• Ch15

    Ch15

     

    Chapitre 15

    Le dernier élément-air.

    [ Version illustrée disponible ici ]

     

    Ch15

     

    C'était en début d'après midi d'un vendredi grisonnant, alors que Tom l'avait tiré contre son gré dans l'arrière cour pour faire un bonhomme de neige. Pourtant, le Chef de Guerre semblait avoir perdu son entrain et quand Black lui avait proposé de remonter dans ses appartements, il avait eu l'air de dire qu'il ne pouvait pas et qu'il fallait absolument rester dehors pour finir la statue. Le justicier, intrigué par cet air triste et résigné, était néanmoins retourné à sa précédente occupation qui consistait à ramasser le plus de galets décoratifs pour embellir le bonhomme.


    -Black.
    Il se tourna vers son ami qui lui offrit un grand sourire, mais qui sonnait faux.
    -Regarde derrière-toi.


    Le justicier obéis, toujours suspicieux quand au ton déçu de l'autre.
    Et Tom et ses sautes d'humeurs ne le préoccupèrent soudain plus du tout. Son cœur rata un battement et il écarquilla les yeux. Au fond de la cour, tout près des arbres, se tenait une silhouette féminine à dominance violette qu'il aurait reconnue entre mille. 

    Mynocia. Mynocia était là ! Il sentit un sourire idiot fleurir sur ses lèvres alors qu'il s'élançait vers elle, le cœur sur le point d'exploser. Ses pieds accélérèrent d'eux-mêmes et il se retrouva à courir comme un fou. La neige sous ses pieds avait disparu. Il n'y avait plus que ces contours si familiers qui se dessinaient de plus en plus clairement, cette forme au fond de la cour. Seule existait Mynocia.
    Au fond, elle avait toujours été son monde. Et il avait fallu qu'elle parte pour qu'enfin il le comprenne.
    Elle était tout ... Et sensiblement plus.

    Arrivé à sa hauteur, il s'immobilisa, à bout de souffle. Ce visage. Ces traits fins, gracieux et ... fatigués ? Ces yeux. Bon sang ce turquoise. Ces cheveux. Cette peau rougie par le froid.


    Tout chez Mynocia lui sembla encore plus beau que dans ses souvenirs. Et il réalisa. A quel point ce mois sans elle avait été long. Combien entendre sa voix, sentir son odeur et voir ce visage avait pu lui manquer. Et elle était là. En chair, en os et en violet. De retour, plus belle que jamais.
    Elle ouvrit la bouche, semblant vouloir lui envoyer une de ses éternelles piques dans la figure, faisant dériver le regard de Black sur ses lèvres.

    Il voulait ... Il voulait l'embrasser.
    Alors il le fit. Penché vers elle, n'osant la toucher de ses mains, les yeux résolument clos, ses lèvres posées sur les siennes. Simplement. En un contact léger, presque aérien. Il sentit son cœur s'affoler. Il sentait avec ses lèvres. C'était chaud. Pas bouillant, ni tiède. Juste chaud.

    C'était Mynocia.
    Il resta ainsi, se suffisant de cette simple caresse qui lui apportait déjà trop d'émotions, attendant qu'elle n'esquisse le moindre mouvement.

    Il n'y avait plus rien autour de lui. Plus de château, de quartier général, d'arrière court, plus de neige.
    Seul existait pour lui ce concentré de chaleur niché sous ses lèvres.
    Abandonnant le bonheur dans lequel il s'était plongé, il se recula d'elle, les yeux toujours fermés, redoutant de croiser son regard.
    -Je t'aime.
    Il était fier de lui sur ce coup-là. Il l'avait vraiment bien sortie, sa déclaration. Sans trembler ni déraper !
     
    Pourtant, il se sentit vite mal. Pas l'ombre d'une émotion n'avait traversé le visage de Mynocia.
    Un silence suivit. Lourd. Long. Presque malsain.

    Enfin, elle se recula pour de bon, à une distance plus correcte de lui. Black se sentit hypnotisé par le moindre de ses mouvements et suivit, un peu inquiet, le tic de son sourcil gauche.
    -C'est super Black, mais tu vois, j'en ai rien à foutre.
     
    Tout s'arrêta. Le regard ancré dans le sien, elle lui renvoya un air déçu et dégouté, tourna les talons et disparût de son champ de vision.
    Black, paralysé, fixait sans le voir l'endroit où elle se tenait encore quelques instants auparavant.
    Un poignard. Une lame venait de transpercer son cœur. On l'éviscérait de l'intérieur, tout en lui se tordait, se contractait. Chaque pore, chaque parcelle de son corps semblait vouloir hurler.
    Bon sang mais qu'est-ce que c'était que cette douleur ?

    Il entendit à peine Tom hurler à ses soldats de se saisir de leurs armes.
    Tout en lui venait de s'écrouler.
    Il n'eut même pas la force d'essayer de retenir les larmes qui étaient montées à ses yeux.
    Et son cœur ... Détruit.  Battait-il encore ? Il n'en était même pas sûr.
    Son souffle suspendu trembla violemment quand il respira de nouveau.
    Ca faisait MAL. Très mal. Trop mal.

    Il tenta d'effacer de ses joues les coulées humides qui le sillonnaient, le dos résolument tourné aux autres, refusant de voir le monde, la bataille naissante.
    Refusant à quiconque de le laisser voir ses larmes.

    Mais bon sang, il s'attendait à quoi, au fond ? Qu'elle lui renvoie ses sentiments, qu'elle l'embrasse en lui renvoyant un amour fidèle et éternel ? Quelle bonne blague.
    C'était Mynocia, pas la première greluche venue.
    Et Mynocia ne l'aimait pas.

    Il s'en voulut à lui-même d'avoir osé espérer quelque chose. Mais qu'il était con.
    Il souhaita, pria, implora pour que quelqu'un ou quelque chose le blesse. Lui arrache le cœur. Il n'en voulait plus, de ce truc qui faisait si mal, de cet amour débile et sans futur.
    Mais personne n'accéda à sa requête. Seul lui répondirent les lointains bruits d'un combat.

    - BLACK ! DERRIERE !

    Il sentit un corps se projeter contre lui et tituba légèrement, semblant soudainement prendre conscience que le monde autour de lui tournait encore.
    Tom avait hurlé, mort de peur, et s'était jeté sur Black pour qu'il esquive la marée de feu qui se dirigeait droit sur lui.

    -  Qu'est-ce que tu fiches, Black ?! Il faut se battre ! Les élémentaires sont là !
    Le chef de guerre retourna son ami qui lui faisait toujours dos de force et lui asséna une gifle retentissante. Il avait eut peur de le perdre. Si peur.

    -  B...Black ?

    La main toujours en l'air, Tom venait de se retrouver face au visage noyé sous les larmes de son ami. Il semblait déchiré. Un autre jet de feu lui frôla l'oreille et il fut contraint de se rejeter dans la bataille pour sauver un de ses hommes.

    Cette baffe semblait lui avoir remis les idées en place. Le combat faisait rage. Il fallait se battre.
    Mais ... Il n'avait pas la force. A quoi bon ? Il n'aimait pas tuer, et Mynocia le haïssait déjà ...
    De toute façon, qu'avait-il à faire dans cette guerre ? Il n'était pas un élémentaire, encore moins un elfe. Il était juste un simple humain.

    Il esquiva par réflexe l'attaque d'un élémentaire face à lui.
    Et que dirait Mynocia s'il se laissait mourir maintenant ? Elle le traiterait de lâche, de faible, et irait surement cracher sur sa tombe.

    Il ne voulait plus entendre ces mots. Ceux qui blessent. Détruisent. Tuent ?
    Il voulait remonter le temps. S'empêcher de l'embrasser, se faire taire.  Il voulait écraser, piétiner, bannir à jamais ce sentiment de douleur. Il ne voulait pas aimer.

    Il rouvrit les yeux qu'il n'avait pas eu conscience de fermer, se confrontant enfin à la scène dont il avait fait abstraction.

    La neige. Maculée de sang. Les corps, à terre. Les flammes ardentes qui brulaient tout sur leur passage. Les flèches des elfes qui fusaient.La Terre qui bougeait. L'eau qui noyait.
    Le massacre.  La rage. Le combat. La guerre.
     
    Pourtant, quelque chose chez les élémentaires était différent. Leurs flammes étaient plus ardentes, leurs coups moins nombreux, leurs attaques plus fortes, plus précises. Redoutablement puissantes.
    Une élite ?

    Black s'avança, décidé à passer sur ses ennemis toute sa douleur de vivre. Respirer faisait mal, et il fallait qu'il se défoule. Tant pis s'il fallait en arriver là, mais il était convaincu que la douleur des autres pourrait effacer la sienne.
     
    Il ravala ce qui lui restait de larmes et s'élança au cœur même de la bataille. Il ne savait même plus pourquoi il se battait. Pour retrouver un semblant d'espoir, de dignité perdue ?

    Nelween hurla de joie en le voyant se jeter à corps perdu dans le combat et se posta derrière lui, augmentant la vitesse de ses attaques. L'élémentaire en face d'eux s'écroula enfin et il bondit, dégainant la dague qu'il portait constamment à la ceinture, se propulsant de toutes ses forces qui semblaient décuplées sur l'homme, qui assénant un coup de poignard en plein cœur. Il sentit avec une délectation malsaine la chair crisser sous la lame et le transperça de part en part. Le sang gicla, lui recouvrant les mains et les avant-bras, trempant la neige à ses côtés.

    L'immaculé devint ténèbres. 

    Il allait remettre son geste quand il réalisa ce que ce coup de poignard faisait de lui. Un tueur. Un assassin. Un foutu meurtrier. Il tendit les doigts vers le corps sous lui, palpa du bout des ongles la blessure qu'il avait lui-même infligée, et ramena ses phalanges trempées de sang vers le visage de l'élémentaire. Mort.
    Il abaissa ses paupières, ne contrôlant plus aucun de ses gestes.

    -Repose en paix.

    Il ne savait même pas pour qui il avait parlé. Pour lui ou pour le cadavre.
    Il se redressa, abandonnant le corps derrière lui, le laissant à la neige. Il ne connaissait pas cette force. Il ne se connaissait plus.
     
    Il s'immobilisa quand un cri perçant lui déchira les tympans, perdant tout ce qui lui restait d'humain. Cette voix, c'était Mynocia. Cette douleur, c'était la sienne. Ce hurlement.

    En un éclair, il était à l'origine du bruit, confronté à une scène qui avait fait arrêter les combats aux alentours pour un instant.

    La jeune femme était maintenue contre une élémentaire qui la serrait contre elle, l'empêchant de bouger. Sa main gauche pendait au bout de bras, en sang, et quelques flammes crépitaient encore dans sa paume. Black sentit sa fureur monter d'un cran, et détailla du regard la femme.
    Grande, mince, la peau rouge, elle ne possédait pas de jambes et des flammes crépitaient sous sa jupe. C'était quoi ce délire ? Une hybride ?
     
    Il s'en fichait, après tout, hybride, élémentaire ou humaine. Tout ce qu'il savait, c'était qu'elle avait fait du mal à Mynocia. C'était une raison suffisante pour la tuer.

    Il s'avança, fier et droit malgré les larmes qui étaient restées dans ses yeux. La douleur de Mynocia était sienne. La blesser revenait à rouvrir ses plaies. Il ancra son regard dans celui doré de l'élément. Elfes et élémentaires s'écartèrent sur son passage. Il semblait émaner de lui une force infinie. Crépiter autour de lui une puissance familière qui le poussait à soutenir le regard de feu, à avancer. Encore.  

    Quand il fut suffisamment près, ses pas s'arrêtèrent et sa voix résonna.
    - Lâche-la.
    La femme éclata d'un rire qui aurait pu lui glacer le sang en temps normal. Mais il était hors de question d'avoir peur, ou mal. Le sang de Mynocia coulait sur la neige.

    C'est sans aucune peur qu'il vit une immense vague enflammée se ruer sur lui. Il ne pouvait pas mourir. Pas tant que Mynocia ne serait pas sauve.

    Il ferma les yeux, réunit sa colère et les immenses flammes se déchirèrent en deux, le laissant sain et sauf alors que tout aux alentours, elfes comme élémentaires, étaient projetés par une force invisible dans le lac.
    Seule la femme rouge ne broncha pas, mais son sourire était retombé. Elle se pencha vers Mynocia qui se débattit, tentant de lui mettre un coup de pied ou de faire appel à l'eau, approcha son visage de son oreille ... Et disparût dans un grand tourbillon de Feu. Soudainement.
     
    Black se rua sur Mynocia, tombant à genoux à ses côtés, mais elle hurla, une panique sourde peinte sur ses traits, fixant un point derrière le justicier.
    -WÏANE ! NON !
    Le visage si familier de la guerrière s'imprima sur sa rétine, un violent coup tomba sur sa nuque ...

    Puis ce fut le noir. 
     
     

    Ch15


    Lorsqu'il crût reprendre conscience, la première chose qu'il réalisa était qu'il ne parvenait pas à ouvrir les yeux, ni à bouger la moindre parcelle de son corps. Il sentait ses paupières closes, le poids de chacun de ses muscles, mais malgré tous ses efforts il ne put pas remuer le petit doigt.

    Etait-il mort ?

    Pourtant, petit à petit, des sons lui parvinrent aux oreilles, des éclats des voix lointaines, puis des ressentis, comme une sensation de ballotement. Il comprit au toucher chaud sous son corps, que quelqu'un le portait sur son dos. Les sons se firent plus forts, plus nets alors qu'il revenait à lui, néanmoins toujours incapable d'effectuer le moindre mouvement. Progressivement, son odorat revint à son tour et il reconnu le parfum de Tom sous ses narines, mélangé à l'odeur du sang et de la transpiration.

    C'était quoi ce délire ?

    Il voulut parler, gémir, émettre un son mais ses lèvres demeurèrent hermétiquement closes.
    -Mynocia ! Ménage-toi, tu es blessée !

    La voix du Chef de guerre couvrit les bruits de pas qui résonnaient dans ce qui semblait être un long couloir. D'après ses estimations, ils étaient toujours au Q.G., dans un corridor, Mynocia marchait devant au bruit de ses talons, quelques elfes suivaient en silence et Tom le portait sur son dos.
    Combien de temps était-il resté dans les vapes ? La bataille était-elle finie ? Comment allait Mynocia ? D'après Tom, elle était blessée ! Etait-ce grave ?

    Il voulait ouvrir les yeux, bon sang !
    Il entendit une porte s'ouvrir, et des voix d'elfe s'élever dans la pièce, ordonnant aux guerriers de se déshabiller et de le déposer, lui, sur un lit.

    A l'odeur de traitement qui planait dans l'air, Black reconnut l'hôpital du quartier général.
    Il sentit Tom le faire descendre de son dos et atterit comme une chiffe molle sur le lit, se cognant méchamment la jambe contre quelque chose de dur et d'après le « CLING » qui en résulta, en métal.  Son ami se confondit en excuses, vérifiant qu'il ne l'avait pas amoché plus qu'il ne l'était déjà.
    Il voulait voir !! Ouvrir les yeux ! Rassurer Tom, et bouger !

    Son attention fut reportée sur les cris indignés de Mynocia, apparemment en désaccord avec un soigneur.
    - Mais lâchez-moi ! Je vous dis que je vais bien ! Et ne laissez pas Black ici !
    - Madame, s'il vous plaît ! Votre main doit être soignée, et nos onguents pourront ranimer ce jeune homme !
    Mynocia expira profondément. Si la Reine ne lui avait pas interdit en personne de frapper un elfe sans bonne raison, celui-ci se serait retrouvé dans un bocal.

    Elle se précipita vers un infirmier qui allait tenter de réanimer Black en lui faisant ingérer une potion spécifique, et lui arracha la fiole des mains, la balançant à l'autre bout de la pièce où elle explosa contre un mur.

    - Je vous ai dis NON ! Hurla-t-elle, faisant déguerpir les quelques curieux non blessés qui étaient restés pour des amis.
    - Ce remède le sauvera ! Répliqua le soigneur en s'avançant vers Black, se penchant pour lui faire avaler la mixture, mais une vague le projeta à terre et il regarda Mynocia, l'air complètement ahuri, qui semblait sur le point d'exploser.

    Tom se précipita sur son amie, tentant de la raisonner mais elle le repoussa à son tour.
    - Myn, écoute, je comprends que tu sois inquiète pour Black mais ces hommes savent ce qu'ils font !
    Allons bon ! Voilà qu'elle passait pour l'hystérique de service à présent ! Tout ça parce que cette bande d'obstinés ne voulaient pas comprendre qu'il ne fallait PAS donner ce genre de mélange à l'autre pucelle !
    Elle allait finir par tout leur envoyer dans la gueule, oui !
    - Bien. Nous allons donc entamer le processus de réanimation.
    Trois autres soigneurs se postèrent autour du justicier et Mynocia décréta qu'elle n'en avait plus rien à foutre et qu'elle lâchait la bombe.

    - MAIS VOUS ALLEZ M’ÉCOUTER, MERDE ? CET HOMME EST UN ELEMENTAIRE ! SI VOUS LUI FAITES INGURGITER CE PUTAIN DE BREUVAGE ET QUE PAR CHANCE, IL NE VOUS LE DÉGUEULE PAS DESSUS, VOUS DÉTRUIREZ SA SECONDE VIE ! ALORS VOUS ALLEZ ARRÊTER  LA VOS CONNERIES ET LE TRANSFÉRER DANS UNE CHAMBRE A PART, IL N'Y A RIEN D'AUTRE A FAIRE SINON ATTENDRE !

    Elle s'arrêta, reprenant son souffle.
    Comme elle s'y attendait, toute la salle la fixait, les yeux ronds.
    Son coup de gueule avait au moins eut l'effet escompté.

    Un bel ange accueillit la déclaration. Tous les guerriers présents semblaient tenter d'assimiler l'information. Ce fut Tom qui osa enfin poser la question qui brulait toutes les lèvres ;
    - Black est un ... ?
    - Elementaire, compléta Mynocia, semblant s'être calmée. Mais lui-même ne le sait pas. Si vous ne me croyez pas, soulevez ses cheveux et regardez son front ...

    Le soigneur qui allait, quelques instants auparavant, tenter de faire avaler le remède à Black, s'approcha du jeune homme et releva les mèches rouges du dos de sa main, découvrant son front sur lequel tous les regards se posèrent.

    Et évidemment, Mynocia avait raison. Le signe était là. Deux ailes pâles battaient sur sa peau.

     
    L'Air.
     

    -C'est pas vrai ... Murmura une elfe et Mynocia lui jeta un regard noir.
    -Transférez-le dans une chambre isolée.

    Personne n'osa rien dire, rien ajouter. La nouvelle les avait trop surpris, tous. Le soigneur redressa le corps endormi de Black, Tom le hissa de nouveau sur son dos et le quatuor sortit de l'hôpital, laissant planer dans l'air un parfum âpre de secret dévoilé.

    Mynocia soupira, glissant une mèche rouge derrière son oreille, s'arrêtant un instant sur la boucle d'oreille vermeille. Ils allaient bien finir pas l'apprendre un jour ou l'autre de toute façon ...
     
    -Mynocia.
    -Je sais, Tom, je te dois des explications.

    Ils n'étaient plus que tous les trois dans une chambre aux couleurs bleues pastel dans laquelle Black avait été installé. Le jeune homme, lavé et en sous vêtement, couché dans le lit, et Mynocia et Tom assis chacun sur une chaise de part et d'autre de leur ami.

    Le chef de guerre avait attendu qu'ils soient seuls pour lui poser ses questions, et elle lui en était reconnaissante.  Elle n'aimait pas se justifier auprès du personnel médical.
    -Depuis quand est-ce que tu le sais ?

    Elle s'attendait à trouver de la rancœur, ou de la jalousie dans la voix de l'autre, mais il n'en était rien. Tom était définitivement trop bon pour son propre bien.
     
    -Depuis la première fois que je l'ai touché. Les fusions d'âmes ne sont possibles qu'entre élémentaires, et bien qu'à l'époque je pensais que c'était la légende qui nous permettait de faire ça, quand j'ai vu ce signe apparaître sur son front ...
    - Il l'a toujours porté pourtant, non ?
    - Le signe ? Non... Il possédait déjà une certaine force, mais ses pouvoirs relatifs à l'élément étaient enfouis, et il a fallu qu'il soit confronté à l'armée de Feu pour qu'ils se révèlent.

    Tom ne répondit pas. Il savait si peu de choses sur Black comparé à la jeune femme qui l'avait espionné un an ...
    Alors ainsi, les trois derniers éléments étaient réunis en un même camp.
    Et amis, de surcroît.
     
    Un court silence suivit. Elle savait exactement quelle question son ami allait lui poser, et c'était celle à laquelle elle avait le moins envie de répondre.
    - Et cette histoire de « deuxième vie », alors ?
    Ils y étaient.
    - Un élémentaire possède deux vies, commença-t-elle, les yeux perdus sur le visage endormi de Black. Si tu le tues, il revit.

    Tom fronça les sourcils. C'était quoi cette histoire ? Les élémentaires de Feu tués lors des combats n'avaient jamais miraculeusement ressuscité !

    - Laisse-moi finir, s'interposa-t-elle en voyant que l'homme allait la contredire. J'ai dis «élémentaire », pas « demi-élémentaire ». Comme tu le sais, les premiers élémentaires qui ont rejoint Combustor il y a 100 ans ont copulé en masse avec des humains dans le but de grossir leurs rangs. Les sangs d'humain et d'élémentaire mélangés doivent donc annuler cette seconde chance. Du moins, c'est l'hypothèse qui me semble la plus probable.
     
    L'idée du croisement lui paraissait tout à fait plausible. Entre élémentaires, la seconde vie perdurait mais au contact du sang elfe ou humain ... Au fond, elle ignorait les conditions exactes. Tout ce qu'elle avait pu soutirer à Leïnae, une dizaine d'années auparavant, était que les élémentaires « purs » ainsi que les « primaires », ceux qui possédaient une maîtrise totale de leur élément, avaient bel et bien une seconde chance.

    - Tu penses que Black l'a ?
    La question de Tom la tira de ses pensées.
    - J'en sais rien, je ne connais pas ses parents. Dans le doute ...
    - ... Tu as fait paniquer tout le monde. Conclût l'autre, un sourire amusé aux lèvres. Elle ne changerait jamais.

    Il retourna à la contemplation silencieuse du visage de son ami, rangeant soigneusement ces informations dans un recoin de sa tête.

    Ch15


    Black n'en revenait pas. Il ne parvenait pas à croire tout ce qu'il avait entendu depuis le début de l'après-midi. Lui, un élémentaire ? Mais pourquoi ? Comment ? N'était-il pas humain ? Lysia l'était aussi ?
    Cela n'avait pas de sens ! Certes, il y avait bien cette chose étrange sur son front, mais aucun pouvoir bizarre n'avait jamais ... Ah, si. Durant ces combats où il avait perdu le contrôle, il se souvenait d'avoir projeté des objets sans les toucher et il avait juré entrainer l'air dans son sillage. Alors ... C'était l'Air, son élément ? Il était vraiment un ... Elementaire ? Comme Mynocia ? Comme Tom ?

    Cela voulait-il dire ... Qu'il avait sa place dans cette guerre ? Qu'il ne se battait pas seulement pour survivre mais parce que, même enfouies, ses racines étaient ici ?
    C'était réconfortant. Savoir qu'il appartenait finalement encore à quelque chose et qu'il pouvait défendre des valeurs.

    Le seul problème était qu'il ne savait pas du tout contrôler ses pouvoirs, qui semblaient toujours se déclencher lorsqu'il était en proie à une forte émotion.
     
    - ... Tom. Tom !
    L'homme ouvrit les yeux sur le visage de Mynocia, réalisant que la nuit était tombée et qu'il s'était assoupi au chevet de Black.
    -Quelle heure il est ? Marmonna-t-il, cherchant à se secouer mentalement, jetant un œil au justicier qui n'avait pas bougé d'un cheveu.
    - Quatre heures.

    Elle lui tendit une tasse de thé et reposa la sienne, vide, sur la table de chevet à côté de la tête de lit, regardant le jeune homme qui semblait dormir profondément.
    Tom sirota doucement sa tasse, appréciant le contact chaud du liquide dans sa gorge, luttant pour garder les yeux ouverts.
     
    La jeune femme s'approcha de son ami, passant délicatement la main dans les mèches noires.
    -Va dormir, tu es crevé. Je reste à ses côtés, ne t'en fais pas.
    Tom posa sa tasse à son tour, et prit Mynocia dans ses bras. Comment diable aurait-il pu jalouser cette femme ? Elle était l'une des rares personnes à avoir sa totale confiance ... Et, honnêtement, il l'adorait.
    Elle lui rendit son étreinte, déposa une petite bise sur sa joue et le raccompagna à ses quartiers, confiant Black aux étoiles quelques minutes.
     
    Une fois revenue, elle rapprocha la chaise de la tête de lit et s'installa aux côtés de Black qui paraissait toujours endormi.

    - Je ne comprends pas pourquoi Wïane t'as plongé dans le coma. Où est l'intérêt, franchement ? 
    Elle réalisa à peine qu'elle s'adressait à quelqu'un qui ne pouvait ni l'entendre et encore moins lui répondre. Elle avança sa main vers son visage éclairé par la lumière de la lune qui filtrait par la fenêtre, et libéra à la vue le signe de son front, laissant sa paume s'attarder plus que nécessaire contre la peau tiède.

    - Dire que je m'étais promis de ne rien leur révéler avant que tu ne le saches ... Quel gâchis.
    Ses doigts dérivèrent en une caresse délicate jusque sur les joues du jeune homme qui, d'après ce qu'elle sentait, en Black et au contact de sa peau, avaient été trempées d'eau salée. Elle retraça du pouce le contour de sa pommette, comme si elle cherchait à effacer ces larmes qu'elle voyait mais qui ne coulaient plus.

    - Je t'ai blessé.

    Affirmation ou question, elle ne savait plus elle-même. Elle l'avait vue. Toute la douleur qui nageait dans ces yeux océan au moment où il s'était précipité sur elle. Cela l'avait déstabilisée. Avec ses conneries et à force de tirer les sentiments du jeune homme dans tous les sens, elle était en train de le détruire à petit feu. Il faudrait qu'elle fasse attention, à l'avenir, de ne pas se montrer aussi blessante dans ses mots... Elle n'aimait pas le voir pleurer.
     
    Pourtant, quand il lui avait avoué son amour, elle avait eu envie de lui faire ravaler ses mots, de le frapper, de le pousser à la détester ...

    Et, sans réfléchir, elle lui avait balancé la première méchanceté qui lui était passé par la tête. Oh, qu'il l'aimait, elle le savait depuis un moment, il ne lui avait rien appris. En revanche, son baiser l'avait pris de court, à tel point qu'elle s'était demandée un instant s'il n'avait pas passé le mois à bécoter Tom pour s'entrainer. L'idée l'avait fait sourire. Déjà qu'embrasser une fille, il en avait fait tout un fromage, alors un autre homme ! Cela n'aurait surement pas déplu à Tom par contre, au vu du regard tendre qu'il posait constamment sur le justicier.

    Elle soupira de nouveau. Un mois en mission pour Clia qui cherchait à tester sa loyauté, à espionner Wïane et son crétin de frangin, ça avait de quoi épuiser. Et puis, elle devait l'avouer ; emmerder le justicier lui avait manqué.

    Toutefois ... Le repousser comme elle l'avait fait n'avait vraiment pas été une bonne idée. Le but était d'empêcher cette andouille de tomber amoureux d'elle (ce qui semblait déjà foutu), pas de le faire souffrir inutilement.
     
    Black attendait, à l'affut du moindre son, du moindre mouvement d'air qui aurait pu lui donner plus d'indices sur l'attitude inhabituelle de Mynocia. Pour qu'elle lui caresse le visage comme elle l'avait fait, il y avait forcément quelque chose qui clochait. Ah, que c'était frustrant de ne pas pouvoir voir le monde ou bouger pour en deviner les contours !

    Et cette journée interminable qui allait de révélations en révélations ! Tout d'abord, il était tombé dans un espèce de coma, avait appris qu'il était un élémentaire –le dernier- par l'Air, qu'il possédait peut être deux vies ! Alors si Mynocia aussi s'y mettait et qu'elle ...
    - J'suis désolée, Black.
     

    ...
    ...Quoi ? Mynocia qui s'excusait ? L'apocalypse était-elle proche ? Le monde allait-il exploser d'un instant à l'autre ? Ou est-ce qu'il était définitivement mort et qu'il délirait ?
    - J'n'aurais pas du te parler comme ça.
    Black se sentit médusé. Qui était cette femme qui avait la voix et l'odeur de Mynocia ?
    Autant de sentiments comme les regrets et le pardon, exprimés clairement, de sa part, c'était flippant.
    - J'le pensais, hein.
    Ah ouais, il se disait aussi ...
    - ... Mais formulé comme ça, c'était naze. Je le sais depuis un moment que tu m'aimes, mais là, avec la fatigue et la bataille ... C'était pas le moment pour me rappeler ça, Blacky-bear.
    La douleur qu'avait provoquée son rejet empoigna de nouveau son cœur et le « pourquoi » qui brula ses lèvres resta intérieur. Incapable de parler, il attendit.
     
    - Dire que tous mes efforts pour que tu me détestes n'auront servi à rien ... Quelle merde, cette putain de légende !

    Un « BONG » retentissant suivit ses paroles et Black se demanda si elle venait vraiment de se frapper la tête contre la table de chevet. Il voulait bouger de ce lit ! Sortir de là, lui foutre une baffe, l'embrasser, la toucher, lui hurler dessus, l'étreindre ...

    Cette « inconscience » était une véritable torture pour les nerfs !
    Mynocia continua de lui parler toute la nuit, agrémentant son monologue d'insultes diverses et variées, et ce fut en l'écoutant déblatérer des idioties, qu'il réalisa qu'il aimait sa voix.
    Claire, pure. Aussi fraiche que de l'eau.

    Enfin, aux alentours de ce qu'il pensait être huit heures du matin, l'heure à laquelle la lumière sur ses paupières closes se fit plus forte, il prit conscience en entendant son souffle calme et régulier, qu'elle s'était endormie, surement mal assise sur la chaise à ses côtés.
     
     

    Ch15


    Une longue, très longue semaine passa. Le temps défilait au ralenti depuis sa petite chambre. Dire aussi qu'il passait ses journées à attendre, couché dans un lit, à écouter et guetter le moindre chant d'oiseau. Heureusement pour lui, Mynocia et Tom eurent de plus en plus de temps pour eux à partir du moment où les blessés furent soignés et les dégâts matériels réparés.

    Le plus dur avait été l'épreuve du bain. Les soigneurs, qui le visitaient régulièrement pour s'assurer de son état, avaient tenu, au troisième jour, à ce qu'une petite toilette lui soit faite. Ce à quoi, évidemment, Mynocia s'était interposée, soutenant qu'il était CRADE et que le bain était une nécessité absolue.
    Il la soupçonnait de s'ennuyer et d'avoir trouvé l'idée divertissante.
    Soit, il avait protesté –intérieurement- de toutes ses forces, mais rien à faire, elle s'était vu confier la tâche de le doucher.

    Et, comme il s'y attendait, elle avait abusé de son immobilité totale. Cela avait commencé avec des commentaires de tout genre sur son physique et son anatomie. Parce qu'en plus elle avait jugé amusant de le laisser appuyé sur une chaise, nu comme un vers, pendant que l'eau coulait.
    C'était comme ça qu'elle avait vérifié, au passage, qu'il ne se teignait pas les cheveux et que « ah ouais tes poils sont rouges ! », en passant par les remarques du genre « t'as un joli derrière le roux » (il n'était PAS roux !).

    Il ne s'était jamais senti aussi humilié de toute sa vie. Elle ne pouvait vraiment pas lui laisser un minimum d'intimité ? Au moins sur son corps !
    Et pour finir, elle l'avait laissé mijoter comme un légume dans un bouillon dans la baignoire remplie d'eau bouillante pendant au moins une demi-heure, jusqu'à ce que la plante de ses pieds ne commence à friper.
    Soit, il était récuré, mais elle allait lui payer ça, foi de Black !

    Il avait mis deux bons jours avant de s'en remettre.
    A côté de ça, si la guerrière avait pris l'habitude d'être avec lui 23heures sur 24 (mis à part les temps de pause où elle sortait chercher un autre livre, se doucher ou ramener à manger), Tom aussi passait lui rendre visite de plus en plus souvent, discutant avec son amie, prenant de ses nouvelles.
    Black était touché que le Chef de Guerre le porte ainsi dans ses priorités.
    Mais même avec les deux élémentaires à ses côtés, le temps était toujours incroyablement long.

    Deux semaines. Black, empli de regrets de toute sorte, commençait à douter de se réveiller un jour. Une petite routine s'était installée entre le trio. Mynocia, toujours constamment à son chevet, attendait Tom qui passait trois fois par jours ; une fois en visite éclair le matin, en début d'après midi pour apporter de quoi manger à l'élémentaire, et le soir, où il restait jusqu'à ce qu'elle ne le ramène, endormi, à ses quartiers.
    Et plus le temps passait, plus ils semblaient perdre de leur entrain. Même Tom, qui était d'un naturel optimiste, n'avait plus sa bonne humeur habituelle.
    L'ambiance était morose au quartier général.
     
     
    -Tom ? Il y a quelque chose qui te tracasse, qu'est ce que c'est ?
    Le chef de guerre, prit de court, ne répondit pas à Mynocia. Dix huit jours s'étaient écoulés depuis la bataille, et Black ne s'était toujours pas réveillé.

    La nuit était tombée depuis un moment déjà, et le silence s'était installé entre les deux amis, jusqu'à cette soudaine question de la guerrière, postée à la fenêtre, le regard perdu entre deux étoiles.
    Oui, quelque chose le tracassait, et le fait qu'elle le connaisse si bien lui faisait peur. Il ne voulait pas qu'elle sache que Stac le violait régulièrement à présent et que lui, comme une vieille chiffe molle désespérée et sans volonté, se laissait faire.

    Il s'en voulait. Tout aurait été plus simple s'il s'était amouraché de Stac. A la place de quoi, l'amour qu'il portait pour Black était si fort qu'il en avait mal rien que d'y penser.
     
    Le problème était que Stac avait appris, ou compris –il ne savait comment- que son cœur battait pour le justicier. Et depuis, c'était l'enfer. L'homme, mortellement jaloux, se montrait vulgaire et violent. Il avait même pris l'habitude de le menotter dans un vieux donjon pour lui faire son affaire en paix.
    Et quand il arrivait, entre deux soupirs de douleur, que le prénom honni passe ses lèvres, il était frappé jusqu'au sang. 

    Tom était effrayé, connaissant l'intelligence de Mynocia, de ne pas pouvoir faire passer ses contusions et autres marques de coup comme des blessures de guerre encore longtemps.
    - Black m'inquiète, c'est tout, répondit-il enfin.
    - Mynocia ?
    Un « hm ? » distrait lui parvint et il continua, la main de Black serrée dans la sienne.
    - Chante.
    - Pardon ?
    - Je veux croire que ta voix aura le pouvoir de le faire revenir.
    Elle se retourna en direction des étoiles, et, toujours sans lâcher les astres des yeux, elle laissa sa voix s'élever dans la pièce.
     
    Tom ferma les yeux, appréciant la mélodie, laissant son amie le transporter dans un autre monde le temps d'une chanson.
    Quand enfin le chant de Mynocia s'éteignit, une larme avait roulé sur le visage de Black. Seule. Unique.
    Mais pas réveillé pour autant.

    - J'aurais voulu y croire, moi aussi, constata-t-elle.
    Trois semaines. Black aurait voulu pleurer, se débattre, crier, bouger. Tout sauf cet état végétal qui semblait ne jamais avoir de fin ! C'était une véritable torture de sentir la douleur que causait son coma sur les autres, particulièrement Tom, sans pouvoir rien y faire. Même Mynocia commençait à montrer des signes de faiblesse. Ses nerfs étaient à vif et le premier elfe qui croisait son chemin dans ses moments de colère ne s'en remettait jamais facilement.

    Et plus le temps passait, plus, se pensant irrémédiablement en train de mourir, Black déprimait. Soit, d'après les soigneurs, son corps était en forme et il n'y avait rien d'anormal.
    Mais dans sa tête ... Plus rien n'allait.
     
    Il doutait de tout. De lui, du pourquoi il n'était pas normal, de la nature exacte du sang de ses veines. Il lui était même arrivé de regretter d'être né, d'en vouloir à ses parents inconnus de l'avoir mis au monde et abandonné. Il voulait connaître l'amour d'une mère, les accolades d'un père.
    Et incontestablement, il voulait vivre. Si fort. Il voulait sentir l'air dans ses poumons, sentir le vent dans ses cheveux, voir le monde. Tout ce qui jusqu'à ce jour lui avait parût futile et sans importance.       
    Il voulait revenir.
     

    Ch15


     
                L'état de Tom empirait de jour en jour. De nouvelles missions périlleuses s'étaient enchainées, les unes après les autres, et si Mynocia n'avait pas été là pour le soutenir, il était persuadé qu'il se serait laissé tuer au combat. Il sentait qu'il était en train de sombrer, mais il ne savait vers quoi.
    Il ne parvenait même plus à gémir de douleur lors de ces nuits passées avec Stac.
    Il avait mal. L'homme qu'il aimait était si près, et tellement loin. Il pouvait le voir, le toucher, mais son âme était ailleurs.
    Et la simple idée que peut être il ne se réveillerait pas l'avait déjà achevé.
     
     
    Elle avait enfin comprit. Trouvé entre deux lignes, entre deux mots, la signification de tout ce bazar. Parce qu'Il  voulait que l'encre qui tachait son âme soit porteuse de vers prémonitoires. Parce que ce qui la séparait de Black était une distance. Un monde, un univers.
    Il avait fallu que Wïane passe à l'action pour qu'elle réalise que le combat qu'elle menait n'avait aucun sens.
    On ne se rebelle pas contre une légende. Encore moins seule.
    Perchée sur la plus haute tour du château, assise sur la rambarde, elle se laissa guider par le vent frais, et la mélodie quitta ses lèvres.

    Sa haine. Sa rancœur. Sa douleur.
    Son passé. Son sang. Son cœur.
    Pour cette fois, Il  gagnait la bataille.
    Elle releva le regard vers les étoiles, rencontrant ces yeux, au loin, qui, et elle le sentait, fixaient sa direction.
     
    - Par l'Être séparé, le sang de nos veines, je te rends mon âme. A toi uni, je l'Accorde.
     
     
     
     
                Black se demandait où pouvait être Mynocia. Il était, d'après Tom à ses côtés, suffisamment tard pour trainer à la bibliothèque. Le chef de guerre avait posé son livre depuis quelques minutes, incapable de se concentrer, et avait laissé son regard se promener sur le visage serein et détendu du jeune homme.

    Il se souvenait clairement d'une plaisanterie de la guerrière qui avait proposé d'essayer de le réveiller d'un baiser. Le premier jour, il avait ri. Mais cela allait faire trois semaines et l'idée lui trottait sérieusement en tête.

    Et Mynocia qui brillait encore par son absence, trainant nul ne savait où ...
     
    La tentation était trop grande. Il s'était redressé, faisant racler les pieds de la chaise contre le plancher, et immobilisé au dessus du visage de Black. Son cœur battait la chamade. Oser ou pas oser ?
    Il inspecta la pièce du regard. Personne, pas un bruit. Et si ... ?
    Il n'y avait plus que Black. Et lui. Dans une pièce sombre aux couleurs bleues, sous des étoiles un peu trop lumineuses ...

    Cinq, quatre, trois, deux ... Non ! Il ne pouvait pas ! Pas sans son accord ! Lui voler un premier baiser alors qu'il était inconscient ! Minute. Il avait déjà embrassé Mynocia, non ?
    Il se pencha vers son visage.
     
    Un baiser papillon sur sa joue. Un autre sur sa tempe. Son front. Son menton. Sa mâchoire. Le bout de son nez. Ses lèv...

    - Tu essaies de réveiller notre princesse, beau prince ?
    Tom fit un violent bond en arrière, cherchant Mynocia du regard, carburant pour trouver une excuse qui pourrait justifier ce –presque- baiser improvisé. C'était bien sa veine.
    Pourquoi avait-il fallu qu'elle rentre à CE moment précis ?

    - Croire encore aux contes de fée à vingt ans, c'est bien raisonnable tu penses ?
    Le chef de guerre détourna les yeux, honteux de s'être fait prendre sur le fait. Que devait-il faire ?
    Mynocia régla le problème et l'attira à lui. Elle connaissait assez bien Tom pour comprendre que quelque chose n'allait pas du tout, qu'il s'efforçait de jouer aux durs et de le cacher et que cela le détruisait de l'intérieur. Pourquoi n'était-elle entourée que de gros boulets résolument butés ?

    Soit, elle était loin d'être l'affection personnifiée, mais elle savait qu'une étreinte amicale était ce dont Tom avait besoin.
    - J'ai peur qu'il ne revienne jamais, Myn.
    Soudain, ses mains se crispèrent dans son dos et un grand « BOUM » résonna dans la pièce.
    - Je crois que ce boulet là, on va le trainer encore longtemps. T'étais pas fichu de voir qu'il y avait une table de chevet vers ta tête ?
    Un gémissement de douleur étouffé leur parvint et Tom se retourna au ralenti, n'osant y croire.

     
     - Black ?
     
     

    Ch15

    Fin du chapitre 15
    Lien spéciaux : chanson de Mynocia interprêtée par Comet,
    faites gaffe à vos oreilles, la qualité est affreuse ... -> LIEN
     

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