il était abonné à ce sofa.
    - Mynocia te manque donc tant que cela ?
    Le justicier rouge s'empourpra violemment et battit des mains, reniant ce qui était pourtant une évidence aux yeux de son ami.

    - Ce soir, c'est noël, fit-il, déviant la conversation, les yeux fixant le vide.
    - Nowel ? Répéta doucement l'autre en s'asseyant à ses côtés, qu'est-ce donc ?
    Black se redressa brusquement, le dévisageant comme si une deuxième tête lui avait poussé.
    - Vous ne le fêtez pas ?

    Son ami lui sourit, hochant négativement la tête. La civilisation humaine le fascinait, et il aspirait secrètement à partir vivre un jour dans le monde humain.
    - Tu veux bien m'en dire plus ?
    -Eh bien, en résumant, la fête est d'origine religieuse et célébrait la naissance du fils de Dieu. Mais de nos jours, c'est surtout un événement commercial. On achète un sapin, on le décore et on offre des cadeaux aux gens qu'on aime ! Exposa-t-il, les yeux brillants comme un enfant à qui l'on promet le plus beau des présents.

    Le silence suivit, comme si Tom prenait le temps d'interpréter les explications de Black. Et puis, soudainement, il se releva, disparut dans la chambre quelques instants et revint, deux écharpes à la main, lui agrippant le poignet au passage.

    -Pour les cadeaux on verra plus tard, mais niveau sapins, on a le choix !
    Le sourire du justicier sembla atteindre ses yeux et il attrapa la laine au vol, s'élançant derrière son ami à l'extérieur, se laissant tirer. Ce noël ne serait peut être pas si triste, finalement.
     
                  Le soir venu, les deux hommes se retrouvèrent assis dans les coussins du salon, sous l'odeur des aiguilles d'un petit sapin qui était resté neutre de décoration par manque de temps. Ils avaient préféré se courir après dans la forêt pendant des heures plutôt que de se casser la tête à partir à la recherche de guirlandes qu'ils n'auraient, de toute façon, pas trouvées. Pour l'occasion, Tom avait allumé des bougies à tous les coins de la pièce, la plongeant dans une ambiance intime et relaxante. Black se sentit tout excité. La magie de noël était là. Dans ce grand château isolé. Il prit le temps de graver en lui cette sensation de bonheur et de paix au fond de son cœur. Il adressa une pensée à sa défunte grand-mère, lui souhaitant de tout cœur un joyeux noël.
     
    A minuit pile, il flanqua la trouille de sa vie à Tom en lui sautant brusquement dessus, hurlant un « JOYEUX NOËL !! » très enthousiaste.

    L'homme mit quelques instants avant de se remettre du terrible assaut, mais la bonne humeur de Black l'entraina malgré lui et il suivit son ami dans son délire du moment consistant à crier le plus fort possible sur l'autre en lui souhaitant un « Joyeux nowel ». Quelques minutes d'égosillage intensif plus tard, Black, dont les cordes vocales semblaient -enfin- fatiguer, sembla se souvenir d'une chose d'une importance capitale et se rua dans la salle à manger, se prenant le coin du mur au passage dans sa précipitation.

    Il revint presque immédiatement en sautillant, une boite de chocolat dans les mains.

    - J'ai réussi à les soutirer au cuistot ! Déclara-t-il, brandissant la boite comme s'il s'agissait du met le plus précieux au monde, dans une pause théâtralement grotesque.
     
    Cependant, en se jetant sur les coussins vers la  table basse, il remarqua qu'une petite boite de velours noir semblait l'attendre sur le bois. Il regarda successivement la boite, puis Tom qui souriait, puis la boite, puis Tom, puis la boite, puis Tom, et enfin ses neurones semblèrent daigner se reconnecter entre eux.
    -Qu'est-ce que c'est ?
    - C'est pour toi, répliqua son ami, le même sourire doux planté sur ses lèvres, ouvre !

    Le justicier rouge posa la boite de chocolat sur la table, et saisit prudemment le petit objet entre ses doigts, comme par peur de le briser, et l'ouvrit avec la même lenteur, fixant le couvercle puis le contenu qui se dévoila à lui. Il écarquilla les yeux. Confortablement installé sur un coussin noir, un bijou d'argent sur lequel reposait une petite pierre vermeille brillait sous la lueur des bougies. Black s'en saisis du bout des doigts. Une boucle d'oreille.

    - J'ai remarqué que ton oreille gauche était percée alors ...
    - Elle est magnifique.
    Elle l'était. Qu'aurait-il pu dire d'autre ? Le bijou était fin, gracieux, ni trop petit ni trop gros, juste parfait. Il la fit tourner entre ses doigts et remarqua qu'elle ne possédait pas de fermoir. Laissant le détail de côté, il la glissa dans son oreille gauche dont le trou ne s'était par chance pas encore refermé, et senti l'argent fondre à l'arrière, se collant à sa peau, maintenant la boucle en place. D'où l'absence de fermoir, le bijou était elfique.

    -Wow, merci beaucoup Tom, elle est vraiment superbe !
    - Elle te va très ...

    La fin de phrase mourût au fond de sa gorge quand Black se pencha vers lui pour lui faire une petite bise de remercîment, le faisait rougir brusquement.

    - Mais ... Je n'ai rien pour toi ... Avoua Black, semblant mortellement gêné. Mais le chef de guerre l'entendit à peine, tentant d'assimiler le passage des lèvres de Black sur sa joue.
     
    - Ah si je sais ! S'écria le justicier, ne semblant pas remarquer que Tom nageait à l'ouest dans un pays rempli de guimauve et de petits cœurs roses. Quand Tom revint à lui, Black était en train de remonter sa manche, laissant à découvert sa peau légèrement halée. Il se saisit de la chaine qui reposait sur son poignet, la détacha et la renoua à la main de Tom qui avait suivit l'échange sans mot dire.

    -Je te la donne. C'est un porte bonheur que j'ai depuis que je suis tout bébé.
    Doucement, peinant à y croire, le chef de guerre leva son poignet à la hauteur de ses yeux, examinant le bijou qui y pendait. Dorée, fine, simple. Très jolie. Il se sentit sincèrement ému et remercia vivement le jeune homme, doutant de la capacité de son cœur à retenir autant de bonheur.
     
    La soirée continua ainsi, baignant dans une ambiance tendre et bon enfant. Tom se pensa au paradis. C'était simplement parfait. Il venait de se découvrir une nouvelle passion ; noël. Aux alentours de trois heures du matin, Black finit par s'assoupir sur ses genoux. Il le porta jusqu'à la chambre, se couchant à ses côtés, le regard perdu sur le visage du jeune homme. Il retraça des yeux la ligne droite de son nez, suivit l'ovale de son visage, retraça les contours de sa mâchoire ... Il était infiniment mignon.

    Il sombra dans le sommeil, bénissant cette fête humaine, un sourire bêtement collé aux lèvres, le bracelet pressé contre son cœur.
     
     

    Ch14

     
                 Une petite semaine s'écoula. Les deux hommes étaient désormais si proches qu'ils semblaient se connaître depuis des années.  Cette proximité permit notamment à Tom de saisir immédiatement la cause du malaise grandissant de Black. Car si le jeune homme semblait répondre à son bonheur la plupart du temps, il sentait bien qu'au fond, il était plus triste qu'il ne le laissait paraître. L'absence prolongée de Mynocia commençait à se faire sentir.  Et ça crevait les yeux. Le point auquel Black n'avait même pas conscience qu'un seul être manquait dans son monde, et que tout pouvait sembler dépeuplé.

    Décidé à lui changer les idées, ils étaient tous deux descendus dans la cour du château en cette matinée du 31 décembre pour profiter de l'épaisse couche de neige qui avait pris forme sur le sol glacé. Tom avait alors engagé une féroce bataille de boules de neige qui durait depuis déjà une demi-heure quand un missile blanc lancé particulièrement fort atteignit Nelween, passant par là et n'ayant rien demandé, en pleine tête. Les deux hommes s'immobilisèrent, des boules pleins les bras, pris en flagrant délit. La princesse se saisit de la neige maculant son visage et la fourra dans sa bouche. Black haussa un sourcil dubitatif, l'air interdit. C'était lui ou elle venait vraiment de manger la neige ?

    Fixant Nelween qui dégustait sa part glacée, ils ne virent pas Ream arriver dans leur dos et se retrouvèrent subitement enneigés jusqu'au cou.
    La guerre fut ainsi déclarée.

    Tom, en bon tricheur, utilisa la terre pour les sortir de sous l'avalanche, saisit la main de Black au passage et prépara des munitions de l'autre main.
    - En garde, général !!

    Le quatuor, devenu de grands enfants le temps d'une bataille, engagea un combat féroce.
    Tom balançait des boules en continu, ne prenant pas garde où il visait, Black tentait d'infiltrer les lignes ennemies tout en tentant de ne pas se prendre dans la tête les missiles que Tom envoyait décidemment n'importe où, mais son avancée était rendue très ardue par Ream qui défendait avec une ardeur motivée son champ, tandis que Nelween ...

    Gobait tout ce qu'elle pouvait.
    Enfin, le jour commença à décliner, les deux troupes commencèrent à fatiguer, et quand Nelween déclara qu'elle n'avait plus faim, ils déclarèrent la guerre terminée, épuisés d'avoir joué comme des enfants pendant des heures.

    Finalement, Ream les invita à venir passer la soirée du nouvel an avec eux, dans ses appartements. Tom, toujours partant pour faire la fête, consulta Black du regard qui haussa les épaules. Pourquoi pas après tout ?

    Le temps de prendre une petite douche pour se défaire de toute la sueur qui leur collait à la pea
    Les appartements de ce derniers étaient petits et sobres, dans les tons jaunâtres et bruns, pratiquement dépourvus de décoration, comme impersonnels. C'était à se demander si Ream passait son temps dans ceux de Nelween ou s'il habitait réellement en ces lieux.

    Ils s'assirent sagement autour d'une table en bois et le général leur offrit un petit verre d'un alcool elfique soit disant réputé pour ses vertus soignantes, ce qui n'empêcha pas la princesse de le balancer dans la plante derrière elle sans plus de cérémonie.  A priori, se dit Black, elle préférait manger la neige.
    Le justicier rouge dévisagea son verre d'un air méfiant, et en voyant Tom boire cul sec le contenu du sien, il jugea le liquide sans risque potentiel et le but d'une traite à son tour. Il sentit le liquide lui brûler la gorge. Ouais. Bof. Moyen l'alcool elfique. Aussi dégueulasse que l'humain.
     
    A minuit moins dix, il se leva subitement, coupant court à la conversation. Il n'était plus tout à fait sûr de savoir pourquoi exactement il avait bougé, et se rassit, désorienté, faisant craquer la chaise qui n'apprécia pas le choc un peu trop brusque avec son postérieur.

    Enfin, à minuit pile, ce fut l'effervescence. Ream, déjà passablement émêché, hurla à s'en déchirer les poumons qu'il « savait pas pourquoi mais qu'il était content », Black l'accompagna en vidant son troisième (ou quatrième ? il ne savait plus) verre, Tom tomba-on-ne-sait-comment de sa chaise pendant que la princesse, indifférente, tentait, d'après ce que voyait Black, d'avaler son verre d'eau par les narines.
    Black ramassa Tom qui re-dérappa sur le bord de la table auquel il tentait de s'accrocher, les entrainant tous les deux par terre, déclenchant l'hilarité générale.

    Ream les aida tous deux à se hisser tant bien que mal sur leurs jambes. Black, qui ne connaissait rien du général mis à part son nom, fut surpris de constater que l'homme était vif et extraverti. Peut être que la seconde bouteille d'alcool qu'ils se descendaient à tous les deux jouait aussi ... Baaah, qu'importe après tout, il savait s'amuser, c'était l'essentiel.

    Aux alentours de deux heures du matin, ils entamèrent un karaoke imaginaire tandis que Nelween était partie à la découverte gustative des feuilles de la plante derrière elle. Tom regarda, amusé et la tête lui tournant déjà un peu, son ami se défouler en gesticulant n'importe comment, chantant en décalé de Ream. Constatant l'ampleur du désastre, il se promit mentalement d'apprendre à danser à Black. 

    Cependant, s'il pensait en entendant les premiers essais vocaux de Black, que son talent pour le chant était au même niveau que le sien (c'est-à-dire inexistant) il constata qu'il s'était royalement trompé quand son ami entama une nouvelle chanson, en Anglais apparemment, d'une voix sensuellement basse qui lui colla la chair de poule. C'est que c'était beau, en plus. Comment ce gars pouvait-il chanter aussi mal la seconde d'avant, et, de plus en étant bourré, arriver à produire ce genre de mélodies ?

    La voix de Black sembla réveiller Nelween qui avala son dernier bout de feuille et tira Tom à sa chaise. 
    -Allez grand frère, bouge nous ce beau popotin un peu !
    Il lui sourit, avala ce qui restait dans son verre (c'était le sien celui là d'abord ?) et rejoignit la bande de dingue qui se trémoussaient au même rythme imaginaire.

    Une dizaine de minutes plus tard, Tom et Black se lancèrent dans le jeu de  "celui-qui-fera-le-plus-de-bruit-par-terre-en-essayant-de-faire-des-claquettes." Jeu qui s'interrompit brutalement quand ils n'entendirent plus Ream pousser la chansonnette derrière eux. Ils se retournèrent d'un même mouvement et Black se rattrapa à Tom qui s'était tourné un peu trop vite pour son propre cerveau.
    - AH BAH QUAND MEME ! Six ans ! Six ans qu'il te court après, soeurette ! Commenta le chef de guerre, tanguant lui aussi.
     
    Ream avait saisi Nelween par les hanches et l'avait attirée à lui pour un long, imprévu et langoureux baiser. Ce à quoi la princesse se laissait étonnamment faire.
    Black détourna les yeux, gêné, et stoppa Tom qui ressemblait à une grande ligne floue qui embrouillait ses neurones à force de leur courir autour comme un moustique autour d'une lampe.

    - « Soeurette » ? Releva-t-il, convaincu que ses oreilles lui avaient joué un tour.
    - Ouais, Nelween c'est ma p'tite sœur ! Déclara Tom, fier comme un paon, vidant un autre verre, j'ai été élevé avec –hic- elle depuis ... (il sembla vouloir compter sur ses doigts mais abandonna quand il comprit qu'il ne pouvait PAS avoir sept doigts par main) ... LONGTEMPS !

    Ce à quoi le justicier répondit par un long « Aaaaaaaaaaaaah, d'accord. » fort peu intelligent.
    Il avait rien compris. Mais c'était pas grave.
    - Toooom ? Demanda-t-il encore, tentant de s'asseoir sur une chaise après trois défaites consécutives que son postérieur lui rappelait méchamment.
    - Oui mon amûûûûûûûûr ?
    - Pourquoi je vois des étoiles ?
    - Parce que tu me regardes trop ! 
    - Aaaaaaaaah, d'accord.

    Un autre hoquet le prit, manquant de le faire retomber à la renverse, et il tenta de se resservir un verre, sans succès. La table tanguait. Et en plus il y avait deux verres sous ses yeux. Il abandonna l'idée et alla échouer sur le canapé derrière lui, regardant vaguement Tom draguer la porte à sa droite, ne comprenant pas pourquoi le sol était au plafond.
     
    Alors qu'il avait entamé une terrible partie de bras de fer version orteils avec Ream, Nelween lui sauta littéralement dessus, le déconcentrant de sa tâche et permettant au général de gagner la dernière manche. Il tira la langue aux deux elfes et rejoignit Tom qui était déjà couché sur le sofa, se propulsant sur le Chef de Guerre qui poussa un petit cri fort peu masculin sous la surprise. Après réflexion, il jugea Tom confortable et piqua soudainement du nez. Son ami le regarda un instant, se demandant s'il venait véritablement de s'endormir sur lui, et sombra à son tour, Black en couverture, laissant la soirée se terminer ainsi.
     
    BIP BIP – BIP BIP – BIP BIP – BIP BIP
     
    Tom sursauta violemment, faisant sauter Black qui dormait encore avachi sur lui.
    Qu'était-ce donc qui faisait cet horrible bruit strident ? Une arme de guerre ? Un élémentaire ? Une attaque ? Nelween ? Un strubudu mutant ? Nelween manipulant un strubudu mutant face à un élémentaire ?

    Pourtant, ni Nelween, ni une quelconque arme ne l'accueillirent quand il parcourût la pièce des yeux. Le jour s'était levé, et d'après la température de la pièce, depuis quelques heures déjà.

    Il voulut se redresser mais un horrible mal de tête et le corps de Black le recollèrent de force au sofa.  
    - Black ? Réveille-toi ! C'est quoi qui fait cet horrible bruit ? Marmonna-t-il, pâteux, en proie à une horrible gueule de bois. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas autant bu.

    Pour réponse l'autre enfouit sa tête dans son cou, les yeux résolument fermés.
    Il émergea lentement en sentant les mains de Tom lui tapoter le dos.

    - Gneuh ? Skisspass ?
    - Y a un truc qui fait du bruit ...

    Black releva légèrement la tête, les cheveux tombant sur le visage de son ami. Il identifia rapidement la nature de la sonnerie et se redressa maladroitement, regardant sa montre les yeux à demi-ouverts. Il avait l'impression qu'un marteau piqueur puissance maximale venait d'élire domicile au fond de son crâne. Il ne prit même pas garde qu'il était assit sur les hanches de Tom, son cerveau fatigué essayant d'assimiler ce que signifiait cette sonnerie. Par reflexe, il appuya sur le bouton de gauche, pensant pouvoir se rendormir immédiatement.

    - Justicier Rouge ? Quelqu'un ? Répondez !!
    Tom sursauta de nouveau en entendant une voix s'élever de l'appareil et Black perdit l'équilibre, se retrouvant les fesses par terre.
    - C ... Commissaire ?
     
    Il se massa les tempes, suppliant à son crâne de ne pas exploser. C'était quoi ce délire ?
    Marcel ? Alors qu'il n'avait plus eu de nouvelle depuis des mois ?
    -Il est vivant, tout le monde ! Dieu soit loué !

    Des hurlements de joie s'emparèrent de la montre. Il ne comprenait plus rien.
    - Qu'est-ce qu'il se passe, Black ? Demanda Tom derrière lui, semblant totalement réveillé.
    - Mais où êtes-vous donc ?! fit Marcel, lui reprochant visiblement son absence prolongée. La ville a besoin de vous !

    C'était vrai. Il les avait abandonnés. Il était partit. Il n'était qu'un lâche.
    - Commissaire je ...
    Il fut surprit d'entendre des sanglots dans sa voix. Il ne voulait plus repenser à cela, se confronter à son erreur de partir. Cela faisait trop mal. La fatigue, la gueule de bois et des souvenirs délicats ravivés brutalement allaient avoir raison de lui.

    En entendant le ton du justicier déraper, Tom sentit son cœur s'emballer. C'était qui ce gars qui le dérangeait à une heure pareille et qui le faisait pleurer ?!
     
    Le chef de guerre rassembla le peu de neurones qui avaient survécu à l'alcool de la veille et analysa la situation. « Justicier Rouge » ; « Commissaire » ; « La ville a besoin de vous ». De ce qu'il pensait comprendre, son ami jouait les héros dans sa ville natale, et avait du partir quand Mynocia était venu le chercher ... Cet homme lui reprochait-il son abandon ?

    Il eut soudainement une idée qu'il s'empressa de mettre en œuvre, sans même y réfléchir à deux fois.
    - Ecoutez-moi bien, commissaire machin-chose. Votre justicier, il est enfermé à double tour au fond d'un cachot. Si vous tentez de le contacter de nouveau ou de l'aider à s'échapper, on le tue. Me suis-je bien fait comprendre ?
     
    La voix de Tom avait été ferme, dure, et il avait réussi, malgré son mal de crâne, à faire passer toute la colère qu'il ressentait envers cet homme. Il se pencha vers Black qui n'avait pas remué le petit doigt et lui murmura à l'oreille :

    - Eteins ce truc maintenant.
    - Attendez ! Qui êt ...

    Black coupa la communication sans vraiment en avoir conscience. La douleur était revenue. La plaie rouverte, béante. Il ne savait pas s'il devait en vouloir ou remercier Tom pour son intervention. Il sentit les larmes lui monter aux yeux et se releva brusquement, sa tête le lançant méchamment.
    Pourtant, Tom le rattrapa avant qu'il ne s'enferme pour pleurer dans la salle de bain, et le serra contre lui. Fort.

    -Débarrasse-toi de cette montre. Tu es avec nous, maintenant. On ne t'abandonnera pas, Black. C'est derrière toi tout ça, maintenant. Tu as pris le bon choix. Et tu sais, après tout, tu te bats encore pour eux ! Pour sauver ces humains ! 

    Le jeune homme lui rendit son étreinte, inspira un grand coup et chassa les larmes de ses yeux, refusant de se montrer faible à nouveau, détachant la montre de son poignet, la confiant à Tom.

    -Détruis-là, s'il te plaît.
    -Ensemble.

    Ils échangèrent un sourire, plus proches que jamais, et du roc sortit des paumes de Tom, écrasant la ferraille. Il donna la petite boule de pierre à Black qui la détruit d'une boule d'énergie.
    Il fallait cesser de se retourner pour pleurer sur ses trébuchements passés, et avancer.
    Encore. Toujours.
     
     

    Ch14

     
    Plusieurs jours plus tard
     

     
    Il s'inquiétait. Très franchement à présent. Cela allait faire trois semaines. Vingt et une longues journées, cinq cent quatre heures et trente mille deux cent quarante minutes qu'elle était partie. Mynocia.

    Et cette fois-ci, Black ne pouvait plus le dénier. Non seulement il se faisait un sang d'encre de rester sans nouvelle, mais en plus, elle lui manquait. Atrocement. Son odeur, sa voix et le moindre trait de son visage le hantait jour et nuit. Tout revenait à elle, constamment. A ses manies, ses moqueries, ses taquineries. Tout ce qui chez elle était horripilant. Et la rendait unique. Il lui suffisait de laisser son regard dériver à l'extérieur pour être noyé par une vague de souvenirs. De mots. Et surtout, de douleur. Il avait mal, et cette souffrance le terrifiait. Il ne connaissait pas cette sensation de manque qui avait épris sa poitrine.
    Il ne comprenait pas.

    C'était jusqu'à ce que Tom ne fasse éclater l'horrible vérité.
    C'était un matin qui s'annonçait pareil à tous les autres. Tom s'était levé avant lui, comme d'habitude, et l'attendait sagement en petit déjeunant dans la salle à manger.

    -B'jour, marmonna Black, la tête dans le sceau, cherchant à tâtons de quoi rassasier son estomac.
    - Toi, t'as encore rêvé de Mynocia.
    - Que ... Comment tu sais ? S'étonna Black, ignorant le battement que son cœur avait loupé à l'entente du prénom. Je parle en dormant ?

    - Disons que c'est surtout ton corps qui parle.
    Black haussa un sourcil. Il détestait les colles du genre posées au réveil. Comme réponse son ami pointa d'un mouvement de tête équivoque son pantalon de pyjama. Le justicier suivit son regard ... et rougit brutalement. Une jolie bosse avait élu domicile sur son bas ventre.

    - C ... Ce ... C'est pas ce que tu crois !! Bégaya-t-il, les mains cachant ridiculeusement son entrejambe, mortellement gêné, et Tom pour ne pas arranger les choses, lui souriait d'un air à la fois amusé et compréhensif.
    - Arrête, c'est normal.

    Black tomba par terre, au comble du ridicule, murmura qu'il était désolé, que ce n'était pas ce que cela semblait être et que ...
    - Tu l'aimes, n'est-ce pas ?
    Il releva les yeux, oubliant momentanément son érection matinale.
    Hein ? Qui ? Quoi ?

    - Combien de temps va-t-il encore te falloir pour le comprendre ?
    - Mais comprendre quoi ?
    C'était quoi ce délire ? Où Tom voulait-il donc en venir ? 
    - Black ! Tu es amoureux d'elle, ça crève les yeux !
     
    Un silence suivit. Un grand silence. Un long silence.
    Un ange passa. Un deuxième. Puis une armée d'anges.

    Le réseau Black était temporairement hors service. Enfin, quand les quelques neurones ayant échappé à la déconnexion forcée purent se rejoindre, Black éclata de rire.

    Lui ? Amoureux ? Elle était bien bonne !* Il n'avait jamais su aimer ! Alors ... Mynocia ? Et pourtant, lorsque les mots « amoureux » et « Mynocia » apparurent simultanément dans son esprit, côte à côte, son sourire retomba.
    C'était bien une blague ? Ce n'était pas vrai, n'est-ce pas ?
    -C'est pas drôle, Tom. 
    - Black. Tes yeux brillent quand tu parles d'elle, tu passes tes journées avec son foulard autour du cou, à regarder à l'extérieur, et tu murmures son nom dans ton sommeil. T'as beau être buté, faut savoir accepter tes sentiments. C'est pas parce que tu les renie qu'il vont changer, ou faire moins mal, tu sais ...
     
    Suite à sa réplique, Black, resté à terre, se prit la tête dans les mains. Non ... Il ne pouvait pas être ... De Mynocia ! C'était ... C'était inhumain ! Impossible ! Irréalisable !

    Et pourtant. Pourtant, quelque part, quelque chose au fond de lui semblait s'être apaisé quand l'évidence avait été prononcée. Est-ce que ... Cela pouvait être ça ? Cette peur constante de la perdre, ce sentiment de chaleur enfouit en lui, ce besoin de sa présence, cet énervement quand elle le taquinait ?
     
    Il ne pouvait pas y croire.
    Il ne voulait pas.
     
    Tom avait apprit à vivre avec l'idée que Black était fou de Mynocia. Bien sûr, cela lui avait brisé le cœur de le réaliser, mais il s'en fichait. Tout ce qui lui importait était que Black soit heureux. Et il ne pouvait en vouloir à aucun de ses deux amis.

    Il n'y avait pas de triangle amoureux l'incluant lui, Black et Mynocia. Non.
    Il n'était même pas dans le schéma.

    Son amour pour le jeune homme n'était qu'un rêve irréalisable. Pas même une utopie.
    Il n'avait pas sa place entre le lien mystique qui reliait les liés. Tout ce qu'il pouvait faire, c'était les aider du mieux qu'il pouvait. En mettant de côté son amour pour Black.
     
    Ce fut quand enfin Black, après plusieurs jours de cogitage intensif, s'avoua à lui-même que peut être que Tom avait raison et qu'il était un peu amoureux de Mynocia, que celle-ci revint.
     
    Mais elle n'était pas seule.
     
     
     
     
     

    Ch14

    Fin du chapitre 14
     
     
     

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :