• Chapitre 25

     

    Chapitre 25

    Chapitre 25
    Le pouvoir du Roi

     

    Chapitre 25



    Résumé du chapitre précédent : Sous les directives des étranges " Reflets de Lune", le trio part en mission et découvre le corps inconscient de Sean, un ancien ami et camarade de Black. Celui-ci est admit d'urgence à l'hôpital du château de Jhi-laim et reprend connaissance rapidement. Le jeune homme se découvre être un Reflet de Lune, portant le Sens de l'Odorat ... Pourtant, son séjour en captivité chez les élémentaires aura été son dernier : un homme mystérieux lui a fait ingérer un poison mortel. Résigné, il se confie à Black, lui livre un dernier indice ... Et s'éteint. A son chevet, tremblant, le justicier rouge lui en fait le serment : il le vengera.
     
     

    Chapitre 25

                                                                                       AMBIANCE

    Chapitre 25

     
     
     
    Il avait fallu qu'il fasse beau. Que le soleil rayonne sans s'arrêter, que sa chaleur vienne lui brûler le visage, éblouir ses yeux endoloris par les larmes qu'il contenait.
    Oui, à cet instant, Black haïssait le soleil. De toutes ses forces, comme si l'astre aurait pu être coupable de l'assassinat de son ami. Ce ciel d'un bleu pur lui broyait le cœur. Il voulait de la pluie, du froid, du tonnerre et des éclairs. Que le temps fasse écho à son cœur, déchiré, qui hurlait en silence. La nature semblait le narguer, se moquer de sa douleur.

    « Ils sont entrés »

    La voix de Mynocia à ses côtés le ramena brutalement à la réalité. Son regard effleura le sien, le caressa un instant, et elle lui indiqua d'un mouvement de tête les portes désormais closes de la petite église du village.
    Son village. C'était lui-même qui avait tenu à ce que la dépouille de son ami soit rendue à sa famille, et qu'il soit enterré parmi les siens, dans son village natal. Il voulait lui rendre le meilleur hommage. Mais comme c'était trop, il s'était contenté de laisser les Reflets de Lune prendre la chose en main. Son corps avait été transporté, Ellyre, sa prétendue petite amie, avait présenté sa mort comme une overdose. Sa famille, déchirée, avait recueilli la jeune femme, effondrée, le temps d'organiser les funérailles.

    Black avait regardé les choses s'organiser, prendre forme, l'horrible vérité devenant évidence, sans dire un mot. Sa seule véritable parole en quelques jours fut sa requête envers la Reine. Il voulait partir pour assister aux funérailles. Droit que Clia lui avait évidemment accordé. Il s'était alors plongé dans un mutisme effrayant, attendant, silencieux, les yeux secs et le regard tourné dans le vide, que les jours passent et que vienne enfin le moment voulu.

    Sans mot dire, Mynocia l'avait suivi, guidant sa route lorsqu'il se perdait, lançant quelques piques de temps à autre, laissant leurs mains se frôler en vol bien plus que nécessaire.
    Au fond de lui, Black était rassuré de la savoir à ses côtés. Sa présence l'obligeait à rester fort, fier et digne, l'empêchant de se morfondre trop longtemps. Sans elle, sa chaleur, son odeur et son regard turquoise, il n'aurait jamais été capable de revenir.

    Fouler à nouveau du pied le sol de cette ville qui l'avait acclamé comme le héros qu'il n'était pas. Sans Mynocia, il n'aurait pas été capable de revenir à visage découvert, bien que caché, ni d'oser regarder les portes de bois verni de la petite église.

    Peut-être, se dit-il, n'avait-elle même pas conscience de tout ce qu'elle lui offrait. De la force que sa présence lui conférait, de l'espoir que son parfum frais auprès de lui dégageait.
    « Nous n'avons plus qu'à attendre à présent, déclara-t-elle, toujours aussi sérieuse, s'adossant contre le pan de mur derrière elle.

    Tous deux perchés sur le toit d'un immeuble face à l'église, ils devaient à présent attendre que le rite religieux se termine. Seuls, dans le silence et le soleil.

    À sa droite, elle avait enlevé le châle qui lui couvrait le visage et regardait, pensive, le bleu limpide du ciel qui se reflétait dans ses yeux. Il la rejoignit dans sa contemplation, se laissant distraire par un petit moineau curieux venu fouiller son sac de voyage en quête de nourriture. Il s'efforçait de ne pas penser, de tenir à l'écart tous ses songes. Il ne tenait pas à appuyer volontairement sur les plaies béantes de son cœur.
    Les minutes passèrent. Observant toujours le moineau qui avait réussi à tirer quelques miettes des restes d'un sandwich, Black soupira, faisant s'envoler l'oiseau. Lassé d'attendre.

    « Black ? »

    L'absence de surnom moqueur, le regard toujours perdu dans le ciel et le ton sérieux ne pouvaient présager qu'une chose. Encore de la douleur. D'un réflexe qu'il jugea idiot, il ferma les yeux, comme si se rendre aveugle pouvait le protéger de ce mal qui allait sortir des lèvres de Mynocia d'un instant à l'autre.

    « Le chiffre huit était un décompte. »
    Son estomac se tordit. Les doutes de Tom l'avaient mis sur la piste et il en était lui aussi venu à cette conclusion.
    « Je sais ... Le poison. »

    Chaque mot, chaque son qui brûlait sa gorge lui lacérait les entrailles.
    « Le même que celui qui bouillait dans la marmite, dans cette pièce étrange. Liam et Jhi-laim en analysent un échantillon. »

    Black ne comprenait toujours pas. Pourquoi Sean, pourquoi lui, pourquoi maintenant, et pourquoi ce décompte ? Pourquoi avoir lancé le jeune homme comme une bombe ? Ils avaient à peine eu le temps de se retrouver que déjà il était reparti ...
    « Est-ce que tu sais qui est derrière tout cela ? Murmura-t-il, toujours sans la regarder, fouillant dans sa mémoire tout ce qu'il connaissait des poisons. Jamais il n'avait entendu parler d'une toxine qui s'infiltrait si doucement dans le corps ...

    - Non, avoua la jeune femme à demi-mot, mais je suis certaine à présent que ces foutus élémentaires ont parmi eux un mage puissant, dangereux ... Et fou. Seule la démence permet de mettre au point un poison comme celui-là et de s'en servir sur un humain. »

    Black garda le silence. À côté de son cœur, se trouvait à présent une place béante, vide, qui semblait vouloir aspirer ses organes. Une douleur affreuse de manque, de perte, de culpabilité, de regret et de chagrin mêlés.
    Dire qu'il se souvenait encore de l'éclat émeraude des yeux de Sean quand ils s'étaient retrouvés après de longs mois de séparation. Du ton heureux de sa voix, de l'arc-en-ciel qui avait quitté ses yeux.

    Sean était un Reflet de Lune. Possédait le Sens de l'Odorat. Pratiquait à sa manière une sorte de voyance. C'était ce voyant même, cet être incroyable, qui lui avait livré un dernier indice sur son lit de mort.

    « Ennemi.
    - Qu'est-ce donc ? »

    Une fois de plus, il n'avait rien dit, et elle avait entendu. Ce lien, cette connexion mystique avait plus d'inconvénients que d'avantages.
    « C'est un indice. »

    Interceptant le sourcil de la guerrière monter sur son front, il entreprit de lui expliquer ce qu'il savait.
    Il prit le temps de chercher ses mots, de les trouver, de maîtriser sa voix qui voulait trembler. À la fin de son récit, un sourire avait percé la barrière des lèvres violettes.

    « Tu sais ce que ça veut dire ?
    - Il est possible que Sean te sauve la vie, Blacky.
    - Quoi ?
    - Tu sauras en temps voulu. »

    Et sur ce, il n'avait rien pu lui tirer de plus.
     
     
     
    « Je hais la guerre »
    Son aveu brisa le long silence qui s'était installé entre eux, et la jeune femme se releva, lui faisant face.
    « Alors bats-toi. Bats-toi pour mettre fin à ce cauchemar. Sean n'est pas le premier et ne sera pas le dernier à tomber sur le champ de bataille. Cela pourrait être Tom ou moi le prochain à être happé et à ne plus revenir. Et ce n'est pas en demeurant assis là, à pleurer et à se morfondre sur un destin que tu juges injuste, que tu deviendras capable de protéger ceux qui te sont chers. »

    Leurs regards se lièrent. Elle lisait en lui avec une facilité déconcertante.
    « Relève-toi, Black. Et vis pour ceux qui ne le peuvent plus. »
    Elle lui tendit la main, paume ouverte vers les cieux. Le symbole de son geste était si fort qu'il sentit son cœur remuer.

    Ses doigts s'accrochèrent aux siens, et il la laissa le relever une fois de plus.
    Oui, Mynocia possédait sur lui le plus puissant de tous les pouvoirs.

    L'Espoir.
     
    Mains et âmes liées, tournés vers l'horizon qui déclinait doucement, ils avaient attendu, plus unis que jamais, que le soir et la pénombre ne saisissent la ville.
    Enfin, les portes de l'église s'ouvrirent dans un long grincement et le petit cortège entama sa marche funèbre jusqu'au cimetière.

    Ellyre et la famille de Sean marchaient en tête, et Black reconnut la chevelure blonde de sa mère, dirigeant le pas, le visage enfoui dans son mouchoir.
    Du haut du toit, Black et Mynocia suivirent la procession des yeux. Le justicier tira sur leurs doigts joints en fusion d'âme, l'entraînant à sa suite sur un autre toit, pour ne pas perdre le cortège des yeux et rejoindre le cimetière.

    La mise en terre fut beaucoup plus rapide que ce qu'il avait pensé. Quelques mots, quelques chants, des roses et des larmes. Puis la famille partit.Seule resta Ellyre, pareille à une veuve, dont la robe noire et les cheveux bruns flottaient au vent. Liam et Nawi, eux-aussi vêtus en conséquence, la rejoignirent au pied de la tombe quand tous eurent déserté le cimetière. D'une main réconfortante sur son épaule, Nawi tira l'adolescente, l'obligeant à partir, à quitter cet homme qui n'était plus.

    La jeune femme à la peau noire releva les yeux, rencontrant le regard des liés. Elle inclina la tête, les saluant, sortant du cimetière.

    « Pourquoi est-ce dans la mort que l'on gagne des alliés ? Demanda Mynocia à ses côtés. »
    C'était rhétorique, et il le sentait. Oserait-elle enfin accorder une infime partie de confiance aux Reflets de Lune ?
    « Allons-y. »
    Le cimetière était désormais désert et Black suivit Mynocia qui avait amorcé la descente.
    La nuit était sombre, et les ténèbres épaisses. Il ne songea même pas à avoir peur.
     
    La guerrière s'arrêta à quelques mètres, le laissant avancer seul vers son ami. Un deuil ne se faisait pas à deux. Admirant la douce brise fraîche qui vint lui caresser le visage, elle retint sa voix au fond de sa gorge, laissant ses lèvres closes. Il était trop tôt pour ce genre d'adieux.

    Black tomba à genoux dans l'herbe, fixant le marbre, haïssant le reflet que la pierre, bien trop lisse, lui renvoyait. Ses doigts retracèrent le contour des lettres gravées dans le temps, effleurant le nom, le prénom, la date.
    Ci-gît Sean Bowen.
     

    Chapitre 25


    Ce nom si familier, entendu tant de fois, n'était à présent qu'un simple souvenir.
    Une petite goutte tomba contre le marbre. Il se redressa, faisant demi-tour, passant devant Mynocia.
    « Rentrons, il pleut. »
    Le ciel n'avait jamais été aussi clair. Mynocia saisit sa main. La pluie ne tombait que sur ses joues.
     
    Le voyage du retour avait été d'un silence funèbre. Ils s'étaient contentés de traverser, unis, discrets, tout le chemin qui les séparait du QG. Pour la première-fois depuis longtemps, Black eut la sensation de rentrer. Chez lui.

    Quand ils posèrent enfin pied à terre, il s'attendait à ce que Tom soit là, inquiet pour eux, prêt à leur poser une multitude de questions. Au lieu de quoi, ce furent les Reflets de Lune et le Prince Jhi-laim qui se chargèrent de les accueillir. La silhouette svelte de Tom brillait par son absence.

    Pourtant, avant qu'il n'ait pu demander à son frère adoptif où se trouvait le chef de guerre, Ellyre se jeta dans ses bras. Incrédule, surpris, il la réceptionna comme il put, ne sachant comment réagir lorsque l'adolescente se mit à sangloter contre lui. Mal à l'aise, il lui rendit son étreinte de manière un peu tremblante. Les larmes de la jeune femme l'écrasaient, rappelaient à lui cette affreuse vérité, posant un poids encore plus lourd sur ses épaules. Étouffant, à bout de souffle, il se dégagea de ses bras et fuit dans la forêt.

    Il avait, et plus que jamais, besoin d'être seul, hors de cette pitié écrasante.
    Il courut à travers les arbres, slalomant entre les sapins, le souffle court, se fichant de ses poumons qui protestaient. Il voulait oublier. Courir, courir et courir encore, jusqu'à perdre haleine.
    Il finit par s'arrêter, tombant dans une petite clairière, laissant son cœur se faire bercer par le gazouillement des oiseaux, les bruits de la forêt.

    Allongé de tout son long dans l'herbe, les bras en croix, il ferma les yeux, inspirant profondément l'odeur de la vie qui déchirait ses veines.

    « Pourquoi tu es triste ? »
    Une voix d'enfant. Familière.
    Il ouvrit les yeux.

    Un visage heureux, de grands yeux marrons, une peau verte comme la mousse. Yael.
    Il se redressa, dévisageant le petit elfe qui s'était assis en tailleur à ses côtés, se balançant d'un côté à l'autre. Ce petit être était sa bouffée d'air frais.

    « J'suis triste parce que ça fait longtemps qu'on n'a pas joué ensemble. »
    D'une moue adorable, le petit garçon lui adressa un sourire éblouissant.
    « Alors, on joue à quoi ? »
     
     

    Chapitre 25

     
    Les jours avaient passé, et bien qu'il avait souhaité de toute son âme que le temps s'arrête, les heures s'étaient écoulées, lentement, en une torture indéfinissable.

    Black s'était isolé. Fuyait l'ombre de Mynocia alors qu'elle ne cherchait qu'à demeurer à ses côtés. Au fond de lui, il avait besoin de solitude, et quand la jeune femme l'avait réalisé, elle avait cessé toute forme d'approche. Il lui avait fallu trois jours d'isolement avant de pouvoir s'ouvrir à elle de nouveau. Accepter la douleur, prendre le temps de s'acclimater au vide stagnant au creux de ses entrailles n'avait pas été une mince affaire.

    Mais dès qu'elle avait senti le premier geste du jeune homme, elle était revenue à ses côtés, silencieuse. Profondément muette, ne l'interrogeant pas. Simplement là.

    « Bon, tu te magnes, Blacky ? Râla-t-elle, une main sur la poignée, prête à sortir.
    - Ouais, ouais, j'arrive ! »

    Elle soupira, levant les yeux au ciel en le voyant déraper sur le tapis de la salle de bain d'où il sortait.
    Tous deux avaient été convoqués par Clia, et Black, qui avait traîné toute la matinée en pyjama, avait oublié leur convocation.

    « Tom sera là ?
    - J'en sais rien, mais bouge tes fesses bon sang ! »

    Il commençait à s'inquiéter. Il n'avait plus eu de nouvelle de son ami depuis la mort de Sean. Depuis, réalisa-t-il, que le chef de guerre les avait surpris en plein baiser. Et si c'était lié ? Avait-il, par cette scène, brisé le cœur déjà fragile de l'homme ? Mynocia semblait dire qu'il imaginait encore des choses entre eux... Et si elle avait raison ? Et si Tom pensait encore pouvoir gagner son cœur, que devrait-il faire ? Il n'en savait foutrement rien, bon sang ...
     
    « Entrez ! »
    La voix un peu rauque de Clia résonna à travers le bois et Black poussa la porte, pénétrant dans les salons de la Reine, Mynocia sur ses talons.
    « Bonjour Altesse. Pardonnez-nous du retard, Black a une mémoire tellement incroyable qu'il en oublie vos invitations. »

    Le justicier rouge adressa une petite moue désolée à la Reine, assise dans un grand fauteuil couleur chocolat. Elle lui rendit un sourire mi compréhensif, mi amusé, et Black ne put s'empêcher de noter qu'elle avait les traits fatigués, tirés, presque malades.

    « Bien, puisque nous sommes tous là ... »
     
    Black détailla rapidement la pièce des yeux : baignant dans le marron, le pourpre, le jaune et le vert, elle semblait avoir été réorganisée spécialement pour cette entrevue. Des fauteuils avaient été déplacés de manière à ce que chacun puisse être confortablement installé, et face à la souveraine. Les Reflets de Lune étaient là, silencieux, comme en deuil, Nawi et Ellyre assises côte à côte, Liam un peu plus à l'écart. Au fond de la pièce, bras croisés, le visage fermé, se tenait Tom, dont Black croisa le regard pourpre. D'un signe de tête, il l'invita à se placer à leurs côtés. À sa grande surprise, il sembla hésiter, mais se joignit finalement à eux. Fronçant les sourcils, il allait le questionner quand Mynocia le força à se reconcentrer sur la Reine d 'un coup de coude dans les côtes.
     
    « Vous êtes donc tous trois ici sous le conseil des Reflets de Lune, qui suggèrent de mettre à votre entière disposition une salle d'entraînement spécifique à vos capacités »

    Mynocia fut la première à tiquer. Qu'avait dit la Reine exactement sur leurs véritables identités ?
    Comme si elle l'avait entendue, Ellyre ajouta :
    « Vous pourrez y apprendre à maîtriser vos éléments sans risquer de détruire une partie du château ou de vous blesser gravement. »

    Mynocia envoya un regard de reproche évident à la Reine qui haussa les épaules, lâchant sur un ton acerbe :
    « Formidable. Vous comptez faire ça en pâte à modeler ? »

    À la surprise générale, et avant que l'un des principaux concernés n'ait pu répliquer, Black prit la défense d'Ellyre que la réplique de Mynocia avait fait se ratatiner dans son fauteuil.
    « Au cas où tu n'aurais pas encore percuté, ils sont loin d'être comme tout humain normal. Laisse leur au moins la chance de nous montrer leurs pouvoirs. »
     
    Ellyre le remercia d'un regard et il lui sourit, l'invitant à poursuivre d'un geste de main. Il était bien le seul, peut-être avec Tom, à avoir le culot de renvoyer Mynocia de cette manière.

    « Son Altesse a proposé d'organiser la salle dans le vieux débarras inutilisé qui se trouve derrière vous. Êtes-vous d'accord pour bénéficier de cette salle ? »

    Black se tourna vers ses deux amis, cherchant leur approbation. Mynocia avait froncé les sourcils, méfiante. Elle trouvait l'idée excellente, pour sûr, et ils avaient plus que besoin d'entraînement tous les trois ... Seulement, elle n'avait pour le moment pas véritablement confiance en ces trois humains.

    « Je n'y vois personnellement pas d'inconvénient, avoua Black, fixant Tom qui hocha la tête. »
    Tous deux se tournèrent alors vers Mynocia.
    « Mouais, lâcha-t-elle, j'accepte aussi. »
     
    Nawi jeta un regard à la Reine, cherchant son approbation. D'un signe de tête, la souveraine l'autorisa à mettre en œuvre son idée. La jeune femme à la peau sombre se leva alors, passant la main dans ses cheveux noirs coupés courts, suivie de près par Liam. Tous deux se postèrent face à face devant la porte du débarras, fixant l'autre, semblant lire dans ses yeux. Nawi tendit ses mains devant l'homme, paumes tournées vers le plafond.

    « Tu es prêt ? »
    Liam lui sourit, et posa ses doigts contre ses avant-bras, fermant les yeux, redevenant infiniment sérieux.
    Quelques instants s'écoulèrent. Black leva un sourcil, ne comprenant visiblement pas ce qu'il était en train de se produire. Enfin, au moment où il allait demander des explications à Ellyre, un immense arc-en-ciel naquit de leurs mains liées, fusa dans le petit salon, s'enroulant autour de leurs deux corps.
    « Voilà ! Sourit Ellyre en se redressant, il se sont trouvés ! Je pense que ça va leur prendre un peu de temps, alors je propose que nous nous trouvions une occupation ! »

    Aucun d'entre eux ne broncha, le regard obstinément fixé sur les deux humains. Black, curieux, intercepta le regard de l'adolescente.

    « Que font-ils exactement ?
    - Bein ... Je pense que tu le sais, mais Liam possède le sens du Toucher, et Nawi de la Vue. Là, elle imagine la pièce, et lui la matérialise. En gros, c'est ça. »
    Black ne répondit pas. Cette histoire de Sens avait l'air de cacher des pouvoirs plus grands que ce qu'il avait soupçonné ...
    « Je pense qu'ils vont créer Illusion. »
     
    Quelques minutes s'écoulèrent et le silence revint. Finalement, la Reine, qui fixait le tourbillon de l'arc-en-ciel, se releva, proposant au quatuor de lui emprunter quelques livres pour patienter.
    La souveraine les accompagna jusque dans la pièce adjacente, qui se révéla être sa bibliothèque personnelle, leur accordant la permission de lui emprunter le livre de leur choix. Chacun la remercia et elle sortit, retournant veiller sur Nawi et Liam.
     
    Black parcourut les rayons, impressionné par la quantité d'ouvrages anciens étalés sous ses yeux. Perdu dans la contemplation des reliures, il n'entendit pas Tom se glisser vers lui.
    « Black, je ... Murmura le chef de guerre, si bas qu'il aurait été inaudible pour n'importe qui d'autre. Cependant, la fin de sa phrase mourut au fond de sa gorge. Inaudible, il l'avait été. Et pour Black.
    Ellyre avait été plus rapide et surtout plus bruyante que lui, et se trémoussait à présent devant le justicier, les joues rosies et l'air gêné.

    La bouche toujours ouverte, le chef de guerre regarda son ami se rapprocher de la jeune femme, poser sa main sur son épaule, lui sourire. En temps normal, Black l'aurait entendu.
    Il baissa les yeux, abdiquant, et la main de Mynocia sur sa hanche le tira loin de ce spectacle qui lui broyait le cœur.
     
    Enfin, après plus d'une heure et demi d'attente, l'arc-en-ciel faiblit, tournoya encore un instant, et disparut. Les deux Reflets de Lune se séparèrent.
    Mynocia et Tom, serrés dans un même fauteuil, relevèrent le nez de leur livre, tandis que Black et Ellyre interrompaient leur conversation.

    La Reine, restée à méditer, se redressa, jetant un œil inquiet aux deux humains fatigués.
    « Ouvrez la porte, Altesse ! »
    Des perles de sueurs glissaient sur le front de Liam, collant ses longs cheveux bruns contre sa peau.
    À ses côtés, Nawi n'en menait pas plus large. Elle peinait à tenir droite et finit par tomber à terre, inspirant de l'air à grandes bouffées. Liam se laissa choir à ses côtés, lui envoyant un regard complice.

    « Ça va aller ? S'alarma Tom en les voyant épuisés, le souffle difficile.
    - Tout va bien, le rassura Liam, nous ne sommes juste pas habitués à une telle puissance de création ! »
    Le chef de guerre hocha la tête, et pénétra dans l'ancien débarras, suivi de près par Mynocia, Black et Clia.
    Blanc. Tout était blanc. Les murs, le sol, l'ambiance, l'odeur. Tout semblait blanc. Le plafond, si haut qu'il paraissait ne pas exister, reflétait le sol. La salle semblait immense, et la lumière impressionnante que dégageait le blanc lui faisait mal aux yeux. Tournant sur lui-même, Black ouvrit la bouche en un « o » parfait. Une autre dimension. C'était cela. Ils avaient été plongés dans un autre monde, un autre univers, entièrement composé de blanc. Une création sans haut, sans bas, sans début, sans fin, qui se contentait d'exister.

    Dans toute cette blancheur se démarquaient pourtant deux uniques portes de bois : l'une, par laquelle ils venaient d'entrer, menant par conséquent aux salons de la Reine, et l'autre ...

    «  ... Donne sur des vestiaires, des douches et des toilettes, ainsi qu'une réserve d'armes blanches et autres outils d'entraînement, éluda Ellyre comme si elle l'avait entendu. »
    Nawi et Liam, légèrement remis de leurs émotions, rejoignirent le groupe à l'intérieur, souriant face aux visages ébahis.
     

    « Voici Illusion, présenta Nawi, une salle déconnectée de votre dimension. Ici, vous pouvez laisser aller vos pouvoirs, les murs sont prévus pour contenir votre énergie, l'absorber et la détruire. Toutefois, tout ce qui se trouve à l'intérieur d'Illusion ne peut en être sorti. En revanche, vos progrès, eux, seront bien réels.
    Black lâcha un « wow » admiratif. Dire que cela avait été créé de toute pièce était fascinant. L'union de deux Reflets de Lune pouvait donner la création d'une dimension. Il n'en revenait pas.

    « Quand pourrons-nous commencer l'entraînement ? Demanda Mynocia en étirant ses poignets. Elle semblait prête à se battre dans la seconde.
    - Maintenant si vous le souhaitez, garantit Liam en regardant la guerrière chauffer ses muscles.
    - Parfait. Alors c'est parti. »

    Aucun d'entre eux n'avait eu son mot à dire. Mynocia avait mis les Reflets de Lune et la Reine dehors sans plus de cérémonie, s'enfermant entre les murs d'Illusion avec Black et Tom.
    Elle se racla la gorge, mains sur les hanches, face aux deux hommes.

    « Voici ce que je vous propose de faire : nous commencerons par des entraînements à l'épée parce que Blacky est une véritable tarte avec une lame à la main. Tom, je compte sur toi pour lui enseigner vigueur et précision, ça te permettra au passage d'améliorer ta propre habilité. Quand notre petite pucelle saura se débrouiller, nous passerons à la maîtrise de vos éléments, et ça, vous en avez besoin tous les deux. Cela vous convient ? »

    Black jeta un regard en biais à Tom. Elle ne leur aurait pas laissé le choix de toute façon.


    Chapitre 25

     
    « Black, tes jambes ! Bouge ! Ne fais pas la statue, enfin ! »

    Le dénommé grogna, le regard fixé sur l'épée qui venait de frôler son oreille. Tom n'y allait pas de main morte. Cela faisait à peine deux minutes que leur duel avait débuté et il était déjà épuisé.
    Le chef de guerre en face de lui se remit en garde et il suivit le mouvement, le souffle court.
    Soudain, sans crier gare, Tom se rua sur lui, attaquant à une vitesse effroyable. Leurs lames s'entrechoquèrent brutalement dans un grand bruit de métal et il sentit son cœur accélérer.
    S'il n'avait pas eu l'incroyable réflexe de parer le coup au dessus de sa tête, il serait mort.
    Dans un grand crissement, Tom retira son sabre du sien et se projeta de nouveau sur lui. Black sentit la peur gagner ses veines. Le regard du chef de guerre était empli de colère. Ses attaques dictées par une haine sans nom. Bon sang, mais que se passait-il ?!

    Il para, para encore, peinant à suivre le rythme effréné que lui imposait l'autre. Les claquements des fers résonnaient à présent dans l'immense pièce blanche. Et pour la première fois, Black eut peur de Tom, de sa puissance, de sa haine, du combattant redoutable qu'il était ... Et de ce regard enflammé braqué sur lui.
    De nouveau, les coups fusèrent. Pris de court, tremblant sous les assauts d'une force qu'il ne connaissait pas à Tom, Black se défendit comme il put.

    Complètement dépassé, il recula, s'emmêlant les pieds, voyant la lame se rapprocher encore ... Trébucha, fermant les yeux, attendant la douleur.
     
     
    ... Douleur qui ne vint pas. Tombé à terre, il réalisa que ses coudes s'étaient enfoncés de cinq bons centimètres dans le sol et que sa chute avait été totalement indolore. La pièce semblait l'avoir réceptionné. Il releva le regard, abasourdi. Projeté. Il avait été tout bonnement expulsé à terre, par la simple force d'une attaque.

    Le souffle coupé, il dévisagea la lame étincelante pointée contre sa gorge. L'épée l'aurait égorgé si Tom n'avait pas arrêté son geste au dernier moment. Sa respiration déjà chaotique trembla, et le chef de guerre ne broncha pas, le fixant de ce même regard empli de haine. Ils se dévisagèrent, Tom surplombant Black, enfin, alors que l'homme fuyait son regard depuis le début de la journée.
    Le justicier scruta les pupilles vermeilles face à lui, y décelant enfin ce qu'il cherchait.
    Du doute.
     
    Il saisit la lame à pleine main, sans lâcher le regard cramoisi, laissant le métal transpercer sa peau, son sang couler le long de la lame froide.
    Tom tressaillit, baissant enfin le bras. Détournant le regard, faisant volte-face, lui tournant le dos, le laissant là, blessé, haletant. Son épée tomba au sol, et il sortit d'Illusion en claquant la porte.
    Toujours à terre, Black dévisagea sa main entaillée, le cœur serré. Il se fichait de la douleur. Il se laissa tomber sur le dos, se mordant la lèvre.

    Il avait vu. Au fin fond des yeux de Tom, au-delà de cette prétendue haine ... Brillaient des larmes.
    « Qu'est-ce que c'est que ce délire ... »
     
    Jamais plus Black ne revit les larmes cachées de Tom. Bien qu'il eut essayé de plonger en lui de nouveau, notamment lors de leurs fréquents duels à l'épée, le chef de guerre semblait avoir voilé son regard, lui interdisant de déceler en lui le moindre sentiment. Il était devenu un maître froid, sévère et distant. Et ça, Black ne parvenait plus à le supporter. Il haïssait ce rouge devenu terne. Il voulait voir de l'éclat au cœur des prunelles de son ami. Retrouver Tom. Le touchant, le séduisant, l'homme qui était devenu pour lui le plus précieux des amis.

    Ce fut cette fureur, cette rancœur qui lui donna enfin la force de le combattre, de ne plus retenir ses coups et de chercher, enfin, à vaincre et détruire ce Tom qui n'était plus le sien.
    Alors les séances d'entraînement s'enchaînèrent sous le regard expert de Mynocia, qui aidait Black à mieux gérer son souffle, à fluidifier ses mouvements pour parvenir à tenir le rythme soutenu du chef de guerre.
    Black apprenait remarquablement vite. Mynocia avait observé en à peine quelques jours la progression fulgurante du jeune homme. Il retenait les techniques de Tom, copiait ses mouvements, tenait compte de tous ses conseils ... Et pourtant, il progressait bien trop vite.

    En trois jours, réalisa-t-elle, il était devenu capable de manier à la perfection deux sabres. Un jour de plus lui avait suffi pour parer le meilleur coup de Tom. Et, comme enragé, il semblait ne plus vouloir s'arrêter, les poussant tous deux à se lever aux aurores le matin pour croiser le fer, s'arrêtant le soir quand son corps hurlait au sommeil. Il s'était imposé un rythme insoutenable ... Et le tenait.

    Cet homme, pensa-t-elle, avait les capacités et la rage d'un roi. Se souvenant de ses origines, elle avait souri. Elle allait imposer à son petit Rhëeh un rythme très différent.
    Un rythme ... Royal.
     

    Chapitre 25

     
     
    À  la grande surprise de Mynocia, le fait de rendre les entraînements à l'arme blanche plus intenses n'avait fait que décupler la rage de Black, qui semblait obsédé par l'idée de mettre Tom à terre. Drôle de but, s'était-elle dit. Mais en interceptant le regard du chef de guerre lors de leurs duels, elle avait saisi. Il se jouait entre les deux hommes bien plus qu'un simple combat.

    Et bien évidemment, arriva ce qui devait arriver.
    Un jour, l'élève surpassa le maître.
    Et Tom se retrouva debout, désarmé, le sabre de Black pointé contre sa gorge. Vaincu.
    Elle siffla. Une semaine plus tôt, il aurait été incapable d'exécuter un tel coup de maître avec un tel sang-froid. Elle sentit la fierté irradier ses poumons. Ce petit bout d'homme était plus que prometteur.
    Pourtant, Black ne lui accorda même pas une œillade. Épée en l'air, brandie contre la trachée de Tom, il le fixait d'un regard scrutateur. Inflexible.
     
    Enfin. Il était enfin parvenu à vaincre Tom. Et le regard rouge en face de lui brillait de nouveau. De fierté et de douleur mêlés.
    Black avança la pointe de l'épée vers son visage, effleurant la boucle vermeille à l'oreille du chef de guerre. Un éclat inquiet traversa ses pupilles. Le justicier abaissa son arme. La laissa tomber au sol. Toujours sans rompre l 'échange de leurs regards, il saisit sa main dans la sienne. Il sentit un frisson parcourir le bras de son ami. D'une caresse aérienne, il enroula ses doigts autour des siens, cherchant la colère et la peur dans son regard. Il n'y trouva qu'un océan de douleur.

    « Qu'est-ce qu'il se passe, Tom ? »

    Il intercepta le tic des lèvres face à lui, et le chef de guerre brisa l'union de leurs yeux. Sans lâcher la douce étreinte de leurs mains.

    « S'il te plaît ... Dis-moi. Murmura-t-il, cherchant de nouveau à capturer le pourpre. »
    Tom sembla hésiter. Trembler. Et puis, finalement :
    «  Je suis jaloux. De tes regards pour Ellyre, ces contacts faciles alors qu'elle cherche ouvertement à te séduire. »

    Black ouvrit la bouche. La referma. Mais que venait donc faire la jeune fille là-dedans ? Depuis quand était-elle censé le draguer ?
    « Tu peux me lâcher, maintenant. »

    Plus qu'une question, c'était un ordre. Toujours un peu sonné, il desserra son emprise sur les doigts nacrés et Tom tourna les talons, disparaissant dans les vestiaires.
    Black demeura, décontenancé, fixant ses doigts. Se tournant vers Mynocia qui avait suivi la scène sans mot dire, il demanda, plus à lui-même qu'à la guerrière :
    « Il n'y a pas que ça, hein ? »
    Il sentit la jeune femme se rapprocher de lui, mais ne broncha pas. Arrivée à sa hauteur, elle leva la main ... Et le gifla.

    Ébahi, la main plaquée sur sa joue devenue douloureuse, il bégaya :
    «  Que ... ?
    - De deux choses l'une ; tu es un crétin et je t'avais prévenu. Tu lui fais du mal. »

    Il la dévisagea, son cœur tambourinant dans sa poitrine. Il ne comprenait pas.
    Mynocia soupira, envoyant ses longues mèches violettes derrière son épaule, semblant épuisée.
    « Vous commencez à me taper sur les nerfs tous les deux. Va lui parler, et débrouille-toi comme tu veux, mais fais en sorte qu'il t'explique. »

    Et sur ce, elle le poussa sans plus de cérémonie en direction des vestiaires, le forçant presque à pousser la porte de bois.

    La première chose qu'il réalisa en pénétrant dans la pièce adjacente fut que l'eau coulait et que, par conséquent, Tom était sous la douche.
    Les vestiaires avaient été organisés par les Reflets de Lune selon un plan précis : à l'entrée se trouvait un petit sas truffé de placards qui, une fois traversé, donnait sur trois cabines de douches et trois toilettes. Le tout dans des tons dorés, sur une mosaïque argentée.

    Le justicier rouge s'avança vers les douches, repérant Tom dans la cabine de gauche. Le chef de guerre, dont il ne voyait que le haut du dos et les mollets, sembla ne pas l'avoir entendu entrer.
    Black se racla la gorge, se grattant nerveusement l'arrière du crâne. Maintenant qu'il était là, qu'était-il censé dire ?

    « Tom, je ... Il hésita longuement, perdant ses mots. On peut parler ? »
    Au sursaut presque imperceptible qu'avait eu l'homme, dos à lui, en entendant sa voix, Black comprit qu'il avait peut être mal choisi son moment. Tant pis. Ils avaient besoin de parler. Maintenant ou jamais.
    «  Écoute, je ... J'ai besoin que tu sois sincère avec moi. Ellyre n'est pas le cœur de tout, je le sais bien, et je ne demande qu'à comprendre... »

    Aucune réponse. Seul le martèlement de l'eau contre le carrelage lui répondit.
    Black se massa les tempes, prit au dépourvu par le mutisme de son ami.
    « Tom, parle-moi, s'il te plaît ... »

    Toujours aucune réaction. L'eau dégoulinait dans les cheveux de jais, ruisselant contre les muscles fins de son dos. Le justicier se prit à penser que l'homme possédait un corps de félin. Fin, agile, et redoutablement puissant.

    Cependant, en poursuivant une goutte d'eau qui dévalait sa clavicule, son regard se bloqua contre une grande cicatrice ... Qui paraissait très récente.
    « Stac ... Chuchota-t-il pour lui même, reconnaissant soudain la forme de pointe de flèche gravée dans la peau laiteuse. »

    Aussitôt, Tom cacha la cicatrice de sa main, mais il était trop tard. Black sentit la colère de l'impuissance infiltrer ses veines. Évidemment, Tom ne lui avait jamais parlé de tout cela.
    « Pourquoi tu me caches encore des choses ? Qu'ai-je fais, Tom ? Où et quand t'ai-je blessé ? Ça me fait mal de te sentir t'éloigner de moi, tu sais ... »
     
    Un « BOM » résonna dans les vestiaires. La tête de Black venait de heurter la porte de la douche.
    Enfin, Tom soupira doucement, coupant l'eau, se retournant. Le justicier releva la tête, rencontrant le regard de sang de son ami. Un regard doux, résigné, presque douloureux.

    « Tu n'as strictement rien fait, Black. C'est à moi que j'en veux, parce que je ne sais pas m'arrêter de rêver. Il n'y aura jamais rien entre nous. Ton âme, ton cœur et ton corps sont à Mynocia, je ne lutterai pas contre et je suis même prêt à t'aider à avancer avec elle. Seulement ... Seulement ... C'est plus fort que moi. Cet espoir me tue. »

    Il s'arrêta un instant, cherchant ses mots, tentant de maîtriser les tressautements de sa voix.
    « Et pourtant, je voudrais pouvoir rester à tes côtés, à t'aimer en silence, en gardant cette place que tu m'offres dans ton cœur. Et je suis mal à dépendre de toi, à avoir besoin de sentir ta présence à mes côtés. Je suis égoïste. Je ne ne veux pas que tu t'éloignes alors que sans moi, tu pourrais te consacrer entièrement à Mynocia. Mais je ... Je veux être là. Je veux pouvoir t'aider, te protéger, porter avec toi les secrets trop lourds, te relever quand tu tombes ... C'est idiot.... Je me sens faible et dépendant, terrifié à l'idée que tu puisses un jour réaliser la force de mon amour et te sentir répugné. Je donnerai tout pour toi, Black. Plus que tu ne peux l'imaginer. »
     
    C'était enfin là. Sorti, vidé, évacué. Et même si à présent son cœur tremblait de peur et d'appréhension, Tom était soulagé. Un nœud au fin fond de ses entrailles venait de se dénouer.
    Scrutant le visage de son ami, il aperçut sa lèvre trembler et ses poings se serrer. Il s'immobilisa, la peur tiraillant son estomac, prêt à encaisser.

    Au lieu de quoi, Black se rapprocha, collant son corps contre la porte, levant haut les bras, saisissant sa nuque, calant sa tête contre son épaule.

    Tom, les bras ballants, coincé de l'autre côté du battant, écarquilla les yeux.
    « Non, il n'y aura rien, chuchota-t-il tout près de son oreille. »

    Le cœur de Tom se déchira en deux. La vérité était là, indéniable. Incontestable.
    « ... Il n'y aura rien, mais il y aura d'autres choses. J'ai besoin de toi tu sais, plus que je ne veuille bien l'admettre. Et je ne veux pas que tu t'éloignes de moi. Alors dis-moi, je t'en supplie, dis-moi ce que je peux faire pour que plus jamais tu ne souffres comme ça ... »

    Un instant s'écoula. Flotta. Les cheveux trempés de Tom dégoulinaient à présent dans le cou de Black.
    Finalement, le chef de guerre se recula légèrement, le fixant droit dans les yeux, posant son index mouillé contre le bout de son nez. Un petit sourire fendit son visage et Black sentit son cœur manquer un battement.
    « M'acceptes-tu à tes côtés en tant que plus proche ami et confident ? »

    Cette fois-ci, le sourire de Black migra dans ses yeux. Tom le lui rendit.
    « Je te l'ai promis, non ? »

    Le chef de guerre retira son doigt du nez de Black, y laissant une trace humide.
    Il ne s'était jamais senti aussi complice de Tom qu'à cet instant.
     
     

    Chapitre 25

     
    Les jours passèrent, les heures défilèrent, les entraînements reprirent. Rapidement, Mynocia décréta qu'il avait acquis un niveau de débrouillardise suffisant avec les armes blanches, et qu'il était désormais temps de consacrer leur énergie à la maîtrise de leurs éléments.

    Elle ne leur avait pas laissé un seul jour de repos. Black réalisa qu'il n'avait pratiquement rien vu d'autre que le blanc irréel d'Illusion ces dernières semaines.
    « Allez les feignasses, debout ! »

    Les deux hommes se relevèrent, Black râlant à nouveau contre le rythme qu'elle imposait et dont il ne se plaignait que depuis quelques jours. À ses côtés, Tom rit, l'aidant d'une main à se hisser sur ses jambes.
    Black était soulagé. Sa relation avec le chef de guerre semblait avoir pris un nouveau tournant, devenant plus précieuse encore.
     
    « Avant toute chose, il faut que vous acceptiez votre élément comme étant partie intégrante de vous-même, que vous sentiez sa force, sa puissance parcourir vos veines. »

    Interceptant les sourcils froncés de Black et la moue de Tom, Mynocia soupira.
    « Ça commence bien ... Rasseyez-vous. »

    Sur ce, elle avait entrepris de leur faire ressentir la présence de leurs éléments respectifs. Autrement dit, de poser tranquillement leurs fesses sur le sol, de fermer les yeux et de partir fouiller les méandres de leur inconscient. Chose qui s'était révélée tout bonnement impossible au vu des fou-rires qu'avaient pris Black, qui évidemment contaminaient Tom, l'empêchant de se concentrer.

    Mynocia avait tenu dix minutes – un record – avant de l'envoyer rebondir contre un mur d'une grande rafale d'eau. Chose qui l'avait d'ailleurs surpris. Il avait REBONDI, plutôt que de s'encastrer dans le mur comme une crêpe.
     
    Enfin, après avoir bâillonné et ligoté Black, Mynocia se tourna vers Tom, lequel avait réussi l'exercice avec brio en quelques minutes. La jeune femme connaissait suffisamment bien son ami pour savoir que sa mauvaise maîtrise de la Terre venait du fait qu'il rejetait, par honte, ses propres pouvoirs.
    « C'est excellent, Tom. »

    Elle s'assit en tailleurs face à lui, admirant les volutes de puissance tourbillonnant autour de son corps fin. La Terre crépitait entre ses doigts.
    C'était envoûtant et même Black, de son petit coin, ne put nier la beauté de l'homme. Il était à couper le souffle.

    « Je n'ai rien à t'apprendre, confia Mynocia, sortant l'élémentaire de sa transe, l'entraînement de la puissance et de la précision de ton pouvoir suffiront. »
    Évidemment, il avait suffi de deux minutes avant que Mynocia ne remette le grappin sur lui, faisant tomber le bâillon et les liens, le menaçant toutefois d'une mort atroce et douloureuse s'il continuait à délirer tout seul.
    Un immense sourire aux lèvres, il prit place face à elle, gloussant une dernière fois. Elle lui lança un regard meurtrier qui ne fit que mettre le feu aux poudres. Il éclata de rire.

    « Bon, tu vas te calmer maintenant Blacky, sinon je pends tous tes caleçons et toi avec sur la plus haute tourelle du château. Par contre toi je te pends à l'envers, à poil, et par les orteils. Compris ? »
    Il hocha la tête, ravalant son sourire. Il la savait capable de mettre sa menace à exécution et préférait ne pas tenter le diable. Derrière eux, Tom pouffa.

    « Ne t'y mets pas parce que ça vaut pour toi aussi, Tomi »
    Enfin, elle parvint à un minimum de sérieux. Qu'est-ce qu'il ne fallait pas faire avec ces deux-là ...
    Pourtant, et même avec toute la bonne volonté du monde, Black ne parvenait pas à déceler en lui l'ombre bien camouflée de ses pouvoirs d'élémentaire. L'air ne semblait pouvoir se manifester que lors de très fortes émotions comme la colère ou la peur.
    Comprenant cela, Mynocia avait vite abandonné l'idée de le laisser méditer. Il demeurait de plus incapable d'exécuter l'exercice avec sérieux, et ce même sous la menace de se voir pendu nu à la vue de tous.
    Ils étaient donc passés à une recherche plus ... Brutale.

    L'attaquant, elle cherchait à le forcer à se battre, à parer les vagues déferlantes, à riposter par l'air ... En vain.
    Le jeune homme parait les coups en les évitant ou en volant.

    « Réplique, andouille ! »
    Elle lui envoya une vague trois fois plus grosse que les autres sur la tête et Black glapit, détalant en vitesse, courant se réfugier auprès de Tom qui le protégea d'un grand bouclier de pierre.
     Mynocia ne baissa pas les bras, persuadée de pouvoir le faire réagir par la panique et l'adrénaline. Seulement, et elle s'en doutait, un problème subsistait : il avait une confiance aveugle en elle, décrédibilisant complètement ses attaques. Il savait qu'elle pourrait le blesser, mais en aucun cas le tuer.
    Et sans cette fureur, cette peur de la mort, ou cette rage, cette folie meurtrière qu'apportait la mort d'un être cher, Black n'arrivait à rien.

    Mynocia, au fond d'elle-même, avait déjà un mal fou à ne pas retenir ses coups et à se forcer à augmenter la puissance de ses attaques pour qu'il sente qu'elle ne plaisantait pas.
    Pourtant, un soir, tout bascula.
     
     
    L'entraînement les avait poussé à veiller plus tard que d'habitude ce soir-là.
    Néanmoins, Black avait senti dans la manière de se battre de Mynocia un certain changement, une fatigue nouvelle, et quand il avait proposé d'écourter leurs efforts, elle n'avait fait qu'accélérer.
    Enchaînant les esquives, il ne cherchait même plus à se servir de l'air. Il était inquiet pour elle, par le lien qu'il sentait crisser contre son cœur.

    Elle stoppa ses attaques un instant, le laissant reprendre son souffle, leva de nouveau la main, pour continuer à le faire courir ... Ses doigts tremblèrent.
    Elle tituba un instant, saisit sa tête entre ses mains, et s'écroula. A genoux sur le sol, les yeux exorbités, ouvrant la bouche. Hurlant à s'en déchirer les poumons.

    Black, pris de court, resta immobile, statufié, pétrifié, à la regarder se tordre de douleur.
    À  ses côtés, Tom réagit au quart de tour. Se ruant sur la guerrière, saisissant ses poignets, tentant en vain de l'immobiliser.
    Ses cris résonnaient dans le vide d'Illusion.

    Les mains du chef de guerre parcoururent son corps, se frayèrent un chemin sous ses vêtements, luttant contre les coups qu'elle tentait de lui asséner.

    Enfin, tout contre sa poitrine, il sembla trouver ce qu'il cherchait. Ignorant le coup de poing qu'elle venait de lui envoyer dans la figure, il se saisit du fea, frissonnant quand ses doigts touchèrent l'objet, le lançant au loin.
    D'un hurlement, il empêcha Black de s'en saisir.
    « NE TOUCHE PAS A ÇA ! »

    Pourtant, même sans son fea, les cris de Mynocia ne faiblirent pas. Tom rassembla toute son expérience de chef de guerre pour garder son sang-froid.

    Le visage tordu de douleur, Mynocia sembla reconnaître la présence de son ami, entrouvrit les lèvres, balbutiant entre deux râles :
    « U...Uni »

    Alors, Tom comprit. Assemblant d'une traite tous les indices qui venaient à lui.
    D'une poigne ferme, il immobilisa ses poignets, s'asseyant sur ses hanches, la coinçant sous lui. Une vague de douleur la reprit et elle se débattit, perdant conscience de ses gestes, cherchant à blesser Tom.
    « Black, viens ! Tiens lui les poignets ! »

    Ni une ni deux, Black se précipita aux côtés du chef de guerre, saisissant les mains de la guerrière de toutes ses forces.
    Profitant de son immobilité soudaine, Tom se rua sur elle, saisit son pendentif et l'arracha de son cou dans plus de cérémonie. Le souffle de la jeune femme se coupa et tout son corps se cambra sous ses cuisses. Tom se baissa, presque couché sur elle, coinça sa tête sous son bras et lui enleva avec difficulté ses boucles d'oreilles.

    Mynocia ne bougeait plus. Black venait d'unir ses mains aux siennes en fusion d'âme.
    L'instant flotta.
    Le silence, affreux, suivit.

    Enfin, d'un long râle difficile, elle revint à elle, ouvrant les yeux, le visage encore tordu par la douleur, le souffle court. Tom se poussa de ses hanches pour la laisser respirer, fourrant en vitesse les lys dans sa poche.

    Black l'aida à se redresser et elle gémit de douleur. Tom lui tomba dans les bras. Elle rendit son étreinte au chef de guerre, le souffle toujours tremblant. Derrière elle, le justicier brisa la fusion d'âme, se joignant à l'étreinte.

    « Ça va aller, ca va aller ... Promit Tom, dont la voix tremblait bien trop. »

    Mynocia les serra tous deux contre elle. Fort.
    « Ça commence à peine. »

    Suivant les conseils -les ordres, plus exactement-, de Tom, Black n'avait pas cherché à questionner la guerrière sur cette drôle de crise.

    Ce qu'il vit en revanche, fut que dès le lendemain, elle portait de nouveau son pendentif et ses boucles d'oreilles en fleur de lys. Il lui avait lancé un regard amer de reproche, qu'elle avait royalement ignoré.
    Il souffrait de ne pas comprendre. De sentir sa douleur sans en connaître la cause.
    Peut être fut-ce cela qui débloqua tout. Cette folle envie de la protéger qui fit que, enfin, au fond de lui, il accepta son histoire, ses racines, son pouvoir.

    Ou bien était-ce par amour pour elle.
    Ce jour-là, pendant l'entraînement, lorsque la vague lui fonça dessus, il ne broncha pas, ferma les yeux, et pensa à son sourire.
    L'eau se fendit en deux, et la rafale fut si forte que Tom, même protégé par un bouclier de Terre, fut projeté contre un mur. Mynocia, que l'attaque avait fait reculer de cinq bons mètres, s'approcha de lui.
    Il rouvrit un œil, puis deux, tombant sur le visage souriant de la jeune femme tel qu'il se l'était imaginé.
    « Tu vois quand tu veux, Blacky. »

    Fier de lui, incapable de se contrôler, il se jeta sur ses lèvres. Elle pouffa, lui rendant un court baiser avant de le repousser.
    En réalisant que Tom était toujours dans la pièce, Black sentit son cœur s'affoler. Mais quel imbécile il faisait ! Le chef de guerre ne devait ... Se tournant vers son ami, il s'immobilisa.
    Toujours à terre, le regard fixé sur lui ... Tom souriait.

    Black serra les dents, percevant malgré lui un éclat de résignation dans les yeux carmins.
     
     

    Chapitre 25


     
    Quelques jours plus tard, Black découvrit avec stupeur qu'en plus de maîtriser désormais de manière convenable son élément, il pouvait aussi incanter et manier la magie elfe. Il avait encore du mal à réaliser à quel point les pouvoirs qui sommeillaient en lui pouvaient être puissants.

    Un matin, en plaisantant, Tom l'avait appelé « mon Roi ». Il l'avait regardé de longs instants, certain d'avoir mal entendu. Il ne possédait pas l'étoffe d'un souverain, il le savait, et ce malgré ses racines de Rhëeh.
    Un après midi, ils furent contraints d'arrêter l'entraînement. Mynocia, anormalement nerveuse, ne parvenait plus à se concentrer.

    « Qu'est-ce que tu as ? S'inquiéta Tom en la voyant refaire sa natte pour la douzième fois de l'heure.
    - Rien. Juste un mauvais pressentiment. »
    Le soir-même, Black s'était lové dans les bras de la guerrière, savourant l'arrêt de leurs entraînements pour la journée. Tournant une page de son livre, il sursauta.

    La lumière venait de déchirer le ciel. Un immense jet bleu fusa, brilla parmi les étoiles. L'alarme du château se déclencha, stridente. Le bouclier venait d'être traversé.

    Mynocia bondit, éjectant Black sans ménagement, et disparut dans les couloirs. Il suivit, dérapant, tentant de suivre la course effrénée de la guerrière. Elle déboula en furie à l'extérieur, en pyjama dans la nuit, ses pieds nus clapotant dans l'herbe humide.

    Ils aperçurent un petit groupe d'elfes, armes en main, autour d'une silhouette.
    Arrivée à leur hauteur, Mynocia les bouscula, semblant reconnaître le corps de femme à terre.
    « NUANE ! »
    Elle se jeta dans l'herbe, saisissant la femme en sang dans ses bras. Tom, arrivé en courant, entendit le cri de la guerrière et congédia ses hommes un peu violemment.
    « Qu'on aille chercher Jhi-laim, et vite ! »

    Black s'assit aux côtés de Mynocia, détaillant la femme dans ses bras. La cinquantaine, le visage tiré, fatigué, déformé par la douleur. Habillée de haillons sales et couleur terre, elle était blessée au flan et son sang coulait abondamment sur Mynocia.

    Les cheveux bruns, coupés courts, en bataille, le regard bleu-vert presque éteint, son visage longiligne était maculé de cicatrices. Le genre de femme habituée aux coups et aux blessures, luttant pour rester consciente.
     

    À ses côtés, Mynocia paniquait.
    « Nuane ! Nuane, c'est moi, parle-moi ... Que s'est-il passé ? Qui a fait ça ? »
    Jamais Black n'avait entendu sa voix trembler autant.
    D'un effort surhumain, elle ouvrit les lèvres, alignant les sons pour tenter de former des mots.
    « Ka .... ën ... Kaën ... R.Revenu sous ses ordres ... »
    Elle toussa, crachant du sang. Mynocia craqua.
    « Maman ! »
     

    Black, dont le sang s'était glacé dans les veines à l'entente de la supplique de la guerrière, fut soudain bousculé par Jhi-laim. Le prince observa la femme, détailla son corps meurtri, repéra d'un œil expert le sang qui coulait sur son ventre, et déplia son matériel de soin.

    « Ça va aller, on va vous soigner. Vous êtes en sécurité ici. »
    Nuane toussa de nouveau. Le sang coula dans l'herbe, aux pieds de Mynocia. Elle suffoqua encore, vomissant du sang, et Mynocia saisit sa main.
    « Tiens bon maman, tiens bon. »

    Son regard se voila. Mynocia s'immobilisa. Le sang lui coula entre les mains. Elle tremblait.
    Les yeux de Nuane se fermèrent. L'instant flotta.
    Jhi-laim se recula, baissant la tête.
    « C'est fini. »

    Mynocia tomba sur son corps, serrant les poings jusqu'au sang, mordant sa lèvre.
    Les yeux résolument secs, elle releva le regard, ses pupilles brillant de la plus destructrice des haines.
    « Je te tuerai. JE TE TUERAI, COMBUSTOR ! »
     
     
     
     
     

    Chapitre 25

    FIN DU CHAPITRE 25

     

     

     


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