• Ch17

    Ch17

     

    Chapitre 17

    Les fables de la Terre

     

    [ Version illustrée disponible ici ]

     

    Ch17


    Urgence. Le mot bourdonnait à ses oreilles. Tout lui semblait si flou, si lointain, complètement confus. Alors il courait. Courait, courait encore, aussi vite que ses jambes ne lui permettaient, tentant de suivre le rythme que Mynocia lui avait imposé en le tirant à sa suite. Il ne comprenait rien. Mais il avait peur.
    Parce que la paume contre la sienne était presque moite et qu'il sentait à travers le lien qu'elle commençait à paniquer.
     

    Tap tap, tap tap, tap tap.

     
    Le bruit de leurs chaussures qui claquaient sur les dalles. Le ciel sombre. L'odeur de la nuit. De la pluie. Des murs qui défilaient, des pierres grises bientôt transformées en lignes. Des marches.
    Courir.


    Encore, encore, encore.

    Mais que se passait-il, bon sang ?!


    Pourquoi ce sentiment ? Pourquoi à ce moment, alors que la journée avait été parfaite ?
    Enfin, Mynocia s'arrêta, et il ne put s'empêcher de noter que leurs doigts étaient toujours entremêlés.
    Il comprit, à la porte cernée de runes, qu'ils avaient gagné les appartements de la voyante.
    « -Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Black, le souffle encore haché de cette course imprévue.
    - Les urgences de Leïnae ne sont jamais de bonnes nouvelles. »


    Son mal être se renforça encore. Il n'aimait pas quand les phrases de Mynocia étaient si sérieuses, dénuées de toute trace d'ironie.


    Mais que pouvait-il bien se passer ? L'idée d'une attaque des élémentaires était impossible, ils auraient été mis au courant bien avant et le Q.G. n'aurait pas été si calme ...


    Il scruta le profil de la guerrière en quête d'indice, mais son visage était fermé, dénué d'expression.
    Et pourtant, le pouls qui pulsait sous ses phalanges lui indiquait qu'elle était dans le même état que lui.

    Elle frappa deux coups secs à la porte devant eux et fut invitée à entrer par un cliquetis intérieur qui fit pivoter l'huis et leur ouvrit le passage.  Elle entra en tirant Black qui n'avait aucune envie de se confronter aux yeux vides de la medium, et le poussa d'un coup de coude à s'incliner.


    « - Vous voilà enfin ! »


    Le Justicier Rouge sursauta et agrippa la main de Mynocia par réflexe. C'était la première fois qu'il entendait la voix de cette femme. Rauque, basse, sa phrase semblait venir d'un autre monde et avait résonné dans la petite pièce.


    Assise à une chaise derrière une table chargée de bibelots, de papiers et d'objets en tous genre, elle les invita d'un geste de main agacé à prendre place devant elle, et reprit la parole de cette voix qui semblait venue tout droit des entrailles du diable.

    « - C'est une HONTE ! Vous êtes complètement inconscients ! Et tous les deux ! »
    Elle planta ses pupilles jaunes dans le regard de Black qui se colla à Mynocia, retrouvant la désagréable sensation d'être fouillé de l'intérieur. Il baissa les yeux sur le tapis, refusant de la laisser lire en lui plus longtemps. Mynocia, quant-à-elle, soutint le regard or face à elle, d'un air presque de défi.


    « - Vous êtes abjects.
    - Expliquez-vous.
    L'ordre venait de la guerrière. Black sentit une goûte de sueur lui dévaler la tempe. Elle était complètement malade d'être aussi insolente !
    - Allons bon, parce qu'en plus il faudrait que ce soit moi qui vous explique ?
    - Myn', laisse tomber, allons-nous-en ... Glissa Black, se croyant discret et inaudible pour l'Elfe en face d'eux.»
    Leïnae soupira, semblant calmer sa colère.


    " - Ecoutez-moi, tous les deux. Une vie est en train de s'éteindre ce soir, sous vos yeux, et aucun d'entre vous n'a été capable d'en saisir l'étincelle. Cette nuit est votre chance de réparer vos mégardes et voir le prix de votre insouciance. Allez là où les traites furent humiliés, et prenez gardes à vos âmes."
    Les liés ne bronchèrent pas. Black tentait de comprendre ce charabia, et Mynocia ... Semblait perdue dans ses pensées, le regard comme aspiré dans les yeux de Leïnae.
    Le jeune homme voulut reprendre sa main, mais elle s'écarta.

    L'elfe se leva, s'approchant de la jeune femme. Elle tremblait. Leurs regards étaient soudés.
    Leïnae se détourna, partant trifouiller dans un tiroir qui émit un crissement rouillé, et en sortit un morceau d'or roulé en arabesque.


    - Tu sais ce que c'est ?
    - Un fea ... Murmura Mynocia, le regard fixé sur l'objet comme s'il s'agissait d'une bombe. Je refuse. Je ne peux pas. Il ne faut pas que ...
    - Il doit savoir.
    Le regard de la voyante se posa sur Black, puis revint vers la jeune femme. Elle semblait pétrifiée, et s'était éloignée de la chose, la respiration saccadée. Le jeune homme voulut intervenir, mais la médium avait déjà posé ses doits arachnéens sur la poitrine de l'autre femme.
    - Cela va faire dix ans, et tu as eu un an et demi pour t'y préparer. Et d'après ce que je sens, tu es plus que prête. Tend moi ta main.

    Elle finit par obtempérer et présenta ses doigts sur lesquels Leïnae déposa le fea. Aussitôt, l'objet devint violet, s'illumina d'une lumière si forte que Black dut plisser les yeux, et un cri déchirant retentit dans la pièce. Le jeune homme sentit son cœur s'affoler. C'était la voix de Mynocia qui s'échappait de la chose, qui hurlait à s'en déchirer les poumons.


    Et tout s'arrêta. La guerrière à côté de lui venait de ranger en précipitation le fea dans sa poche.
    - Sortez maintenant. Et n'oubliez pas ma mise en garde.
    Mynocia déguerpit en claquant la porte, et Black suivit, adressant un petit sourire désolé à la millénaire.

    Il la rejoignit à l'extérieur, la trouvant immobile en plein milieu du couloir. Il osa un petit « ça va ? » timide, de peur de faire exploser la machine qu'il sentait à fleur de peau. Il attendit patiemment quelques minutes le temps qu'elle se calme et tenta une nouvelle approche.


    « - Qu'est-ce que cela voulait dire ? Là où les traîtres furent humiliés ... Je ne comprend pas. 
    Mynocia releva la tête, le regard soudain paniqué.
    - Tu te souviens du reste ?
    - Euh ... « Une vie est en train de s'éteindre ... capable d'en saisir l'étincelle. Cette nuit est votre chance de réparer vos mégardes et voir le prix de votre insouciance. Là où les traitres furent humiliés... » Un truc du genre. »


    La jeune femme se mit à marcher devant lui, réfléchissant à voix haute.
    « - Là où les traitres furent humiliés ... C'est notre piste ... Les traitres humiliés ... Bon sang mais qu'est-ce que c'est ... Traitres, traitres ...La Terre ?
    Elle s'arrêta net, fixant Black d'un regard horrifié qu'il ne lui connaissait pas.
    - BORDEL ! »

    Elle attrapa la main de Black à la volée et lui planta les ongles dans la peau, lui arrachant un gémissement plaintif, l'entrainant à toute allure à travers les couloirs.


    Elle priait pour se tromper. Pour que l'intuition qui la taraudait depuis un mois ne se concrétise pas.
    Et pourtant, tout concordait. La vie qui s'échappe, l'étincelle qui brille mais ne rallume pas le brasier ...
    Elle accéléra la cadence, faisant râler Black.


    Non, non, non ...
    Plus elle réfléchissait, plus l'horreur devenait évidence.
    Les regards blessés, fuyants. Pour qu'elle ne comprenne pas.
    Les cernes, les excuses, le sang et les blessures alors qu'il n'y avait pas eu de mission depuis des jours.
    La peur quand il fallait rentrer, seul, le soir.
    « - Putain de merde ... »
    Tom ...

    Si elle comprenait le dernier indice de Leïnae, ils devaient se diriger vers le vieux donjon de l'aile droite du château. Là où, des années auparavant, les élémentaires de Terre avaient été maintenus prisonniers jusqu'à leur mort. A cet endroit même où ils avaient avoué avoir trahi l'Empire Elfe.


    Leurs foulées précipitées s'arrêtèrent quand elle reconnût la porte délabrée.
    Ils couraient beaucoup trop ce soir.
    Black, essoufflé par toutes ces émotions, lui demanda, cette fois-ci clairement inquiet :
    «  Mynocia, qu'est-ce qu'il se passe ? »


    Pour toute réponse la guerrière donna un grand coup de pied dans la porte, les gongs sautèrent dans un crissement affreux, et la planche s'écrasa en claquant à l'intérieur de la pièce.
    Les deux liés s'y ruèrent d'un même mouvement.


    La première chose qui frappa Black avant même qu'il ne détaille la salle fut l'odeur. Un mélange abject de transpiration, de moisissure, de sang, et d'autre chose de chaud, d'âpre, presque amer ...
    Du ... ?


    Ils se pétrifièrent sur place quand ils parcoururent l'endroit du regard, et Mynocia n'eut même pas le réflexe d'éloigner Black ou de lui cacher les yeux.
    Restés dans l'entrebâillement de la porte qui gisait au sol, ils étaient incapables de bouger.
    Violemment confrontés à l'horreur qui s'étalait sous leurs yeux.

    « Nu. »

    Fut le premier mot qui passa par l'esprit de Black. Deux corps résolument nus. Deux hommes. Proches. Très proches. Trop.
    Un gémissement leur parvint et il ferma les yeux, rouge de gêne, en comprenant ce qu'il se passait. Mais l'image s'était imprimée sur sa rétine. Ces deux peaux l'une contre l'autre. Ce vert typique des jeunes elfes. Ce blanc nacré presque transparent.


    Il rouvrit les yeux sous la panique, cherchant à capturer un visage.
    Son cœur se déchira. Ces traits. Ces cheveux d'un noir de jais. Ce corps. Ce visage.
    Bon Dieu quelle horreur. Tom.


     ESPÈCE DE SALOPARD !


    Ce fut au cri de Mynocia.
    A la haine pure dans sa voix.
    A l'immense vague qui projeta Staclawitskih contre un mur...
    Qu'il comprit enfin.
    Ils ne venaient pas de surprendre deux amants dans leurs ébats.
    Mais un viol.

     

    A peine le mot fut-il formulé qu'il sentit une fureur sans nom monter en lui. Sans réfléchir, emporté par sa colère, il se rua sur Stac et lui asséna un coup de pied magistral à l'endroit précis où il savait que l'homme serait plié en deux sous la douleur.  Incapable de se maîtriser, il lui flanqua coups de poing sur coups de pied, cherchant à faire mal, à faire saigner, à blesser.


    Cogner.  Battre. Assommer. Claquer. Vite. Encore. Plus fort. Haine. Rage.
    Il sentit partir de lui une énorme quantité d'énergie qui se matérialisa sous forme de tornade et envoya Stac contre un mur d'où tombèrent quelques briques.


    Mynocia intervint alors qu'il s'apprêtait à relancer son assaut, et sa voix le tira de sa folie.
    "- Black ! Laisse, il a eu son compte ! Viens m'aider !"

    Stac, profitant du fait que Black ait repris ses esprits, se releva en titubant et détala en hurlant :


    «  JE ME VENGERAI, BLACK ANDERSON ! »


    Il disparut dans la nuit et le justicier ne songea même pas à le poursuivre tant ses mots l'avaient prit de court.
    « - BLACKY, MERDE ! Viens ! »
    Il se retourna vers Mynocia qui serrait Tom, toujours complètement nu, contre elle. Il s'approcha et comprit le problème ; le regard vermeil de son ami était comme voilé, et ses pupilles ne suivaient pas le mouvement de la main que l'élémentaire agitait sous ses yeux.
     
    Bon sang ... Tom semblait en train de partir ...

    « - Essaie de lui parler. »


    Mynocia se baissa, à genoux devant le chef de guerre toujours debout, et avec une tendresse et une douceur incroyable, elle passa sa main d'où s'échappait un mince filet d'eau sur l'ensemble du corps de son ami, prenant le temps de caresser la peau pour ne pas le brusquer. Elle savait que l'eau serait fraiche à cause de l'inquiétude, de la peur et de la tristesse qui avait gagné son cœur, et quelque part, elle espérait que cela le sorte de sa litanie. Cet état semi-comateux n'annonçait rien de bon.
    Elle se releva et récupéra son pantalon qui trainait dans un coin du donjon, lui enfilant avec la patience d'une mère pour son fils.

    « - My-Mynocia, il tremble ... »
    La voix de Black se brisa et elle comprit qu'il était au bord des larmes.
    Cela faisait si mal de le voir dans cet état. De sentir ses épaules tressauter sous la prise de ses mains. De froid ? De peur ?
    Son ami ne répondait pas, semblait même ne pas le voir.


    Le justicier retint ses larmes comme il put et enleva son pull, le passant sur le corps de Tom dans un mince espoir de réchauffer sa peau et son cœur.
    Il s'en voulait de ne pas avoir su décerner la détresse de son ami avant qu'ils n'en arrivent à
    cet extrême ... 
    Tom avait toujours été là pour lui, il était resté à ses côtés quand rien n'allait plus, qu'importe ce qu'il avait pu dire ou faire ... Et lui ... Lui l'avait laissé souffrir.

    Ch17

    AMBIANCE

    Ch17


    "- Black. Eh. Blacky !"
    Il se tourna vers l'élémentaire, refusant de lâcher l'épaule de son ami.
    - Prend sa main droite.
    Elle lui montra ses propres doigts enlacés à ceux de Tom. Il reconnut la position singulière de la fusion d'âme et obtempéra.
    Sa paume était gelée, et au moment où il finalisa la fusion, une vague d'émotions le traversa.  Il reconnaissait, au loin, la sensation de la présence de Mynocia, mais il lui semblait aussi ressentir quelque chose de plus rêche, de plus fort ... Quelque chose de brisé. Tom.


    Une triple fusion d'âme.
    Mynocia tira les deux garçons jusque dans leurs appartements, marchant en silence dans le froid d'une nuit qui ne lui avait jamais parue aussi sombre.

    Mynocia guidait la marche, tirant Tom qui avançait machinalement, tête baissée, sous le regard de Black en fin d'escorte. Le justicier craignait que son ami ne fut en train d'abandonner la vie et de se laisser mourir à petit feu. La vision du chef de guerre nu et complètement soumis à cette enflure de Stac s'était imprimée de manière malsaine dans son esprit. Jamais. Jamais il n'aurait imaginé une atrocité pareille. Car il savait, à présent, ce qu'il s'était passé ce soir d'hiver où Tom était revenu dans un piteux état. La bile lui monta à la gorge. Qui savait quel genre d'horreur avait eu lieu dans ce donjon avant que Leïnae ne les prévienne...
    La souffrance de son ami était plus qu'évidente à présent.


    Il resserra sa prise sur la main de Tom. Il avait apprit l'an passé qu'il existait trois formes de violences. Physique, morale et psychique.
    Le viol était le seul acte à sa connaissance à combiner les trois.

    Une fois rentrés à leurs quartiers, ils s'occupèrent de Tom avec autant de douceur, de patience et de délicatesse que deux parents soignant leur enfant malade. Et le jeune homme se laissa faire, dénué de toute volonté propre, semblable à une poupée de chiffon entre les mains de ses deux plus chers amis.
    Il se laissa même déshabiller, se fichant d'apparaître de nouveau dans le plus simple appareil sous leurs regards.


    Les liés le lavèrent, le rincèrent et le séchèrent dans le plus grand silence. Seul résonnait dans la salle de bain le clapotis de l'eau et le bruit du placard qu'ouvrit Black pour dénicher une serviette.
    Ce fut Mynocia qui brisa le silence la première.
    « - Va lui trouver un pyjama, Blacky-bear. »
    Il acquiesça, l'air grave, et partit dans la chambre.


    La jeune femme soupira, les mains toujours dans les cheveux de Tom qu'elle ébouriffait énergiquement pour les sécher. Son regard se posa sur des cicatrices au niveau de sa clavicule.
    « - Des pointes de flèches ... Toutes ces blessures ... Et il te battait, en plus ... »

    « - Bon sang Tom, pourquoi avoir voulu me le cacher ? A Black je peux comprendre, mais à moi ? »
    Elle caressa sa joue du bout des doigts et le jeune homme frissonna. Retirant sa main, elle lui envoya un petit sourire désolé et le tira hors de la pièce, rejoignant le justicier qui lui avait déniché un boxer et un t-shirt à lui prêter.


    Les liés tentèrent de lui faire avaler quelque chose mais tout ce qu'ils parvinrent à lui faire ingérer fut une maigre tranche de pain et une tasse de thé.
    Ils décidèrent d'un commun accord de ne pas insister plus et partirent se coucher, callant Tom entre eux deux dans le grand lit.

     

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    C'était une blague, n'est-ce pas ? Un rêve.
    Cela ne pouvait en être autrement. Il refusait d'y croire.
    Il allait se réveiller sur le sol gelé du donjon, encore. Réaliser qu'il était encore une fois tombé inconscient la veille et que Stac l'avait laissé là, nu et frigorifié, sur les dalles.


    Il délirait. Il ne voyait pas d'autre solution. Et il avait rêvé. Crut voir Black et Mynocia débarouler dans le donjon, Black ruer Stac de coups et Mynocia le rhabiller sans prendre pitié de lui.
    Il rouvrit les yeux. 

    Il était dans un lit. Un grand lit, chaud et confortable ... Mais qui n'était pas le sien. En face de lui se trouvait le visage paisiblement endormi de Black et il entendait le souffle régulier de Mynocia dans son dos.
    Il se sentit paniquer.
    Non, non, non ...
    Pitié que cela soit un cauchemar. Ils ne pouvaient pas avoir vu ça.
    Pas maintenant ... Non ...
    Et pourtant ...

     

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    Black se tourna dans son somme et, n'ayant pas conscience d'être si près du bord, se cogna le coude contre le rebord. Il grommela, ouvrit un œil plein de sommeil et détailla la pièce des yeux : calme, sombre, bleue. Son cerveau à moitié réveillé interpréta ces informations comme « tout est normal » et il se renfonça dans son oreiller, comptant retourner dans les bras de Morphée quand un petit couinement perça le silence.
    Il rouvrit les yeux, cherchant du regard ce qui avait bien pu produire ce son. Il savait que Mynocia parlait de temps à autre,  marmonnait souvent, mais ne couinait pas.


    Il se tourna dans l'autre sens au moment même où un léger « plic » sonnait dans la chambre.
    Il se figea net, cette fois-ci complètement réveillé.


    Son regard venait de heurter deux pupilles rouges emplies d'un désespoir immense. Black se redressa vivement, tirant à Tom un autre couinement. Un second « plic » tomba et le justicier remarqua la petite tache rouge sur les draps à la hauteur du cou de son ami. Un mince filet de sang s'écoulait de son bras.
    Bon sang.


    Il se mordait le poignet pour s'empêcher de hoqueter.
    Ses yeux brillaient bien trop sous la lumière de la lune, et en croisant le regard de Black, il raffermit sa prise. Son sang dégoulina à nouveau sur le matelas. Encore un coup de dent et il risquait de toucher une veine.


    " - MAIS T'ES COMPLETEMENT MALADE ! "
     
    C'en fut trop pour Tom.
    Le cri de Black qui avait fait sursauter Mynocia. Le regard bleu dans le sien, flou et trempé. Le ton déchiré, l'insulte, le visage paniqué, les traits plissés.
    Black l'avait vu. Black lui en voulait ... Il avait vu.
    Humiliation.
    Quand Mynocia se redressa à son tour, analysant la situation, ce fut la goûte de trop, et il craqua.

    Il sentit un profond sanglot lui remonter la gorge et n'eut pas le temps ni la force de le contenir.  Les larmes débordèrent de ses yeux et il tenta de reprendre son poignet que Black avait saisi pour l'empêcher de se mordre davantage. La prise du justicier était trop forte, et sa peau le brûlait.


    Il se détestait. Il ne devait pas pleurer. Ne pas être aussi pathétique et ridicule. Pas devant Black. Pas alors qu'il avait tenu tout ce temps.
    Il tenta de se contrôler, se débattit dans tous les sens sur le matelas, mais ne parvint pas à se calmer. Il avait lâché prise sur quelque chose qu'il contenait depuis trop longtemps.


    Il s'entendit gémir et voulut agripper son second bras avec ses dents, mais la poigne ferme le retint de nouveau. Il se contorsionna dans tous les sens, pleurant à s'en tuer les yeux, les sanglots convulsant son corps contre le lit.
    Pathétique. Pathétique.
    " Que ça s'arrête."
    Son cœur.
    Qu'on lui arrache son cœur.
    Par pitié.

     

    Ch17


                Black était complètement désarmé. Tom, d'habitude si fort, si calme et si posé était comme en  crise sous ses yeux. Coincé face à lui, son poignet toujours emprisonné dans sa main, il semblait se battre avec sa conscience. Mais c'était trop tard, les sanglots avaient épris son corps tout entier, les larmes jaillissaient de ses yeux bien plus vite qu'il ne les effaçait et de violents spasmes le faisaient se tortiller dans sa prise.
    Il ne l'avait jamais vu dans un tel état.

    Mynocia, partie chercher en urgence du désinfectant et une bande, revint à leurs côtés et soigna rapidement son ami dont les pleurs ne s'arrêtaient plus. Elle le força à boire un verre d'eau et à se recoucher. Il se rapprocha de Black qui ne réfléchit pas deux fois et l'attira contre lui, se fichant d'emmêler leurs jambes et de précipiter sa tête dans son cou.
    Cela faisait si mal de le voir comme ça.


    Il sentit des goutes bouillantes tomber dans sa nuque et resserra son étreinte. Ses cheveux lui chatouillaient le cou et il les repoussa derrière son oreille. Il écarquilla les yeux. Une boucle vermeille brillait à son lobe. La même que la sienne.
    Il captura au passage le regard turquoise de Mynocia, et lui tendit la main.
    Tom avait autant besoin d'elle que de lui.

    Elle lui renvoya un petit sourire triste et saisit ses doigts entre les siens. Elle se glissa vers eux et se joignit à l'étreinte, laissa ses doigts voyager dans les mèches sombres. La voix de Black s'éleva.


    « - On ne le laissera plus t'approcher, je te le promets.
    Un petit hoquet lui répondit et Mynocia ajouta :
    - C'est fini maintenant, tu es avec nous, en sécurité. »
    Reniflement. Rire doux de Mynocia. Marmonnement incompréhensible contre la jugulaire de Black. Sourire de celui-ci.


    Le bredouillement s'éleva de nouveau, entre deux hoquets, pour former d'une petite voix faible et brisée, le plus profond et le plus sincère ...
    « Merci. »

    Les minutes défilèrent et doucement, les sanglots se tarirent et le souffle au creux de son cou se fit plus lent, plus régulier, plus chaud. Black, les yeux rivés dans ceux de Mynocia en face de lui, jura l'avoir entendue dire, avant de sombrer dans le sommeil :
    « -Il s'est endormi, repose-toi à présent Blacky-bear. »


    L'élémentaire sourit en observant les deux garçons enlacés. S'ils pouvaient toujours être aussi calmes...
    Elle glissa son bras contre Tom, saisissant la main de Black, et rejoignit les deux élémentaires dans un sommeil sans rêves.

     

    Lorsque le jeune homme ouvrit les yeux le lendemain matin, Tom s'était extirpé de ses bras et il était étendu, seul, en étoile sur le grand lit bleu. Baillant aux corneilles, il se releva et identifia la présence de Mynocia dans la salle de bain au bruit de l'eau qui en provenait.
    Mais où Tom était-il passé ?


    Il s'approcha de la fenêtre et son regard se perdit dans la beauté des montages face à lui. Il avait du mal à croire, devant un tel paysage, qu'une guerre mettait en péril les trois peuples de cette superbe planète ...
    Il voulait survivre, à présent. Surmonter les combats et gagner la paix dans un monde qui redeviendrait calme. Il y bâtirait sa petite maison, y vivrait avec Mynocia, et peut être avec le temps, aux côtés de leurs enfants... 

    Il soupira, un sourire rêveur accroché aux lèvres. C'était bien joli de rêvasser mais en attendant, il ne savait toujours pas où était Tom !
    Il s'approcha de la salle de bain et toqua au mur à côté du rideau.


    « - Myn' ? Je peux entrer ?
    - Tu ne crains pas pour ta virginité oculaire ?
    Il leva les sourcils. C'était trop compliqué à décrypter à une heure pareille ...
    - Traduction ?
    - Je suis sous la douche, idiot. »


    Ah, d'accord, elle se fichait de lui. Rien d'étonnant.
    Il poussa la draperie et fut tout de même rassuré de voir qu'elle avait tiré le rideau de douche. Il n'avait vraiment pas envie d'entendre ses moqueries s'il la surprenait nue ...

    « - T'aurais pas vu Tom ? »
    Le bruit de l'eau qui claquait contre le fond de la baignoire lui répondit, et il en profita pour lui piquer discrètement du parfum, curieux. Il renifla son poignet où il avait vaporisé le produit, et fut étonné de constater que ce n'était pas son odeur. A qui était ce parfum alors ?


    S'approchant du miroir, il passa sa main dans ses cheveux, tentant de leur redonner un minimum de forme, examinant au passage le signe sur son front. Deux ailes qui battaient. C'était évident ...
    Se détournant de la glace, son regard tomba sur la tasse de thé qui trainait près du lavabo en marbre, et en but deux gorgées. Mouais. Bon, mais moins que celui de Tom.


    Il reposa la question à la guerrière mais resta sans réponse.
    Elle ne l'entendait pas où elle le laissait parler dans le vide ?
    « -Mynocia ... Mynociaaaaaaaaaaaa ? Mynociaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! »
    Une tête sortit du rideau de douche.


    « - Mais pète un coup Blacky, ça ira mieux ! »
    Il se frappa le crâne contre un placard. Elle ne s'arrêtait donc jamais ?
    « - C'est pas avec la tête qu'on pète, tu sais. »
    Il lui jeta un regard désespéré.

    « - Pendant que t'es dans ce placard, file-moi les deux serviettes là. »
    Il obtempéra, peu décidé à récolter de nouvelles piques, et lui tendit les deux bouts de tissus.
    Elle saisit sa main et tira brusquement dessus, le faisant déraper sur le carrelage humide et perdre l'équilibre. Il se retrouva soudainement les fesses par terre, face à une Mynocia hilare.


    "Et ça prétend avoir vingt-six ans ?"
    Elle sortit de la baignoire quelques instants plus tard, embobinée dans les serviettes comme une momie dans ses bandelettes.
    Le voyant toujours à terre, elle s'accroupit à ses côtés et lui demanda, l'air incroyablement peiné :


    « - Tu veux de l'argent ?
    - Ca fait mal, le carrelage.
    - Pauvre roudoudou, t'as mal au cul. »
    Elle se releva et lui tendit la main, s'attirant le regard suspicieux du roudoudou en question.
    Il attrapa finalement sa main et la laissa le remettre sur ses pieds.

    « - Tu ne saurais pas où est Tom ? »
    Elle sortit de la salle de bain, partant trifouiller dans la penderie en quête d'habits. 
    « - Il est sortit il y a environ une heure, il disait avoir besoin de prendre l'air, dit-elle en se tournant vers lui, jetant son choix sur la banquette. »
    Black laissa un petit « oh » lui échapper. Il lui avait fait si mal au cœur la nuit dernière ...
    Mais bon sang, ce Stac ...
    « Quel enculé. »


    Mynocia, qui avait comprit qu'il visait le général, se retint de justesse au risque de le choquer, de lui spécifier que c'était le contraire et que ce n'était pas une insulte puisque c'était vrai. Le Blacky en avait vu de toutes les couleurs la veille, elle ne tenait pas à le scandaliser davantage.


    Le silence s'installa entre eux et Black détourna le regard quand la jeune femme enfila ses vêtements.
    « - Va le rejoindre. »
                Le justicier, à priori perdu dans ses pensées, se redressa du lit sur lequel il s'était affalé, et lui demanda gentiment de répéter, pensant avoir mal comprit.


    « - Il doit être dans les grands jardins, rejoins-le.
    - Bah je t'attends et on y va en ...
    - Non, coupa-t-elle, c'est de toi qu'il a besoin. »
    Black pencha la tête sur le côté, la faisant penser à un chat, ne comprenant visiblement pas pourquoi c'était lui et personne d'autre  qui devait descendre. Mynocia soupira intérieurement. Il était aveugle à ce point ?
    « - Bouge.
    - Hein ?
    - Vas-y !
    - Mais Mynommmmphr ... »

    Il écarquilla les yeux en sentant ses lèvres sur les siennes. Cette sensation.
    Il était si bien, contre elle, avec elle ... Pour elle.
    Alors, pour la première fois, il osa passer ses mains dans son dos et lui rendre son baiser. Il ne voulait plus que recevoir. Il voulait donner, lui faire partager toute la force de l'amour qui ébranlait son cœur.
    Il frissonna en sentant sa langue effleurer ses lèvres.


    Rouvrant les yeux sous la surprise, il croisa une lueur de défi dans l'océan face à lui.
    « Tu vas te dégonfler, la pucelle ? »
    La voix résonna dans sa tête et il planta son regard résigné dans le sien. Hors de question de se ridiculiser encore face à elle !


    Les mains tremblantes, il la serra plus fort contre lui, entrouvrant les lèvres, l'autorisant à approfondir l'échange. Oh, bien sûr, il n'était pas totalement idiot et connaissait le principe, pour avoir supporté la présence de Sean qui bécotait des filles pendant des heures. Il avait toujours jugé ce genre de baisers complètement répugnants. Chacun sa langue, chacun sa salive, inutile d'aller explorer les amygdales de l'autre ...


    Mais là ... C'était doux. C'était chaud. Ca avait le goût du thé et des flots.
    Il ne parvenait plus à aligner deux idées cohérentes. Une seule phrase tournait dans sa tête, encore, encore et encore, comme le flux et le reflux de la mer.


    « Je l'aime. »


    Si on lui avait demandé comment il se serait imaginé les baisers de Mynocia, il aurait répondu qu'il les pensait à la hauteur de sa personnalité : houleux, violents, glacés.
    Et, démontant une à une toutes ses théories comme elle savait si bien le faire, elle était en train de lui offrir un premier baiser empli de volupté et de délicatesse.
    Un vrai paradoxe vivant, cette femme.

    Il fut le premier à briser l'étreinte.
    « - Allez, dégage maintenant. »
    Les mots furent soufflés contre ses lèvres et Tom lui revint immédiatement en mémoire. Son ami avait besoin de lui.
    Il adressa un sourire à Mynocia et sortit de leurs appartements, ne pouvant empêcher ses doigts de dériver sur ses lèvres qui brûlaient encore ...


    Traversant les petits jardins, il chercha le Chef de Guerre  du regard et continua sa marche.
    Mais où était-il parti ?


    Il contourna un petit lac qui serpentait joyeusement à travers les arbres et les bosquets, passa devant de grands hêtres d'où il entendait gazouiller toute une famille de rossignols et déboula dans une allée. Ce qui semblait être des bouleaux longeaient sur une centaine de mètres un petit sentier fait de terre et de gravats. Au milieu de l'avenue de verdure, assis par terre, en pyjama et pieds nus, se tenait Tom, dernier élément de terre, chef de la puissante Armée de Cristal.

    L'homme avait plongé la tête dans ses bras et semblait étranger au monde extérieur.
    Black prit soin d'être aussi silencieux qu'une brise jusqu'à arriver à sa hauteur.


    « -Tu pleures ? »


    Il sursauta et se releva précipitamment, manquant de se prendre les pieds dans le bosquet derrière lui. Il se détendit à la vue de Black et son regard fuit vers les arbres. Mais ses yeux étaient résolument secs. 
    « - Ca va ? »
    C'était complètement stupide, comme question, et il en était conscient. Mais il avait voulu dire quelque chose, briser le silence, détendre l'atmosphère ...
    Tom tenta de lui sourire pour le rassurer, mais ses lèvres se tordirent en une grimace. Il ne pouvait plus faire semblant. Plus avec Black. Pas maintenant qu'il savait tout.


    « Je suis désolé pour hier soir. »

    Black tenta de capturer son regard, mais l'homme fixait obstinément droit devant lui.
    De la gêne ?


    « - Pourquoi ? C'est moi qui m'excuse, Tom, d'avoir été trop con pour comprendre ... Tu avais besoin de nous, et nous n'étions pas là ! Je suis désolé, si tu savais, tellement désolé ... »
    Toujours sans le regarder, il répondit : 


     - Tu te trompes. C'est moi qui vous mens depuis le début, parce qu'il est tellement plus facile de taire les choses dont on a honte. Moi et moi seul qui vous ai caché mon sang d'élémentaire. Ecoute Black, Stac m'aime et c'est entièrement ma faute s'il a pu ... Enfin s'il a pu remettre son geste. Je me suis laissé faire.
    Alors je veux que tu me pardonnes pour cette nuit, d'avoir profité de tes bras et chialé comme une gonzesse ... 
    - Tu regrettes ? »
    Regard interrogateur. Le carmin rencontre l'azur. Enfin.

    « - Est-ce que tu regrettes que l'on t'ai ... Que l'on soit intervenus hier ? » 


    Black eut du mal à terminer sa phrase. Il y avait tant de douleur dans ces yeux, tant de détresse ...
    « - Je ne pourrais pas. Vous m'avez libéré d'un cauchemar que je pensais sans fin ... Mais, sa voix devint murmure, j'ose à peine imaginer combien vous devez me considérer comme un faible ou un pleurnichard... »
    Le justicier prit le temps d'essayer de trouver une réponse adaptée, de réfléchir à comment lui expliquer que pleurer n'était pas être faible ... Mais en vain.


    Il ne comprenait plus la façon de voir les choses de Tom.
    « - Ecoute ... Je ne sais pas ce que tu appelles un faible ... Mais pour moi, t'es l'un des mecs les plus forts que je connaisse. Et pas que physiquement ... »


    Son ami détourna son regard, se sentant craquer de nouveau. Il ne devait pas pleurer !

    Tentant de chasser les larmes de ses yeux, il s'éloigna de Black qui le rattrapa aussitôt en deux enjambées. Avisant les traces sur le visage de son ami, il ajouta d'une manière très mynocienne qui le surprit lui-même :
    « - Celui qui t'a dit que « pleurer c'est pour les faibles » est un idiot. 
    - Black ...


    - '' Il est parfois de ces souffrances qui, lorsqu'on ne peut plus les voir, décident de couler sur vos joues autant qu'elles ruissèlent dans votre cœur'', cita-t-il, fier d'avoir retenu la formulation.
    - On dirait Myn', commenta Tom.
    - Eh ! Protesta Black en lui filant un coup de coude, mes sources !. »
    La citation était effectivement de Mynocia, et à ses côtés, le chef de guerre sourit.

    Ils continuèrent leur marche d'un ton plus léger à travers les jardins, et Black remarqua que Tom s'était arrêté devant le lac, fixant les ondulations de l'eau à la surface.


    Il fit marche arrière, et demanda gentiment :
    « - Y'a un problème ? »
    Pas de réponse. Toujours ce regard perdu dans l'eau.
    « - Ca va ? »
    Un regard triste. Résigné.
    « - Tom ?
    - Je t'aime. »

    Black fut sûr d'avoir mal comprit. Mal entendu. Mal lu sur ses lèvres peut être.
    « - Q-quoi ? bredouilla-t-il, passant nerveusement sa main dans ses cheveux. »
    La nouvelle lui avait fait l'effet d'une bombe. Avait arrêté son cœur une fraction de seconde et avait explosé sa conscience.


    Tom se tourna vers lui. A nouveau ce sourire résigné. Il n'aimait pas ça.
    « - Je n'attends rien de toi, tu sais. Tout ce qui m'importe, c'est ton bonheur. Je veux t'aider à décoincer Mynocia, à avancer avec elle. Et rester à tes côtés, si tu veux toujours bien de moi ... »
    Un immense silence suivit. Lourd et incroyablement pesant. Tom perdit pied.
    "- Dis quelque chose, Black ..."

    Toujours pas de réponse. Le jeune homme fixait ses pieds comme la plus extraordinaire découverte du monde.


    « - Ah, tu me détestes maintenant ?
    La voix était bien trop neutre.
    - C-c-comment pourrais-je te détester après ça ? J-je ne p-peux pas Tom, j'sais pas quoi faire, j'suis paumé ... Je suis amoureux de Mynocia, tu le sais aussi bien que moi ... Et ... Et toi tu ... Mais je t'adore, merde ... Si j'en venais à te briser le cœur, j'me le pardonnerais p-pas...
    - Ne dis pas ça ... Fit Tom en essayant de paraître sûr de lui, et de ne pas faire trembler sa voix. Il ne manquerait plus que cette histoire finisse en pleurnicherie générale ... Il fallait qu'ils se ressaisissent, et vite !
    - Ecoute-moi bien, dit-il en saisissant Black par les épaules, encrant son regard dans le sien une nouvelle fois, moi tout ce qui m'importe, c'est ton bonheur à toi. Mynocia est une femme extraordinaire, et jamais je ne pourrais la jalouser, tu comprends ? Soit heureux Black, soit-le pour moi."

    A bout de forces et de mots, le jeune homme laissa tomber sa tête sur l'épaule de son ami. Il n'avait plus envie de réfléchir. L'effet cataclysmique qu'avait provoqué l'aveu de Tom allait passer, il le savait, mais en attendant, tout en lui était chamboulé. 
    La seule chose qu'il fut capable de baragouiner furent deux petites phrases qui restèrent à jamais gravées en Tom.
    « - Même si je ne peux pas te donner ce que tu veux ... Je serai là. »
    Une goûte bouillante tomba dans son cou et un petit « merci » lui chatouilla l'oreille.
     
    Aucun des deux n'en eut conscience, mais ce jour-là, ils scellaient entre eux une promesse invisible, Les prémices de quelque chose d'immensément plus fort.
    D'indestructible.

     

     

    Ch17

    Deux jours plus tard.
     

     
    « - C'est hors de question.
    - Je ne te demande pas ton avis.
    - Dans ce cas je refuse.
    - Rien à foutre. »


    Deux jours s'étaient écoulés depuis que les liés avaient libéré Tom de l'emprise de Stac. La nuit allait bientôt tomber et Black assistait, impuissant, à un désaccord plus qu'apparent entre Mynocia et Tom.
    En effet, la jeune femme venait de décréter qu'il fallait dénoncer les actes du général à la Reine. Idée à laquelle Tom refusait catégoriquement d'agréer.


    « Mais c'est ta mère !
    - Justement ! »


    Le justicier se redressa, interrompant momentanément leur dispute. Pause. Qui était la mère de qui ?
    « - Clia est ma mère adoptive, éluda Tom, elle m'a recueilli et élevé aux côtés de sa nièce. »
    Black se rassit en lâchant un petit « oooh » compréhensif, redevenant spectateur du théâtre des deux élémentaires.

    « - Bon, dans ce cas, j'y vais seule, trancha Mynocia en faisant mine d'attraper une veste et de sortir. Evidemment, Tom intervint.
    - Non ! Et qui te dit qu'elle te croira en plus ?
    Haussement de sourcil équivoque de la guerrière.
    - Tu veux parier ? J'ai mes méthodes. Je suis sûre qu'elle ne serait pas contre une petite soirée de hmpfffr ... »


    Elle dévisagea le chef de guerre d'un air joueur, avisant sa main qu'il avait plaqué sur sa bouche.
    Gagné.
    -« - Quoi, ça te gêne que je couche avec elle ?
    - Mynocia ! »
    Trop tard, la réplique avait fait tiquer Black, qui décida de prendre la situation en main avant que cette histoire ne finisse par une Mynocia seule avec la Reine un soir de froid.
    « - Vous parlez de quoi ?
    - De partouze. » 

    - Parce qu'en plus tu comptais m'inclure dans tes cochonneries ? »
    Tom laissa Mynocia dans le fou-rire qui l'avait épris et résuma la situation à Black. Elle le menaçait de coucher avec Clia s'il n'allait pas dénoncer son général.
    C'était fourbe. Elle savait qu'il n'avait d'autre choix que d'obéir, car remettre à jour le pacte avec la souveraine revenait à détruire le justicier, et ça il était hors de question ...


    « - Bon, vous savez quoi, vous allez y aller tous les deux, et moi je vais pêcher le cornichon. Blacky, c'est ta mission ; surveille qu'il dise bien tout. Même pour les blessures. »
    Et elle disparut dans le couloir, à la recherche de Stac, plantant les deux hommes sur le palier.

    Les deux amis fixèrent un instant l'endroit où elle se tenait encore quelques secondes auparavant, puis se tournèrent l'un vers l'autre d'un même mouvement.


    « - Allez, go ! »
    Black sortit à son tour, fermant la porte derrière Tom qui semblait s'être finalement résigné.
    Ils marchèrent tous les deux dans la nuit quelques minutes, jusqu'à ce que les pas derrière lui ne s'arrêtent.
    Il se retourna et rejoignit Tom, saisissant immédiatement la cause de son mal-être.


    « - On y va, Tom.
    - Je ne pourrais jamais confesser une chose pareille. Je ne peux pas Black. Faisons demi-tour, s'il te plaît. »

    Il sentit la peur de l'autre à travers ses mots. Mais ils devaient y aller. Pour que Stac soit enfin puni.
    « - Ensemble. »
    Il lui saisit la main et le tira dans les couloirs. Plus la distance les séparant de la Reine diminuait, plus l'état d'anxiété de Tom devenait palpable. Sa main était moite, bouillante, tremblante par instants, et il le serrait si fort que ses jointures avaient blanchies.


    Enfin, ils arrivèrent devant les quartiers de la souveraine.
    Black s'adressa aux gardes qui protégeaient l'entrée, leur expliquant que c'était une urgence.
    Il fut autorisé à frapper.
    Une voix grave qu'il reconnut comme celle de Clia retentit derrière la porte.

     
     
    « -Entrez. »
     

     

     

    Ch17

    Fin du chapitre 17

     

     


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