• Chapitre 29

     

    Chapitre 29

     
    Chapitre 29
    Sauver un Ange

     
     

    Résumé du chapitre précédent :
    L'Armée de Feu cahute et Kulilaahn, maître actuel des Élémentaires de Feu, ne sait plus où donner de la tête. Ashes a disparu, Siànan a tué Kaën, l'Ombre n'attend que sa rédemption et Wïane est hors de contrôle, prête à trahir ses ordres au moindre moment. Sa première cible : Black, bien que Combustor lui ait formellement interdit d'attaquer le jeune homme directement.
    Du côté de l'Armée de Cristal, la Nuit aux Mille Étoiles a confirmé les dires de Tom : les Reflets de Lune semblent fiables et prêts à s'engager dans la guerre à leurs côtés. Mynocia et Black, qui ont finalement unis coeurs, corps et âmes, retrouvent Yael lors de la cérémonie et profitent de la présence du jeune elfe. Pourtant, tout dégénère lorsque Black jure fidélité à l'Empire à travers l'Aléthéia : quelques heures plus tard, Wïane a percé mystérieusement les défenses elfes, sème le chaos et capture Yael avant de disparaître avec l'enfant ...

     

    Chapitre 29

     

     

    Ils étaient les Maîtres.
     

    C'étaient eux, et eux seuls, qui avaient le véritable pouvoir. Depuis onze ans que leur promesse avait été scellée, qu'il avait lui-même plongé dans le sang et l'horreur, baigné dans la trahison et les secrets. Depuis que son cœur avait trouvé son Maître, ils régnaient ensemble.

    Siànan laissa un sourire franchir ses lèvres. Oui, c'étaient eux qui contrôlaient tout. 
    L'Ombre, la guerre et le hasard ne faisaient plus le poids. Ils étaient ensemble, unis, et invincibles.
    Kulilaahn était la puissance même, et lui ce pilier d'acier soutenant l'élémentaire le plus puissant au monde.

    La nuit avait englouti le quartier général depuis plus d'une heure et l'effervescence régnait au retour de la troupe rentrée de mission. Siànan refusa poliment les échoppes pleines qu'on lui tendait à son passage, félicita quelques guerriers sur son chemin, mais ne s'arrêta pas.
    Il était attendu ailleurs. Les jacassements des élémentaires s'évanouirent dans son dos alors qu'il cheminait dans les couloirs sombres.

    « Maître, j'entre. »
    Il avait toqué une fois, sans réponse. Combustor devait être trop absorbé par son travail pour l'entendre. Siànan lança une petite flamme contre le verrou qui cliqueta. La porte de fer forgé s'ouvrit dans un long grincement. A présent, il avait la clé de toutes les portes du repaire, y comprit celle de son maître.
    Il ferma soigneusement l'huis derrière lui une fois à l'intérieur et détailla la pièce baignant dans une lueur orangée, cherchant le souverain du regard.


    Combustor, sur le lit, adossé contre le mur, submergé de papiers et de plans en tous genres, semblait s'être assoupi sur ses recherches, un vieux grimoire poussiéreux pendant au bout de ses doigts, menaçant dangereusement de faire le grand saut au bas du lit.

     Siànan décrocha un second sourire : il était tellement rare de voir les traits fins et gracieux si relaxés, si détendus, que la scène lui semblait surréaliste. Kulilaahn était un très bel homme dont le visage était trop souvent ravagé par la colère et l'inquiétude.
    Lentement, avançant à pas feutrés pour ne pas faire gémir le parquet, Siànan glissa sa main contre celle de l'homme pour y retirer le livre avant qu'il ne tombe. Il s'assit sur le lit, affaissant le matelas, et déposa l'ouvrage sur la table de nuit.

    Précieux. C'était rare et inestimable, de voir Kulilaahn ainsi, dénué de toute la prestance que les années lui avaient forcé à acquérir.
    Envoûté par la beauté innocente qui perçait au-delà de la carapace d'acier, Siànan laissa sa main glisser contre la joue pâle, le rythme de son cœur suivant celui du souffle régulier perçant les lèvres de Combustor.

    Aussi longtemps qu'il se souvienne, Kulilaahn avait toujours représenté son monde. En grandissant, ils avaient joué au souverain et au valet, avaient si bien dissimulé leurs sentiments qu'ils les avaient oubliés derrière leurs armures de feu et de sang. L'absolu était devenu secret. Aujourd'hui, leur relation renaissait de ses cendres, déployait ses ailes pourpres et embrasait avec une passion dévorante tous ceux qui s'interposaient entre eux.
    Oui, pensa Siànan, Kulilaahn était un phénix. Son phénix.

    Un petit grognement endormi le tira de ses pensées et il croisa le regard embué de sommeil de son souverain.
    « Désolé de  vous réveiller, j'ai des choses importantes à vous dire. »
    Combustor maugréa dans sa barbe inexistante, passant une main sur ses yeux fatigués.


    « Quelle heure ?
    -Neuf heures. Vous vous êtes assoupi sur vos recherches. »
    Réalisant qu'il froissait la plupart de ses papiers, l'élémentaire se redressa précipitamment, jura entre ses dents et entreprit de ranger les feuilles étalées pêle-mêle sur les draps.
    « Je t'écoute, Siànan, fit-il en fermant les dossiers les uns après les autres. »
    Siànan soupira doucement. Aussi loin qu'il se souvienne, il avait toujours été celui qui annonçait les mauvaises nouvelles.


    « Wïane a désobéit. Elle a trouvé le repaire des elfes avant nous et je suppose qu'elle a dû déclencher un massacre. J'ai perdu sa trace en fin d'après midi, et elle filait vers le sud. »
    Face à lui, assit en papillon sur le lit, les coudes sur ses genoux, Combustor se massa les tempes, l'air infiniment concentré.

    « Ça confirme nos craintes. Elle doit avoir trouvé le moyen de faire sortir les elfes et compte entraîner les liés dans un piège.
    - Les piéger ? Pour les tuer ou les amener à l'Ombre ? 
    - Je l'ignore, admit Combustor en relevant les yeux vers son valet, mais je suis certain d'une chose : ni Wïane ni l'Ombre n'a véritablement saisi la puissance de ces deux-là s'ils s'unissent. Nous sommes les seuls à ne pas les sous estimer et voir à quel point ils sont imprévisibles et dangereux. A côté d'eux, Kaën n'était qu'un nourrisson capricieux. »


    Son regard quitta Siànan pour se perdre dans les flammes dansant joyeusement dans la cheminée.
    « Vous pensez qu'elle va s'en prendre à Black ?
    - C'est ce que je pense, effectivement. Pour l'Ombre, le Rhëeh est avant tout une menace à ses plans de conquête. S'il apprend à manier tous ses pouvoirs, nous aurions du souci à nous faire, nous aussi. Black est incroyablement jeune, peu habitué à la guerre et par conséquent facilement manipulable. Le calcul pour l'Ombre a dû être vite fait : le Rhëeh va les gêner et le piéger leur livrera Mynocia. C'est un festin livré sur un plateau d'argent, pour l'Ombre comme pour Wïane. Elle va s'en donner à cœur joie avec lui et si nous n'intervenons pas, les deux vont tomber dans le panneau.


    - Mynocia ne se laissera pas avoir par un piège aussi grossier.
    - Justement, c'est pour ça que c'est Black qu'elle vise. Mynocia a dû saisir la supercherie depuis longtemps, elle connaît l'Ombre et son mode de fonctionnement. Mais si c'est Black qui tombe dans le piège, elle va être obligée de suivre. Avec un peu de chance, Wïane ne les tuera pas tout de suite et nous pourrons intervenir. Mais si elle parvient à les avoir tous les deux, c'est notre plan à nous qui tombe à l'eau, Siànan. »
    Bien malgré-lui, le valet entendit clairement la peur transpercer à travers les mots du souverain.


    « Comment peut-on l'arrêter ?
    - L'arrêter ? Siànan, cette femme est intouchable. J'ai réussi à éliminer tous les partisans de l'Ombre au fil des années, mais Wïane ne s'est jamais laissé avoir par le poison ou les embuscades. C'est elle l'atout le plus puissant de l'Ombre, l'électron libre sans limite. Elle est imprévisible, contrairement à son Maître. Tu ne pourras pas la retrouver ou la poursuivre et encore moins l'arrêter. »


    Le silence s'installa quelques instants, seulement entrecoupé par les respirations régulières des deux élémentaires.
    « Nous ne pouvons pas l'arrêter, concéda Combustor en capturant le regard de son valet dans le sien, mais nous pouvons l'empêcher de s'allier et de trouver la moindre aide...
    - Du renfort ? L'Ombre a monté une armée ? »


    Réalisant soudainement qu'il venait de couper la parole à son Maître, Siànan s'excusa platement, baissant les yeux par réflexe sur les draps de soie noire.
    Combustor saisit son menton d'une main, relevant son visage vers le sien. Ses yeux brillaient de malice. Il avait l'exact regard du meneur de jeu. Une longueur d'avance. Un savoir entre ses mains. Qu'importe. Siànan se noya dans ce regard, dans cette assurance de victoire, son cœur pulsant furieusement dans sa poitrine. Ils avaient l'avantage.


    « Non, il n'a pas d'armée. Mais justement, il cherche des fidèles et Wïane va avoir besoin d'aide si elle veut capturer ces deux tornades surpuissantes. Réfléchis une seconde Siànan : elle est seule, elle a besoin de quelqu'un de discret, de manipulable car instable psychologiquement, qui ne parlera pas et obéira à ses ordres sous la terreur.


    - Ashes, murmura le valet dans un souffle, envoûté par les iris brillants si près des siens.
    - Touché, sourit Combustor en le dévorant littéralement des yeux, elle a disparu depuis que l'Ombre est revenue et Wïane va la poursuivre.
    - Je vais la retrouver, souffla Siànan, la convaincre de revenir vers vous et la placer sous ma protection. »


    Il n'eut besoin d'aucune confirmation. Les yeux de Combustor acquiescèrent à sa place. 
    «  Quand dois-je partir ?
    - Wïane ne la cherchera pas avant quelques jours. Tu enchaînes les missions depuis que Käen est mort. Repose-toi un peu. »
    Siànan sourit de nouveau. Combustor n'accordait jamais de repos à quiconque, y comprit lui-même. Mais ce n'était plus Combustor qu'il avait en face de lui, plus le brillant stratège et puissant souverain.
    C'était Kulilaahn, l'élémentaire de feu, l'homme auprès duquel il avait grandi et appris à aimer. L'homme pour qui il avait tout donné et qui, en retour, l'avait laissé pénétrer au-delà de l'épaisse cuirasse de mensonges qui avait été forgée pour lui.


    Siànan se pencha en avant et combla le peu de distance restant entre leurs deux visages, embrassant doucement les lèvres fines épousant les siennes.
    Qu'importaient Wïane, l'Ombre ou la guerre.
    Ils étaient les Maîtres.

    Chapitre 29

     

    « Où sont-ils ? OU SONT-ILS ? YAEL ? YAEEEEL ! »
    Les cris de Black se perdirent entre les arbres. Il ignorait depuis combien de temps il s'égosillait. Yael avait disparu. Le reste du monde aussi.


    Il courut, courut encore et encore, maltraitant ses poumons, sa voix éraillée et sifflante. Il s'enfonça de plus en plus profondément dans la forêt, le cœur battant à tout rompre, la panique suant hors de ses veines.
    Non, non, non, non, par pitié, c'était un cauchemar. Pas Yael. Pas Yael.
    « Black, arrête-toi ! BLACK ! »


    Il ignora complètement Mynocia qui le poursuivait, dévala une pente, parcourut la petite clairière du regard et s'élança de plus belle dans les ténèbres.
    Hors de question qu'il abandonne. Elle n'aurait pas Yael.
    « BLACK, J'AI DIT STOP ! »


    Une grande rafale d'eau suivit son cri et Black se retrouva propulsé à terre, heurta violemment un arbre et demeura là, trempé, le souffle court, le cœur au bord des lèvres, tremblant contre la terre.
    En deux enjambées, Mynocia était près de lui et le relevait de force.
    « Arrête tes conneries, cracha-t-elle, une main sur son épaule lui broyant les os tant elle serrait fort, on est hors du champ de protection et il est évident que Wïane a disparu ! »
    Black s'accrocha au regard turquoise. Le monde allait s'écrouler autour de lui d'un instant à l'autre.


    « Mais Yael. Y.Yael est ... Bégaya-t-il, incapable d'aligner trois mots.
    - On va le retrouver, déclara-t-elle, le ton dur, et la simple assurance dans sa voix suffit à lui permettre de retrouver son souffle. Mais d'ici, on ne peut rien. »
    Le justicier rouge ne répondit rien et se laissa traîner comme une poupée de chiffon dans la forêt, appréciant le rythme soutenu de Mynocia qui l'entraînait dans son sillage à travers les arbres. Soudain, le bouclier de protection apparut sous ses yeux et tous deux se retrouvèrent dans l'arrière cour pratiquement déserte. Seuls restaient Nelween, arrivée nul ne savait d'où, Ream la surveillant et Tom raccompagnant les Reflets de Lune et les derniers elfes.


    « BLACK ! »
    Le jeune homme sursauta lorsqu'Ellyre se mit à courir vers lui, trébuchant dans l'herbe avec ses talons hauts. Depuis l'indicent avec Mynocia, la jeune femme s'était tenue sensiblement à l'écart de lui.
    « Black ! Je ... Tom ne veut pas m'écouter mais ... Lâcha-t-elle dans un souffle, le visage rouge d'avoir trop crié. »


    Black sentit la colère le gagner. Ce n'était pas, mais alors pas du tout le moment. Il n'était pas d'humeur à écouter les jérémiades de la jeune femme.


    « Écoute Ellyre, laisse tomber, c'est vraiment pas ...
    - NON, toi, écoute-moi ! Coupa-t-elle, éloignant d'un coup de coude Tom qui s'était rapproché pour la faire reculer. ON PEUT LE FAIRE, scanda-t-elle. On peut poursuivre cette élémentaire ! »
    Black, qui allait se joindre à Tom et la repousser, s'immobilisa.


    « Quoi ?
    - Je l'ai entendue s'enfuir, Nawi et Liam l'ont vue et reconnue aussi, j'ai sa signature magique, à tous les trois ont peut poursuivre son signal et voir où elle est allée, on peut la localiser ! Débita-t-elle furieusement d'une traite, s'éloignant de Tom d'un pas précipité qui manqua de la projeter à terre. »


    Un long silence suivit. Ellyre tentait de reprendre son souffle, son regard rivé sur le visage du justicier. Black échangea un bref regard avec ses amis.
    « Va les chercher. Vite, ordonna-t-il d'une voix ferme qu'il ne reconnut pas. »


    Ellyre hocha précipitamment la tête, enleva ses chaussures et détala à tout vitesse en direction du château.
    « Vous êtes conscients que c'est très probablement un guet-apens ? Souleva Tom en regardant ses deux amis.
    - Et alors ? rétorqua Black avec une agressivité qu'il ne se connaissait pas envers Tom, tu comptes rester là les bras ballants ? Pas moi. »
    Il reçut une grande gifle mentale à travers le lien et dévisagea Mynocia.


    « Tu vas te calmer Blacky, sérieusement, parce qu'on arrivera à rien du tout si tu fais ton chaton pas content. »
    Son regard lui glaça le sang. A être très proche de Mynocia, il en oubliait parfois à quel point elle pouvait être intimidante et effrayante.


    « Tom, reprit-elle en se radoucissant, je ne pense pas que cela soit un piège. L'Armée de Feu ne sait pas qui sont les Reflets de Lune ni quels sont leurs pouvoirs. En théorie, rien ne nous aurait permis de suivre Wïane. »


    Face à elle, le chef de guerre fronça les sourcils, pas franchement convaincu. Ça paraissait trop gros tout ça.
    Des bruits de pas précipités se firent entendre à l'autre bout de la cour alors que Black allait répliquer assez froidement. Ellyre, chaussée de petites baskets cette fois-ci, Nawi et Liam sur ses talons, courrait dans leur direction.


    Derrière eux, des épées et des dagues dans les bras, Jhi-Laim peinait à suivre le rythme.
    « Où était-elle exactement la dernière fois que vous l'avez vue ? Demanda Nawi à brûle pourpoint avant que quiconque n'ait put ouvrir la bouche. »


    Mynocia l'invita à la suivre d'un signe de main et refit de mémoire le trajet qu'avait fait Black en cherchant Yael quelques minutes plus tôt.
    « C'est ici, déclara-t-elle en passant ses doigts sur la marque qu'avait laissé sa dague en se plantant dans l'arbre. »


    Sans perdre un instant, Nawi s'agenouilla dans l'herbe, caressant le sol de ses doigts.
    « J'ai une signature très forte ici »
    Sa main s'était arrêtée au dessus d'un trou formé dans l'herbe par les flammes.
    Aussitôt, Ellyre et Liam tombèrent à leur tour dans l'herbe et joignirent leurs mains à celles de Nawi, posant leurs doigts liés sur le sol.


    « Prêts ? »
    La voix de la jeune femme, étrangement amplifiée, résonna jusqu'au château. Liam et Ellyre acquiescèrent silencieusement, la tête baissée. Le silence suivit et quelques longs instants s'écoulèrent.
    Black fronça les sourcils. Ca ne marchait pas, là, leur truc ?


    A l'instant où il allait demander à Nawi ce qu'il se passait, un arc-en-ciel jaillit de leurs paumes posées contre le sol, serpentant entre leurs trois corps, s'enroulant autour de leurs doigts.
    « Reculons, fit la voix de Mynocia à sa droite, nos présences pourraient les gêner. »


    Black fit un pas en arrière, fasciné par la puissance magique qui se dégageait du trio.
    Son cœur sembla se calmer un instant. Tout allait s'arranger, les Reflets de Lune allaient trouver.
    Pourtant, rapidement, il commença à trouver le temps long. Yaël avait été enlevé depuis plus d'une heure et il tremblait rien que d'imaginer l'état d'angoisse du petit elfe ...


    Sentant sa peur, Mynocia glissa sa main dans la sienne et se rapprocha de lui. Profitant de la proximité de Tom, le justicier rouge saisit la main du chef de guerre et attira ses deux amis contre lui.
    La main de la guerrière glissa dans ses cheveux, massant doucement l'arrière de son crâne.
    « Ça va aller Blacky, on va retrouver Yael. »


    Dans ses bras, le dénommé trembla de plus belle, ses paumes moites glissant l'une sur l'autre.
    « J'suis désolé pour la façon dont je vous ai parlé, bredouilla Black en inspirant fortement, incapable de calmer l'angoisse qui envahissait son corps et paralysait son cœur. »
    Ni Tom ni Mynocia ne répondirent, préférant tous deux serrer Black plus fort contre eux.
    « On va le sauver ce petit ange, tu verras. »


    Le chef de guerre était si proche, si chaud, si doux et sa voix si calme et assurée, que Black décida de fermer les yeux un instant et de le croire.

    « Elle est à trois heures de marche plein nord, et elle ne bouge plus depuis dix minutes. »
    La voix de Liam ramena le trio sur terre, Tom et Mynocia s'écartèrent de Black, réalisant au passage que Ream, Nelween et Jhi-Laim étaient toujours là. »


    Les trois Reflets de Lune, épuisés, en sueur, semblaient avoir couru un marathon de deux jours.
    « Très bien, on y va, décréta Black en partant à l'aveuglette en direction du nord. 
    - Blacky, primo, tu vas vers l'Est là, et secundo il est hors de question de foncer dans le tas les mains dans les poches, recadra Mynocia en dévisageant Jhi-Laim qui avait ramené avec lui armes, équipements et protections.


    - Ellyre m'a dit que vous alliez poursuivre Wïane, éluda le prince face aux quelques regards surpris qu'il récolta, et même si ni moi ni la Reine n'approuvons l'idée, nous savons que nous ne pourront vous en empêcher alors autant que vous soyez équipés. » 


    Jhi-Laim sourit doucement en tendant à Black une dague et une épée. Le jeune homme attrapa les armes, les mains toujours tremblantes.
    « Ream et Nelween viennent avec vous, ordonna le Prince. Avec le bazar que Wïane a semé ici, je ne peux pas venir mais vous aurez besoin de protection. »
    Tom hocha la tête. Son frère pouvait compter sur lui pour prendre le groupe en main.

    « Je vais rester, proposa Liam, pour vous guider de la source de pouvoir que nous possédons si jamais vous vous égarez. Je vous appellerais si sa position bouge. 
    - Tu nous appelleras ? Comment ? Demanda Black qui ne pensait pas que les reflets de Lune soient capables de télépathie sur de si longues distances.
    - C'est curieux que ce soit toi qui pose la question, releva Nawi en sortant un téléphone portable de sa poche. »

    Oh, oui, effectivement. Un portable. Tout simplement. Il avait trop souvent tendance à oublier que les reflets de lune étaient avant tout trois humains.
    « Qu'est-ce que c'est ? Interrogea Tom, intrigué par l'objet en plastique noir qui semblait pouvoir résoudre un de leurs problèmes majeurs.


    - Tom, je t'adore, mais on a pas le temps pour un cours sur le monde humain. Nawi, Ellyre, prenez une dague chacune et tâchez de rester constamment sous protection, fit Mynocia en resserrant le fourreau de son épée autour de ses hanches. »

    Tom laissa tomber sans pour autant détacher son regard du téléphone, Jhi-Laim leur donna des pierres d'Emal et le groupe partit, suivant les directives de Nawi et Ellyre.


    Une heure. Une heure qu'ils marchaient dans les bois, dans la nuit glaciale et terrifiante. A chaque minute qui s'écoulait, Black sentait sa peur grandir, dévorer son estomac et ronger son cœur. Et s'ils ne le retrouvaient pas ? Et s'ils arrivaient trop tard ? Et si ...


    « Black, stop. »
    Mynocia suivait sa panique en direct.
    « Pourquoi on ne vole pas ? On irait plus vite ... Geignit Black qui trouvait que le groupe avançait trop doucement. 


    - Ellyre et Nawi ne peuvent pas voler et Ream et Newleen ne tiendraient pas longtemps, Blacky. »
    Il sentit dans sa voix qu'il commençait à sérieusement l'exaspérer. Qu'importe. Ils devaient avancer plus vite.
    « Pourquoi on ne les porte pas, alors ? »


    Cette fois-ci, Mynocia perdit patience.
    « Oh, mais c'est vrai ! Pourquoi marchons-nous ? Quelle formidable idée Blacky ! Et si tu essayais ? »
    Cela faisait longtemps que Black ne l'avait pas entendu aussi cynique. Pourtant, il décida de tenter le coup et accéléra le pas, s'approchant d'Ellyre qui marchait en tête de cortège avec une boussole, lui proposa de tenter de voler avec elle et la souleva dans ses bras lorsqu'elle accepta timidement.


    Le groupe s'arrêta, dévisageant Black, Ellyre dans les bras, qui avait fermé les yeux pour se concentrer. Ses pieds décollèrent du sol et la jeune femme glapit, s'accrochant à son cou. Il réalisa avec effarement qu'il n'arrivait pas à voler à plus d'un mètre du sol et encore moins à avancer. Une force semblait l'en empêcher, multiplier le poids d'Ellyre par mille. Il réunit toutes ses forces pour se reposer doucement à terre, abasourdi.
    « C'est bon, t'as fini de nous faire perdre du temps pour rien ? »


    Il ignora superbement Mynocia, s'excusa auprès d'Ellyre et le groupe se remit en marche. Il ne comprenait pas. Il savait voler et parvenait à porter avec lui des objets de plus de trois fois son poids ! Alors pourquoi diable Ellyre ne décollait-elle pas ?


    « Ce sont vos énergies, expliqua Tom qui s'était retrouvé à sa hauteur. Vous possédez des pouvoirs tous les deux et pour te résumer ça grossièrement, vos forces s'annulent. C'est pour ça que tu peux porter des objets ou des humains. Ellyre et Nawi ont beau être humaines, elles sont trop puissantes. »
    Black fit la moue, remerciant Tom d'un signe de tête, penaud d'avoir ralenti le groupe.


    Deux heures de plus s'écoulèrent. La peur était devenue insupportable. Ils étaient sortis de la forêt et traversaient à présent des champs immenses, dans la nuit noire, seulement éclairés par deux lanternes et les maigres lueurs qu'elles produisaient.


    Soudain, perçant l'abominable silence qui régnait sur le groupe, les premières notes de la cinquième symphonie de Beethoven retentirent dans l'étendue déserte.
    Derrière lui, Nelween sembla apprécier la mélodie et entreprit de chanter en boucle le petit extrait qu'elle en avait eu.


    « Allô ? »
    Black se crispa instantanément. Des mauvaises nouvelles, sûrement.
    « Je t'entends super mal, Liam. Oui, c'est ça ... Attends je te l'envoie. Tu l'as eu ? Oui, parfait. Quoi ? ... Je t'entends vraiment mal. A l'Est ? Il y a une colline devant. Oui. Comment ? D'accord, merci. »
    Nawi raccrocha. A ses côtés, Tom siffla d'admiration entre ses dents.


    « On va dans la mauvaise direction, cria Nawi pour être entendue de tout le monde. Il faut qu'on passe cette colline et que l'on continue vers l'est ! »
    Pour toute réponse, Nelween continua de chanter en boucle son petit extrait. Ellyre éclaira le cadran de sa boussole avec la lumière de son portable et le groupe se remit en marche.


    Quand ils eurent passé la colline, ils découvrirent avec surprise qu'une bâtisse se dressait là, seule au milieu des champs. La maison, aux airs d'ancien manoir, était plongée dans une lueur orangée produite par les feux crépitant à l'entrée et aux fenêtres. Pourtant, aucun élémentaire n'était en vue.


    « Je ... je n'entend personne, bredouilla Ellyre dont l'œil droit diffusait un petit arc en ciel.
    - Aucun élémentaire ? Souleva Tom.
    - Je suis sûrement trop loin, murmura la jeune femme. Nawi ?
    - J'ai un mouvement, mais très flou, rien n'est sûr. Nos pouvoirs peuvent très bien être altérés par la distance ou les murs. »


    Ellyre hocha la tête.
    « Bon, très bien. Nawi et moi, on se dirige vers la porte. Black, tu couvres à droite, Myn à gauche. Ream, tu protèges Ellyre et Nelween, arrête de chanter tu vas nous faire repérer, et protège l'arrière. »
    Les ordres de Tom convinrent à tous.


    A la surprise générale, aucun élémentaire ne les attendait en embuscade. Le groupe finit par se réunir devant la porte que Nawi était en train de déverrouiller.
    «  Sinon on met un coup de latte dedans, ça ira plus vite ... proposa Mynocia.
    - Où as-tu appris à faire ça ? S'étonna Ellyre en dévisageant le geste expert de la jeune femme qui crochetait la serrure.
    -L'espionnage. C'est comme le vélo ces trucs là, tu peux pas vraiment les perdre. »


    Nawi se recula et la porte s'ouvrit doucement sans un bruit. Le groupe entra.


    « Tu reconnaîtras Mynocia, que c'est quand même plus discret. »
    La guerrière haussa les épaules. Sa méthode marchait aussi.


    Black, prêt à attaquer au moindre signe, la main sur son épée comme tout le reste du groupe, sentit la panique sourde revenir au galop dans ses veines. Pourquoi n'y avait-il personne dans ce foutu repaire ? Pourquoi était-il éclairé ? Pourquoi avait-il la désagréable impression qu'ils étaient attendus ?

    La première chose qui frappa le Justicier Rouge en entrant fut l'odeur fétide et brûlante qui planait dans l'air et qu'il se trouva incapable d'identifier. L'air autour d'eux semblait crépiter, régurgitant sur eux une odeur de soufre et de sang dans une chaleur insupportable.


    Son estomac déjà noué à l'extrême se tordit violemment et il plaqua une main contre sa bouche pour s'empêcher de vomir.
    « Ellyre, reste dehors, ordonna Nawi en serrant son foulard contre son nez, nous auront besoin d'un guet. »
    Peu encline à demeurer un instant de plus dans cette fournaise puante, Ellyre hocha la tête et disparût à l'extérieur.


    « Il va falloir qu'on se sépare, toussa Tom qui avait pénétré dans une sorte de vestibule. Myn et Black, faites cet étage. Je reste avec Nawi pour faire le premier et Ream et Nelween, vous faites le second s'il y en a un, sinon vous nous suivez. »


    Black et Mynoca se lancèrent un regard et défoncèrent la porte à leur droite, n'osant ouvrir la bouche de peur que leurs estomac se fassent la malle.


    Le repaire était immense, réalisa Black après plus de vingt minutes passées à courir et ouvrir des portes à la volée. Les murs sales, pales, ternes, défilaient inlassablement, les pièces malpropres et sordides s'enchaînaient et à chaque nouvelle porte, son cœur gonflait de peur et d'espoir. Il était en nage, épuisé et terrifié, et Mynocia à ses côtés ne valait gère mieux.


    BAM
    Une porte de plus tomba.
    « YAEL ? »


    Silence. L'espoir vola en éclat. Pièce vide.
    BAM.


    Encore une. La boule enfla dans son cœur une nouvelle fois.
    « YAEEEEL ? »
    Sa voix se brisa. La boule explosa de nouveau. Rien. Une vieille chambre répugnante et vide. Encore.
    BAM.


    La boule, de nouveau. L'air brûlant maltraitait ses poumons. Toujours rien. 
    Le désespoir survint sans prévenir et il se mordit furieusement les lèvres pour retenir un haut le cœur qui se transforma en sanglot.


    Soudain, un cri déchirant retentit au dessus de leurs têtes et il se sentit paralysé de l'intérieur. A ses côtés, Mynocia lui saisit le poignet, liant leurs âmes.


    « Epée à la main, à l'étage, surveille ta gauche. Garde le contrôle, Black. »
    Et sur ce, elle l'entraîna à toute vitesse dans les couloirs, serrant sa main à lui en faire craquer le poignet. Black ne voyait plus rien d'autre que le reflet de ses pupilles turquoise restées gravées derrière ses yeux.
    Alors qu'ils déboulaient près de la cage d'escalier, des bruits de course résonnèrent contre le parquet. Ream et Nelween. Arrivés avant eux.


    Black resserra la main de Mynocia. La fusion d'âme avait calmé ses tremblements mais ni la panique sourdre ni l'angoisse ne diminuaient.
    A l'étage, Tom hurla, un éclat de panique dans la voix.
    « NAWI ? Tout va bien ? Il n'y en a pas d'autres, ça va aller ! Il est mort ! »


    Des gardes ? Se demanda Black avant qu'il se sente Mynocia lâcher sa main.
    « TOM ? QUE SE PASSE-T-IL ? »


    Enfin, le haut des escaliers. La voix de l'élémentaire à sa droite.
    « ON L'A TROUVÉ, hurla Nawi, la voix toujours tremblante, SECONDE PIÈCE, VOTRE DROITE ! »
    Le cœur de Black s'arrêta un instant. Le soulagement déferla brusquement dans ses muscles.
    Dieu merci.


    Entraînant Mynocia à sa suite, il se mit à courir en direction de la voix de Nawi.
    « Stop. »
    Black s'immobilisa. Tom, face à lui, couvert de sang, se dressait en rempart devant la porte de la salle. Le chef de guerre avait rangé ses armes. Trop surprit pour protester, Black dévisagea le corps sanguinolent d'élémentaire abandonné contre le mur.


    « Myn, vas-y. Mais pas toi. »
    La voix de Tom était inhabituellement ferme et son regard éteint.
    Black ouvrit la bouche et la referma. Mynocia lança un regard interrogatif à Ream qui baissa les yeux et lui ouvrit la porte en se mordant les lèvres.
    Et puis tout s'écroula.

     

    Le faible entrebâillement de la porte suffit pour que son regard se faufile dans la pièce. 
    Du sang. Du sang avait éclaboussé les murs pâles en formant un étrange W.
    La porte claqua aussitôt. Black sentit l'effroi paralyser tout son être.
    « Laisse moi le voir, murmura-t-il d'une voix blanche, le regard figé sur la porte fermée.
    - Non, Black. »
    La voix de Tom cogna durement contre son cœur.
    « C'est terminé, il est mort. Recule. »


    Cette fois-ci, son regard quitta le bois pour rejoindre les yeux de Tom.
    « Qu. quoi ? »
    Sa voix avait dérapé et il s'en foutait.
    Incapable de comprendre, il fit un pas en avant. Immédiatement, le chef de guerre sortit son sabre, faisant barrière de son corps.
    Black sentit son cœur se fendre brusquement.

    C'était. Quoi. Ce. Délire.

    « Laisse moi passer, Tom ! »
    Avait-il crié ? Était-ce sa voix ?

    « Non »
    L'épée sous ses yeux se rapprocha de sa gorge.
    « LAISSE. MOI. PASSER ! »
    Il ne laisserait personne l'empêcher de sauver Yaël.


    « CA SUFFIT MAINTENANT, aboya le chef de guerre en voyant que l'air crépitait autour de lui. »
    C'était la première fois que Tom hurlait ainsi, et la surprise le cloua sur place presque aussi violemment que la douleur.
    « JE TE DIS NON, continua-t-il sur le même ton, ALORS POUR UNE FOIS TU TE TAIS ET TU OBÉIS ! »
    Ce n'était même plus Tom. C'était le Prince, le chef de guerre, seulement.
    Assommé, comme déconnecté du monde, Black ne protesta pas, regardant sans la voir Mynocia sortant de la pièce, les mains rouges de sang.
    C'était faux. C'était une blague. Yaël ne pouvait pas être mort. Pas lui.
    Il refusait d'y croire.


    Brusquement, un rire fou se fit entendre à l'autre bout du couloir et Tom se recula. Le cœur en miettes, battant à lui en déchirer le thorax, Black vit Nelween se réceptionner en dérapage, un sourire dément dévorant son visage, brandissant quelque chose dans son point droit, sifflotant entre ses lèvres les notes de la symphonie.
    « Eh, j'ai trouvé l'œil ! Il manque quoi encore ? J'adore ce jeu ! »
    Le temps sembla suspendu.
    Son cœur s'était arrêté.


    Dans le poing de la jeune femme se trouvait un globe visqueux et sanguinolent, apparemment arraché à mains nues de son orbite.
    La réalité éclata comme une bombe.
    Yael, mort. Yael, torturé. Yael, démembré.
    C'en fut trop. Il se convulsa subitement, rendant son repas sur le parquet.
    Au loin, dans un autre plan de l'existence, des voix résonnèrent.


    Il s'était relevé, les larmes menaçant de déborder de ses yeux. Il s'en foutait.
    L'effroi paralysait ses muscles, irriguait ses os d'un froid insupportable. Tétanisé, incapable de bouger, il ne chercha même pas à repousser la vague de fureur qui monta en lui.
    Mu d'une force nouvelle, il reprit contrôle de son corps et se dirigea tout droit sur Nelween, laissant la douleur dicter ses gestes.
    Arrivé à la hauteur de la princesse, il lui décrocha un tel coup de poing qu'elle en tomba à terre. Son rire ne fana même pas.


    Dans une autre dimension de l'univers, il sentit Ream lui attraper le bras et l'envoya s'encastrer dans le mur d'une simple pensée.
    Face à lui, l'œil tomba sur le sol dans un affreux bruit de succion.
    Il leva de nouveau le poing.
    Nelween. Frapper Nelween. Le reste n'existait plus.
    Alors qu'il allait de nouveau cogner ce rire affreux et démentiel, Black se sentit propulsé en arrière, loin de la princesse. Mynocia, les yeux fermés, l'eau tourbillonnant autour d'elle, résistait à son pouvoir et l'avait éloigné de Nelween.


    « Nawi, évacue Black de là s'il te plaît et allez prendre l'air. Blacky, j'arrive, vu ? ET POUR LA DERNIÈRE FOIS NELWEEN, LA FERME ! »
    Il sentit vaguement que Ream s'était précipité aux côtés de la princesse et que Nawi l'entraînait par l'épaule.
    Ses pieds avançaient tous seuls. Il ne voulait pas sortir, il ne voulait pas ! Il voulait rester, rester auprès de Yael !


    Son corps ne réagit même pas et il se laissa trainer à l'extérieur. Sa force, son énergie, sa volonté, tout avait été drainé hors de lui.
    Il ne faisait même plus chaud.

    Quand ils se retrouvèrent dehors, il ne vit même pas l'air horrifié d'Ellyre. Il entendit vaguement Nawi lui ordonner d'aller aider à l'intérieur, la porte grincer et la jeune femme disparaître. Doucement, ne voulant pas le brusquer, Nawi s'assit par terre en l'entraînant avec elle.
    Le contact de la terre humide sur ses fesses ne le fit même pas frissonner.
    La haine et la colère étaient retombées d'un coup.

    Il avait juste froid.
    Tellement froid.

    «Respire profondément, murmura Nawi en posant sa veste sur ses épaules. »
    Il obtempéra aveuglement, claqua des dents et sentit l'air glacé de la nuit s'infiltrer dans ses poumons. Un cauchemar. C'était un cauchemar.
    « Est-ce que ... est-ce que c'est vrai ? Bredouilla-t-il en se recroquevillant sur lui-même, le dos appuyé contre le mur glacial. »


    Par un quelconque miracle, Nawi parvint à comprendre le véritable sens de sa question.
    « Oui, c'est réel. »
    Sa voix était douce et apaisante.
    Mais c'était réel. Réel, le sang sur les murs. Réelle, la torture. Réelle, la mort de Yaël.   
    De nouveau, son estomac se souleva et il se pencha pour vomir dans l'herbe. De la bile. Il n'avait plus rien dans le ventre.
    Sans mot dire, Nawi lui tendit un mouchoir qu'il attrapa en tremblant.
    « M.M.Merci »
    Sa voix se brisa. Les sanglots l'envahirent et il se mordit le poing, incapable de contrôler les violents spasmes qui secouaient son corps.


    Yael. Son Yael.
    Ce petit être innocent, tué à cause de lui.
    Ses dents percèrent la chair de sa main et le goût métallique du sang lui envahit la bouche.
    « M.ma f.f.faute, tout ça c'est m.m.ma faute, hoqueta-t-il en essuyant rageusement les larmes qui débordaient de ses yeux.
    - Non, Black, répondit doucement Nawi en passant une main autour de ses épaules. C'était un ange. Et les anges ne peuvent être sauvés. »
    Les larmes redoublèrent. Le gouffre à côté de son cœur venait encore de s'agrandir.
    « J'aurais v.v.voulu y arriver.
    - A le sauver ? »


    Il hocha la tête, pressant ses paumes moites contre ses yeux.
    « On aura beau essayer, on ne pourra jamais y parvenir. Leur place n'est pas sur Terre. »
    Black renifla. Il y avait dans la voix de Nawi une sombre douleur qui allait au-delà de la simple compassion.
    « T.T.Toi aussi, tu as échoué ? »


    Leurs regards se rencontrèrent. Nawi avait les yeux d'un marron tirant sur le vert, réalisa-t-il.
    « C'était injuste. Elle avait toujours tout donné aux autres sans jamais rien recevoir en échange. Et rien que je ne puisse dire, rien que je ne puisse faire ne me la rendra. J'ai essayé de la sauver. J'ai perdu mon cœur dans la bataille, et j'ai échoué. Parce qu'il y a des choses que l'on ne peut pas empêcher.
    - C.C.Comment s'appelait-t-t-telle ? 
    - Sue. Elle était espionne avec moi avant que je ne rentre dans la police. Tuée par un groupe de mafieux que nous avions infiltré. Elle était tout ce que j'avais, et on me l'a arraché. »
    Black ferma les yeux, laissa les larmes couler et posa sa tête sur l'épaule de Nawi. Il n'en pouvait plus de cette guerre.


    D'abord Lysia, ensuite Sean, et maintenant Yael ?    
    « Ça va aller, tu verras. »
    Les doigts de Nawi caressaient ses cheveux. Ses paroles, sa tendresse, sa douce chaleur lui rappelèrent soudain les promesses intenables de Lysia, ses étreintes maternelles et réconfortantes quand rien n'allait plus.


    Un autre ange. Lysia. Encore un qui avait payé le prix fort de ses bêtises et ...
    Il s'immobilisa. Le signe. Le signe sur le mur. Le signe dans le donjon de Sean. Sur la paume de Lysia.
    « Nawi, murmura-t-il précipitamment, est-ce que tu peux m'aider à vérifier quelque chose ? »
    A ses côtés, la jeune femme se redressa, les sourcils froncés.


    -Je .. le signe sur le mur, tout à l'heure, cet espèce de W. Je crois l'avoir déjà vu. Tu peux vérifier ? 
    - Black ... Je ne peux pas. Cela voudrait dire entrer dans tes souvenirs, expliqua-t-elle, et je n'ai pas le droit de faire ça. »
    « S'il te plaît, implora-t-il. Je veux savoir. J'ai besoin de savoir, tu comprends ? »
    Une longue minute s'écoula. Qu'aurait-elle fait, elle, si des années en arrière, on lui avait donné le pouvoir de venger Sue ?
    « Je risquerais de voir certaines choses, admit-elle finalement, que tu ne voudrais pas que je voie.
    - Je m'en fiche, insista Black. J'ai besoin de savoir, Nawi. S'il te plaît. »
    Elle céda. Elle aurait tout donné pour pouvoir se venger. Elle n'avait pas le droit de refuser à ce jeune homme ce qu'elle aurait tué pour posséder.


    Black lui tendit ses mains qu'elle joignit aux siennes. L'arc-en-ciel jaillit et Black se retrouva ébloui, la vue devenue blanche, le monde s'effaçant autour de lui.
    Puis, aussi soudainement que l'arc en ciel avait fusé, les champs réapparurent.
    « Black ? Tout va bien ? »
    Une larme avait roulé le long de la joue sombre de la jeune femme.
    « Je ... Qu'as-tu vu ?
    - Les trois signes sont identiques. »


    Le cœur de Black se serra furieusement dans sa poitrine. Ainsi, il avait vu juste. C'était Wïane, l'assassin de Lysia et de Sean. Elle, qui depuis le début, détruisait sa vie.
    « Merci Nawi, murmura-t-il en la serrant doucement contre lui au moment même où la porte s'ouvrait sur Mynocia »


    Instantanément, la guerrière vit qu'il ne pleurait plus. Ses yeux bleu roi brillaient d'une haine pure et animale.
    « Blacky, appela Mynocia comme on parle à un animal blessé alors que Nawi s'effaçait légèrement, la vengeance ne le ramènera pas. »
    L'ignorant complètement, il attira l'élémentaire contre lui, plongeant sa tête dans son cou. Il ferma les yeux, baignant dans l'odeur familière de la guerrière.


    Elle soupira en lui rendant son étreinte, parfaitement consciente qu'il l'avait entendue sans l'écouter.
    Parce que cette fois-ci, il n'oublierait pas.

    Wïane ne lui prendrait plus personne. Jamais.

    Chapitre 29

     

    « Maître ?
    - Entre, Wïane, c'est ouvert. »
    La porte s'ouvrit dans un long grincement et Wïane s'inclina. Assis comme à son habitude au bout de la table de bois, l'Ombre la salua d'un bref hochement de tête.
    « Assied-toi, j'ai des choses à te dire. »


    Le ton était encore plus glacial qu'à l'ordinaire et Wïane frissonna sous la puissance de l'homme.
    « Kaën est mort. »
    De son siège de marbre Wïane garda le silence, les yeux rivés sur la table.
    « Kaën est MORT, sûrement tué par L'Insaisissable. Comprends-tu ce que cela signifie ? L'Insaisissable va revenir et sans ma seconde vie, je suis vulnérable ! Le livre que tu m'as ramené ne contient rien, pas même une piste ! Alors j'espère pour toi que tu me rapportes de bonnes nouvelles ! »


    « Maître, objecta la Primaire alors que la fureur de l'Ombre faisait des étincelles dans l'air, Kaën n'a pas été tué par l'Insaisissable, mais par Siànan.
    -Comment ? Scanda l'autre, sa voix basse pétrifiant de peur l'élémentaire. C'est impossible, Wïane ! Kulilaahn est sous mon contrôle !
    - P.Peut-être était-ce avant votre retour, dans ce cas, proposa Wïane en reculant sensiblement.
    - Qu'importe. Cette vermine est sous mon commandement à présent. Quelles sont les nouvelles ?
    - Mon plan touche à sa fin, enraya rapidement la primaire, heureuse de changer de sujet. Nous pourrons bientôt nous débarrasser du Rhëeh et de Mynocia. 
    - Tu ne comptes pas les capturer seule tout de même ?
    - Non, mon Maître, bien sûr que non, je vais retrouver Ashes et la forcer à m'aider. Je pensais les torturer tous deux, tuer le Rhëeh et vous livrer Mynocia vivante. »


    Ses yeux brillèrent d'une folie intense et l'Ombre sourit, passant la main dans ses longs cheveux noirs. A l'éclat de ses yeux, Wïane sut qu'elle avait eu raison.


    « J'ai par ailleurs découvert récemment que les Elfes pouvaient me localiser. J'ignore comment ils s'y prennent, mais je compte bien en profiter. Avec ce que je lui ai fait, reprit-elle, Black va me traquer. Je vais donc attendre simplement qu'il vienne de lui-même jusque dans le piège. »


    L'Ombre dévisagea son bras droit quelques instants. Wïane semblait un peu trop sûre d'elle et ils ne pouvaient plus se permettre de se tromper.


    « Et s'il ne vient pas ? Souleva-t-il en attendant la réaction de la Primaire.
    - Soyez-en assuré, il viendra. Même Mynocia n'aura pas le choix. 
    - Tu as intérêt à ce que cela fonctionne, Wïane, menaça l'Ombre. »


    Oh, ça, oui, elle le savait. Le Maître ne supporterait pas un second échec.
    Elle était confiante. Il n'y avait aucune raison que ce plan là échoue.
    Sauf si l'Insaisissable décidait de sortir à ce moment-là de son hibernation, souffla une petite voix dans sa tête.


    Depuis trente ans, l'homme semait chaos et discorde sur son passage et jamais personne n'était parvenu à simplement le poursuivre. Certes, il était un élémentaire relativement puissant mais sa force n'égalait en rien la sienne ou celle de son maître.


    Seulement, L'Insaisissable n'avait aucune faiblesse, aucun sentiment et un talent incroyable pour le camouflage et les effets de surprise. Ses armes, sa magie et sa grande connaissance du monde lui conféraient des oreilles absolument partout.

    Et avec l'Insaisissable dans les parages, il suffisait d'une seule seconde pour que tout s'effondre.


    Chapitre 29

     

    Mihaje resserra les pans de son châle contre elle, frissonnant lorsque l'air humide de la cascade éclaboussa son visage. La petite clairière, très loin du Q.G. de Cristal, se situait bien plus au nord et l'air y était bien plus frais.


    Elle était partie du château lors de la nuit aux mille étoiles, juste après la fermeture de l'Aléthéia, profitant de l'euphorie générale pour s'éclipser discrètement, son sac prêt depuis des jours à la main. Elle ne voulait pas que Jhi-Laim ou Clia s'interpose. Au fond, elle savait pertinemment que jamais la Reine ou le Prince ne l'aurait laissé partir s'ils savaient ce qu'elle s'apprêtait à faire. Bien que le trajet ait été assez court grâce à ses pouvoirs, elle ne pouvait se permettre de s'absenter trop longtemps car son absence serait vite remarquée et elle ne tenait pas à aggraver son cas.


    La jeune femme admira le décor sous ses yeux : perdue en pleine forêt, l'immense cascade éclaboussait un petit lac peu profond qui continuait sa course dans un petit ruisseau en contrebas. Maintenant qu'elle y était, l'endroit lui semblait évident pour une cachette ; une grotte derrière une cascade. Bien sûr. C'était presque aussi gros que de cacher un soldat en première ligne : redoutablement efficace.
    Le vent balaya la clairière d'une vague fraiche et le reflet de la lune dansa à la surface de l'eau, arrosant l'herbe alentour de haillons argentés.


    L'Elfe retira ses chaussures, souleva ses longues robes blanches et entra dans l'eau, se dirigeant vers la cascade. Il fallait passer par l'eau, elle le sentait.
    Ralentie par les tissus flottant derrière elle, l'eau lui montant aux cuisses, elle finit par se retrouver face à la cascade, éclaboussée par de grands jets d'eau.


    Elle déploya un bouclier d'énergie autour d'elle pour ne pas se blesser et tendit la main à travers le jet.
    Ses lèvres s'étirèrent en un petit sourire satisfait : il n'y avait pas de pierre au-delà de la barrière d'eau.
    Toujours protégée par son bouclier, elle fit un pas en avant et se heurta à une sorte de marche de pierre. Gravissant l'obstacle, elle traversa pour de bon la cascade et se retrouva de l'autre côté. Elle se sécha d'un mouvement de main et détailla l'endroit : une grotte sombre et humide, plongée dans la pénombre.
    Au loin, une lueur surgit des ténèbres, irradia la grotte et elle suivit sa direction, s'enfonçant plus profondément dans la montagne.


    Ses pieds nus claquaient contre la pierre froide et humide et elle finit par distinguer une torche accrochée au mur. Arrivée à la hauteur du feu, elle s'arrêta. Sur sa droite se déployait une somptueuse pièce, garnie d'or, d'argent et de métal.
    Des épées, des sabres, des dagues et des armures s'accumulaient dans tous les coins, ornés pour la plupart de pierres précieuses scintillant à la lumière du feu. Dans une cheminée creusée à même la pierre ronronnait paisiblement un chatoyant brasier, disposé juste derrière un atelier de forgeron.
    « Entrez Mihaje, je vous attendais. »


    La voix suave et rauque résonna dans la pièce. Face à l'elfe, un homme sortit des ténèbres, tenant entre ses mains gantées une lourde épée semblant être sa dernière création.


    « Phonem, salua la femme d'un signe de tête.
    - Oh, et vous connaissez mon vrai nom de surcroît ? C'est de plus en plus intéressant, sourit le dénommé en posant l'épée à terre, voyez-vous, ces crétins enflammés m'ont attribué un surnom qui leur fait tellement peur qu'ils en ont oublié mon véritable nom. 
    - Vous n'êtes pas si Insaisissable que cela pourtant, répondit Mihaje en dévisageant l'homme. »


    Aussi loin qu'elle se souvenait, au-delà des nombreuses histoires, Phonem lui avait toujours été décrit comme particulièrement bel homme. La carrure forte et musclée, l'élémentaire portait sur sa peau les marques de ses talents d'orfèvre et de forgeron. Vêtu de cuir noir laissant à la vue ses biceps et son cou, il se déplaçait avec une aisance traduisant sa puissance physique. Le visage aux traits fins et gracieux parsemé de cendres mais vierge de cicatrice, il portait ses cheveux violets courts et tirés vers l'arrière. Sur son front voguait le signe de son appartenance aux élémentaires de l'eau.


    Pas de doute, pensa Mihaje. Mis à part ses yeux magenta tirant sur le jaune, la ressemblance avec Mynocia était frappante.


    « Vous saviez où débuter vos recherches, je le concède, avoua le dénommé Phonem, mais si je n'avais pas souhaité être trouvé, vous ne seriez pas là.
     - C'est ce qui m'intrigue le plus, sourit Mihaje en rajustant sa longue robe.
    - Venez, fit l'homme en l'invitant à le suivre par l'embrasure d'un chemin, allons discuter. »


    Mihaje suivit l'élémentaire, s'engouffrant à sa suite dans les ténèbres des galeries.
    Tous deux surgirent dans une sorte de petit salon éclairé par de grands chandeliers sur les murs. Deux grands canapés trônaient au centre, noyés sous les fourrures et les couvertures.


    A l'instant où l'elfe s'aventura dans la pièce, un grand loup noir se jeta sur elle, sortant les crocs, prêt à l'attaque.
    « On se calme bestiole, elle est avec moi. »


    La voix de Phonem fit immédiatement reculer l'animal qui grogna mais s'écarta.
    « C'est ... C'est un fallendi ? »
    Mihaje n'en revenait pas. Elle pensait ces créatures disparues depuis plus d'un siècle !
    « Oui, acquiesça l'élémentaire en caressant l'animal, elle est venue à moi sous la forme d'une louve il y a de cela dix ans et elle ne s'est jamais transformée. Je pensais les fallendis du genre à changer de forme tous les deux jours mais on dirait que Lunen s'est habituée au loup. »


    Mihaje ne sut quoi répondre. Ces animaux possédaient un pouvoir immense selon les légendes. Que l'Insaisissable ait réussi l'exploit de se lier avec l'un d'eux dépassait tout ce qu'elle s'était imaginé.

    « Mais vous n'êtes pas là pour parler d'elle, fit Phonem en tombant sur son canapé, alors si vous me disiez plutôt ce qui amène une elfe aussi puissante que vous à venir fricoter avec un barbare comme moi ? »
    Mihaje s'assit sur le sofa en face de l'homme, sans toutefois parvenir à retirer son regard de la louve retournée s'asseoir aux côtés de Phonem.


    « J'irais donc droit au but, déclara-t-elle. Notre Reine est malade et nos guérisseurs clament qu'il n'existe aucun remède. Je sais que vous êtes un mage dangereusement puissant mais vous connaissez mieux que quiconque cette planète et c'est pour cela que je m'adresse à vous. »


    Le silence suivit. A côté de l'Insaisissable, la louve observait Mihaje comme si elle pouvait lire en elle.
    « Et pourquoi je vous aiderais ? Souleva-t-il en haussant les épaules.
    - Votre fille est parmi-nous. Si vous le souhaitez nous pourrions ...
    - Non, coupa Phonem, je me fiche de Mynocia. Vous pouvez la brûler, la découper en petits cubes et l'envoyer à toutes les longitudes de cette planète si ça vous amuse. »


    Mihaje fixa l'homme dans les yeux.
    « Il me semblait bien que vous diriez cela. C'est pourquoi j'ai ramené ceci, présenta-t-elle en sortant de sa robe une sphère en pierre noire »
    Immédiatement, Phonem se redressa du canapé dans lequel il s'était avachi.


    « Une pierre d'éternité ? Combien d'élémentaires du feu avez-vous massacré pour obtenir une telle légende ? 
    - Aucun, elle a été ramenée par l'armée après la mort d'Hibean et elle traine dans les coffres du château depuis lors. Tout le monde l'a oubliée. Elle sera à vous quand la Reine sera guérie. »


    Phonem dévisagea la pierre, tendant le bras pour effleurer sa surface brillante.


    « Incroyable, c'est une vraie.
    - Vous devez savoir que je suis réputée pour toujours respecter mes engagements, assura Mihaje en rangeant la sphère. 
    - Alors le marché est conclu, décréta Phonem. Je soigne votre Reine et vous me laissez le caillou. »
    Mihaje hocha la tête. L'Insaisissable n'avait jamais eu la réputation d'être un menteur. Un agitateur, un barbare et un fou, oui. Mais pas un menteur.
    « Bien. Décrivez-moi aussi précisément que possible les symptômes de votre Reine. »


    Rassurée, Mihaje exposa le plus précisément possible l'évolution de la maladie qui rongeait Clia. Phonem prit des notes en silence, jetant de temps en temps des regards à Lunen qui semblait suivre son cheminement de pensée.  Mihaje cita même les anti-sorts, onguents et autres médecines essayés en vain.
    «  Bien. Donnez-moi trente minutes. Déclara-t-il lorsqu'elle fut à sec d'informations potentiellement utiles. »
    Sur ce, il disparût dans une autre pièce, le fallendi sur ses talons. Mihaje demeura immobile sur le canapé et attendit.

    Vingt neuf minutes plus tard, l'homme revint dans son salon, sans la louve, une feuille gribouillée à la main.
    « Alors, fit-il en s'enfonçant dans les fourrures, j'ai trouvé une solution et elle risque de ne pas vous plaire. »
    Mihaje l'invita à poursuivre d'un mouvement de main. Elle était prête à tout pour Clia.


    « Il y aurait la fleur de fougère qui pourrait aider. Mauvaise nouvelle : elle ne pousse que pendant le solstice d'été. Bonne nouvelle : certaines poussent toute l'année à un endroit particulier. Bonne nouvelle : il est habité par une fée. Mauvaise nouvelle : c'est un affreux pervers qui refusera d'aider une femme sans la violer cinquante fois dans tous les sens auparavant. »


    Mihaje fronça les sourcils.
    « Une fée ? Je croyais que les humains les avaient exterminées.
    - Pas toutes, résolument.
    - Vous certifiez que ce ... cette ... fée ... Pourra nous aider si nous envoyons un homme ?
    - Il connaît mieux que quiconque la puissance magique et les plantes qui soignent ce genre de maladies.
    - Et que demandera-t-il en échange ?
    - De ce que je sais, c'est un grand malade obsédé par le miel. Amenez-lui en et il se prosternera à vos genoux. »
    Elle n'en revenait pas. Il suffisait d'envoyer un ou deux hommes de confiance avec du miel pour sauver la Reine ? 


    « Vous êtes sûr de vous ?
    - Avec la récompense que vous me proposez, je ne peux que l'être. »
    Mihaje sourit. Enfin, l'espoir renaissait.



                                                                                                 

    Chapitre 29

    FIN DU CHAPITRE 29



  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :