• Chapitre 32

    Chapitre 32

    CHAPITRE 32

    Cendres de Lune

    Chapitre 32


     
    Résumé du chapitre précédent : Aveuglé par sa haine envers Wïane, Black a foncé tout droit dans le piège tendu par celle-ci.Le QG des élémentaires de Feu est pris d'assaut et le jeune homme se retrouve très rapidement en mauvaise posture. Combustor le sauve in extremis, à la grande surprise du Justicier. Les combats s'enchaînent, et Black finit par retrouver le groupe de l'Armée de Cristal, venu à son secours après sa fuite. Au détour d'un couloir, Siànan surgit et plaque Mynocia contre un mur. Celle-ci semble ne pas s'en faire plus que de raison et le groupe reprend sa course vers la sortie. Sur leur chemin, ils capturent Ashes, restée inconsciente dans ses appartements après son combat contre Wïane. La bataille pour la liberté s'enclenche et rapidement, les Elfes sont dépassés. Lorsque Wïane prend part au combat, Black perd la raison. Consumé par son désir de revanche, il se jette sur elle et entame un combat sans merci. Il est presque à son niveau. Mynocia le rejoint, et la Primaire est obligée de battre en retraite : unis, les Liés sont invincibles. La scène se fige lorsqu'une des trois mages prend Mihaje pour cible. Immédiatement, L'Insaisissable apparaît, créant un vent de panique qui ravage les élémentaires, pour venir au secours de l'Elfe. Il blesse gravement Wïane qui disparaît du champ de vision des Liés. L'occasion est trop belle : le groupe profite de la confusion générée par l'arrivée de Phonem et saisit sa chance de courir vers la sortie. Mais Wïane s'est redressée, et lance en désespoir de cause une dague empoisonnée droit sur Black. Tom n'hésite pas une seconde et se plante devant lui en bouclier, la dague enfoncée dans le coeur. Il s'écroule dans les bras de Mynocia alors qu'un dernier souffle de vie passe ses lèvres...
     

    Chapitre 32

     « Allongez-le ici ! Mihaje, va me chercher Jhi-Laim, Nawi et Leïnae ! Je veux des couvertures, les trois premiers tomes de Magies du Monde et de la place ! Poussez-vous bon sang ! Black, Mynocia, reculez, vous me gênez ! »
    La voix paniquée de la Reine résonna dans tout l'hôpital. Elle hurla de nouveaux ordres, en elfique cette fois-ci, à l'attention des trois soigneurs qui avaient accouru à toutes jambes. Black ne l'écoutait déjà plus. La main pâle de Tom avait glissé de sous les draps, pendant mollement vers le sol, son bras entier veiné de noir.
    Il n'y avait plus de vie dans ce corps. Plus que la trace sombre et infernale du poison mortel qui avait dévoré ses organes.
    Mort. Tom était mort.
    Il se fit brusquement bousculer par Nawi et Jhi-Laim et se retrouva au sol, projeté sur les fesses sur le carrelage gelé. Il ne se releva même pas, incapable de bouger, de parler, de respirer, de vivre autrement que par le reflet du corps inerte posé devant lui. Le monde autour de lui tournait étrangement, dévoré par les ténèbres. Il n'y avait plus aucune couleur. Rien que du gris. Du gris sur les visages, dans les yeux, dans son cœur.
    Jhi-Laim laissa échapper un sanglot, penché sur le cadavre de son frère, ses doigts fins tremblant violemment, retraçant le chemin dessiné par le poison dans les veines du chef de guerre. Ses doigts couraient sur la peau presque blanche, caressant les joues bleutées, embrassées par la mort.
    « Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Balbutia-t-il faiblement, la voix rauque, cherchant une réponse dans les blessures sur le visage de perle.
    — Wïane. Une dague empoisonnée, bredouilla Mynocia tant bien que mal »
    Le ton inhabituel de la guerrière fit sortir Black de sa torpeur quelques instants.
    Il y avait Clia, Jhi-Laim, et des elfes. Étaient-ils au QG ? Quand étaient-ils rentrés ?
    Pourquoi était-il rentré avec eux ?

    Jhi-Laim inspira profondément à l'instant où un soigneur laissait tomber trois ouvrages massifs sur une table à proximité de la Reine. Celle-ci se rua sur les livres, maudissant ses doigts tremblants, fouillant à toute allure les informations étalées sous ses yeux.
    « Combien de temps ? Demanda le Prince à Mynocia qui avait fermé les yeux, son poing serré sur ses lèvres, tentant de reprendre le contrôle de ses émotions.
    — Un peu plus de trois heures, répondit la guerrière après avoir jeté un rapide regard à la montre accrochée à sa taille »
    Le Prince hocha la tête, bénissant la jeune femme et ses réflexes. Sans son décompte précis, tout aurait été perdu.
    Derrière eux, Clia serpentait de ses doigts fins des lignes et des lignes de manuscrit à toute allure, sa fatigue soudainement oubliée.
    « Le poison, s'écria-t-elle soudain, l'index immobilisé sur un mot précis, l'a-t-il évacué ? »
    Mynocia fouilla à toute vitesse dans sa mémoire, repassant en accéléré les trois dernières heures.
    « Non, non je ne crois pas. »
    Sur ce, la Reine replongea dans les livres poussiéreux, jurant entre ses dents, des larmes plein les yeux.
    Mynocia se mit à faire les cent pas dans la chambre d'hôpital, se rongeant l'ongle du pouce jusqu'au sang, laissant son esprit rejouer en boucle l'attaque.
    « Le processus ne s'enclenche pas, paniqua Jhi-Laim en énonçant l'évidence, pourquoi le processus ne s'enclenche-t-il pas ?! »

    Un grand éclat résonna dans la pièce, faisant sursauter le Prince et la Reine. La chaise lancée par Mynocia vola à travers la pièce avant de se fracasser contre la fenêtre. Nawi surgit derrière elle, tentant de la calmer, mais la guerrière ne l'écouta même pas.
    « Lâche-moi, Nawi, LÂCHE-MOI ! C'est cet enfoiré ! C'est L'Insaisissable, j'en suis sûre ! Je l'ai VU toucher sa main lorsqu'il s'est écroulé ! »
    A bout de souffle, les muscles tendus à l'extrême sous la peur et la colère, elle se passa les deux mains dans les cheveux, incapable de se maîtriser.
    « Si le processus de sa seconde vie ne s'enclenche pas dans l'heure, il ne reviendra pas. »
    La voix blanche de la Reine pétrifia la pièce. Tous les regards convergèrent en direction de la silhouette pâle étendue entre les draps. Les traits de Tom étaient détendus, paisibles, presque sereins. Sans les rainures violacées serpentant sur tout son corps et le sang collé à ses cheveux, il aurait eu l'air de dormir.
    Sur son front, le signe de la terre avait disparu. Il était coincé dans l'Entre-Mondes.

    Black, toujours assis sur les fesses, regarda sans la voir Mynocia reprendre ses foulées interminables.
    Il ne pouvait pas y croire. Il ne voulait pas y croire. Il ne pouvait pas perdre Tom, c'était impossible. Pas après Lysia, après Sean, après Yael. Perdre Tom, il ne pourrait pas s'en remettre.
    D'un instant à l'autre, le chef de guerre allait ouvrir les yeux, leur adresser un regard perdu, et lui sourire doucement, avec ce regard tendre qu'il avait toujours pour Mynocia et lui.
    Tout redeviendrait comme avant. Cette réalité-là, sans Tom, n'était pas la sienne. Tom ne pouvait être un fantôme. C'était invivable.
    Autour de lui, les elfes transformés en ombres dansaient. Leurs corps n'étaient plus que des silhouettes, plus que des visages sans identité. Les jurons de Mynocia, les gestes frénétiques de la Reine, les paroles dénuées de sens de Jhi-Laim, tout cela n'était pourtant que trop réel.
    Il était réellement, cruellement, en train de perdre Tom.

     

    Chapitre 32

     

     «  Ses deux parents étaient des élémentaires purs, énonça Clia d'une voix tremblante, lisant à toute vitesse des années de recherches sur les secondes vies des élémentaires, j'en suis certaine ! Il a une seconde chance, c'est forcé, alors pourquoi le processus ne s'enclenche-t-il pas ?! Ce satané livre ne sait-il donc rien ?! »

    Jhi-Laim, resté au chevet de son petit frère, posa sa paume à plat sur le torse du chef de guerre, fermant les yeux, sa magie irradiant de tout son être, fouillant le corps sans vie sous ses doigts.
    « Il y a une barrière, lâcha le Prince, stoppant les tours infernaux de Mynocia.
    — C'est Phonem, cracha la guerrière. Je vais le retrouver et lui arracher les os à mains nues. »
    Son ton était polaire. Sa haine vibrait jusque dans l'air.
    « Tom, p'tit frère, reviens, implora Jhi-Laim, la voix dévorée par les larmes. »

     

    Chapitre 32

    AMBIANCE

    Chapitre 32

     

     Les minutes s'alignèrent. Les sanglots du Prince se tarirent, et la Reine finit par envoyer valser les trois tomes de Magies du Monde à l'autre bout de la pièce pour aller serrer son fils dans ses bras, tous deux tenant fermement la main sans vie du chef de guerre.
    Black ferma les yeux.
    « Plus que cinq minutes. »
    La voix de Nawi était empreinte de douleur et de résignation. Elle sonna comme un coup de feu, et Mynocia jaillit de la chaise sur laquelle elle était tombée.
    « Très bien, ça suffit maintenant, Tom. Je me fiche que tu sois coincé dans ton esprit, que ce salopard de Phonem ait foutu une quelconque barrière dans ta caboche. Tu n'as pas le droit d'abandonner, pas le droit de nous laisser. Black ne se remettrait jamais de ta mort et moi non plus. On a besoin de toi, en vie et auprès de nous, alors maintenant tu vas remuer tes fesses et sortir de là. Tu m'as fait une promesse cette nuit-là, tu te souviens ? Aujourd'hui est le bon jour pour l'honorer. Je n'en ai rien à foutre du destin, des prophéties ou des secondes vies. Je suis là, Tom, et c'est moi et moi seule qui te conduirai à la mort quand il sera temps. »
    Elle reprit son souffle quelques instants, saisissant les doigts du chef de guerre dans les siens.
    « Laisse-moi t'emmener, Tom. Je te donnerai cette terre d'or dont tu rêves. »
    Leurs doigts se lièrent en fusion d'âmes.
    « Je te le promets »

    Black rouvrit les yeux.
    Quelque chose tambourinait au fond de lui, chuchotait contre son cœur, serpentait dans sa poitrine.
    Ça l'appelait, l'entraînait.
    Instinctivement, Black sut. Un être pulsait contre son cœur, réveillé par les paroles de Mynocia.
    « Deux minutes. »
    Soudainement, son monde resté gris se teinta de bleu. Le justicier se redressa.
    Il n'était plus maître de son corps.
    « Brise le mur. »
    Sa voix était grave, envahie par la Bête qui galopait encore au fond de lui, plantant ses griffes dans ses os, lacérant ses organes.

    La Bête siffla brusquement et il la sentit remonter chacun de ses muscles, serpenter sur ses os, finissant sa course au creux de ses mains. Elle chuchotait, rassurante, brûlante, voguant dans ses veines.
    Elle voulait sortir.
    Alors Black lui laissa le contrôle.
    Le feu bleu jaillit de ses doigts, fonçant droit sur Tom, dévorant son corps inerte de flammes immenses. Des soigneurs hurlèrent, Mynocia se rua sur lui mais la Bête refusa qu'elle l'approche.
    Le mur. Brise le mur, pensa-t-il de toutes ses forces.
    Black ferma les yeux, soudainement à court d'air, laissant l'inconscience l'emporter au moment où Clia hurlait.
    « PROCESSUS ENCLENCHÉ ! »

    Chapitre 32

     Siànan se cambra sur les dalles, mordant sa lèvre au sang pour s'empêcher de hurler de douleur. Il y avait tout un monde entre passer la moitié de sa vie à soigner les blessures de son maître et expérimenter lui-même les effets du Sortilège. Il tenta de reprendre son souffle, s'étouffant dans son propre sang.

    L'Ombre l'avait piégé et il se retrouvait à sa merci, à se retenir tant bien que mal de crier alors que sa peau semblait bouillir sur ses os. Siànan ferma les yeux.
    C'était donc cela qu'avait vécu Kulilaahn toute sa vie ? Cette douleur insupportable qui lui donnait envie de supplier l'Ombre de l'achever ?
    « Tu vas parler, oui ?! »
    La voix de Fuxan s'éleva dans l'air, mordante, menaçante.
    Le valet se redressa sur un coude, crachant aux pieds du Grand Roi le sang qu'il avait gardé en bouche. L'Ombre n'obtiendrait rien de lui, avec ou sans son attirail de torture. Derrière lui, Wïane jura à son tour et il sourit en croisant son regard. Sa petite entrevue avec L'Insaisissable lui avait coûté un bras avant qu'elle ne prenne la fuite et que l'Armée de Cristal ne fuie.
    Les coups tombèrent de nouveau et Siànan se recroquevilla sur lui-même, le souffle coupé par la violence des attaques. Sous ses yeux clos dansait l'image du sourire de Kulilaahn.Courage, lui murmura sa voix.

    Il ne flancherait pas.

     Il avala de l'air en grandes goulées, du sang lui collant au menton et lui brouillant la vue. Fuxan s'accroupit à ses côtés, agrippant ses cheveux d'une main, obligeant leurs regards à se rencontrer.
    « Tout d'abord j'apprends que tu copules joyeusement avec mon héritier, après que tu es le Prince déchu, le bâtard de ce traître de Zaphir que j'ai cherché pendant des années, et maintenant que tu as dérobé la plus puissante de nos armes. Dis-moi, pour lequel mérites-tu d'être écartelé ? »
    Le dénommé ne trembla même pas, et offrit un sourire sanglant au Grand Roi.
    « Kulilaahn n'est pas votre héritier. »
    L'instant suivant, il était de nouveau roulé en boule sur les dalles, se tordant de douleur.
    « CA SUFFIT ! »

    L'Ombre s'arrêta net, suivant des yeux la voix qui venait de commettre l'outrage de l'interrompre.
    « Kulilaahn. »
    Le nom fut craché entre eux et Siànan se redressa tant bien que mal pour faire face à son maître. Il s'agenouilla aux côtés de son valet, déroulant son foulard de son crâne pour le presser contre la blessure la plus inquiétante de l'élémentaire.
    « Appuie fort, lui murmura-t-il, je m'occupe de toi après.
    — Kulilaahn vous ...
    — Chht, fais-moi confiance. »
    Il se redressa, et les deux Rois se firent face.
    « Remets ton foulard. »
    Combustor rit doucement, se rapprochant de l'Ombre d'un pas décidé, les yeux rivés dans les siens.
    « Vous ne supportez donc plus la vue de votre propre échec ? Je suis peut-être un enfant du silence, mais j'ai au moins le mérite de ne pas me noyer dans mes propres mensonges. »

    Le sort fusa à toute allure et Kulilaahn fut projeté à terre, quelques mètres plus loin.
    « Tu m'as bien caché, toutes ces années, que ton valet était le bâtard du traître ! Tout ce temps, il était sous notre nez, et maintenant, il dérobe nos armes pour pactiser avec l'ennemi ! Eclata l'Ombre en le rejoignant en quelques enjambées. »
    Combustor se releva, surveillant Wïane du coin de l'œil.
    « Nos armes ?
    — Le médaillon et l'épée ont disparu. Si un seul de ces objets se retrouve chez les elfes, je te le ferai payer, et tu regretteras le jour où tu es né !
    — Oh, vous voulez dire que je le regretterai plus que vous ? »
    Le cynisme et le ton clairement sarcastique déplurent fortement à son grand-père qui l'envoya de nouveau au sol.
    Kulilaahn sourit. Rongée par sa douleur, l'Ombre était devenue au fil des années de plus en plus facile à manipuler.

    « De quoi avez-vous donc si peur ? Coassa Combustor, une main serrée conte son flanc sanglant. De l'Insaisissable ? De la mort ? Ou bien de vos propres mensonges ? »
    Fuxan se rapprocha, un air dangereux dans les yeux.
    « Tu n'es pas venu ici juste pour fanfaronner, Kulilaahn. Que veux-tu ? 
    — Vous avez raison, admit Combustor, je suis venu vous trouver pour une bonne raison. Parce qu'à ce rythme, non seulement vous allez perdre la guerre mais aussi la dernière vie qu'il vous reste. Alors soit vous m'écoutez, soit je vous laisse agoniser et notre empire tombera aux mains d'un gamin prépubère. »
    L'Ombre haussa les sourcils.
    « Et pourquoi t'écouterais-je ?
    — Parce que je peux vous offrir ce qui vous a été pris par Hibean. Je peux vous rendre votre seconde vie. »
    Kulilaahn ne manqua pas l'étincelle qui s'alluma dans le regard si semblable au sien face à lui. C'était gagné.

    Le Grand Roi s'immobilisa, les pans de son long blouson noir frappant contre ses cuisses. Il dévisagea son petit-fils, blessé, l'air tout à fait sérieux.
    « Parle, ordonna-t-il durement, prêt à lancer de nouveau le Sortilège.
    — Seul à seul, objecta l'autre homme en dévisageant Wïane. Et qu'elle s'assure que Siànan soit rentré au QG sain et sauf, en un seul morceau, soigné, et le plus rapidement possible. »
    Aussitôt, les deux valets protestèrent, refusant chacun d'abandonner leur Roi. Siànan se hissa sur ses jambes, les genoux tremblants, du sang dégoulinant sur son visage. Wïane se rapprocha de l'Ombre, protestant bruyamment.
    « Assez ! coupa-t-il, ramenant le silence. Fais ce qu'il dit, Wïane. »
    Siànan, désormais proche de son maître, lui glissa :
    « Ne restez pas seul avec lui, qui sait ce qu'il pourrait vous faire ... »
    Kulilaahn pressa discrètement ses doigts contre les siens un instant, le poussant doucement à s'éloigner de lui
    « N'aie crainte Siànan, il ne pourra pas me tuer. Après tout, tant qu'il voudra bien y croire ... Je reste son héritier.»

    Chapitre 32

    Lorsque Black reprit conscience, il était allongé sur un lit d'hôpital, débarrassé de ses vêtements sanglants. Le soleil perçait doucement par la fenêtre, projetant des haillons dorés sur ses doigts teintés de bleu. Il se redressa précautionneusement, son sang pulsant douloureusement dans son crâne. Le bout de ses doigts était bleu. C'était quoi ce délire ? Il se transformait en extraterrestre ?! 
    Soudain, les souvenirs déferlèrent en lui en une grande vague incontrôlable et le problème de ses mains lui sortit immédiatement de la tête.
    L'attaque, Wïane, la dague, le poison. Tom, mort pour lui, à cause de lui. Et puis soudainement, le Q.G. Les cris de Jhi-Laim, le désespoir de la Reine et la panique de Mynocia.
    Black s'expulsa du lit, titubant, se rattrapant de justesse au mur. Il écarquilla les yeux. Ses mains, brûlées au troisième degré par Wïane, étaient complètement guéries. Bleues, mais guéries. Son bras en revanche, où le mage avait arraché sa peau, le brûlait toujours malgré les bandages elfiques.
    Le feu lui revint en mémoire.
    Par tous les dieux, mais qu'avait-il fait, encore ?

    La porte s'ouvrit sur Jhi-Laim et Black se rua sur le Prince, fouillant ses yeux, bredouillant des excuses, des phrases sans fin. L'elfe finit par l'interrompre, et lorsque Black rencontra ses yeux clairs, séchés de larmes, il soupira de soulagement.
    « Mynocia est avec lui. Suis-moi »
    Il tomba dans les bras de l'elfe, ses jambes ne le portant plus. Le soulagement, l'euphorie et la joie étaient si forts qu'il ne parvenait plus à les contenir.
    Tom était vivant. Tom était vivant.
    Il laissa Jhi-Laim l'entraîner dans les couloirs, se retenant à grand-peine de courir et se forçant à suivre les foulées bien trop lentes du Prince.
    Cependant,  à quelques pas de la porte, la douce euphorie disparut, remplacée par un poids de plomb tombant sur sa poitrine. Il était entièrement responsable de toute cette situation.
    Arrivé devant la porte, il eut presque envie de rebrousser chemin, de fuir à travers les bois et de ne jamais revenir.
    « Entre, invita Jhi-Laim en lui ouvrant l'huis de bois. »
    Le cœur curieusement au bord des lèvres, Black obéit.

    La première chose qui le frappa fut la pâleur de son ami. Il était si pâle, si frêle, que Black crut un instant qu'il avait rêvé et que Tom était resté accroché aux bras de la mort.
    Mais ses yeux carmin étaient ouverts et se posèrent sur lui à son entrée.
    Mynocia bondit de son siège en le voyant arriver, se rua sur lui et lui décrocha une droite magistrale qui le projeta à terre. Sonné, le justicier resta pétrifié au sol, la main droite plaquée sur son œil douloureux, le regard fixé sur le carrelage. Il allait avoir un joli coquard pendant au moins deux bonnes semaines après ça.
    « J'espère que tu es content de ton coup ! Siffla-t-elle, tu vois où ça mène tes crises de gamin ? Oh, regardez-moi, je suis Black, je suis malheureux, et comme je suis seul au monde, je n'écoute personne et je risque la vie de tout le monde en faisant n'importe quoi ! La prochaine fois, tu m'écouteras, Black Anderson, avant qu'on finisse tous par être tués à cause de tes conneries. »
    Il se ratatina sur le sol, laissant les mots le poignarder, écrasé par la culpabilité.
    Mynocia leva de nouveau le poing, prête à frapper.
    « Myn ... Stop, implora la voix cassée de Tom qui s'était redressé sur les coussins. »

    Plus que tous les coups qu'aurait pu lui asséner Mynocia, ce fut la voix brisée du chef de guerre qui l'acheva. Une fois de plus, c'était la guerrière qui avait raison, sur toute la ligne. Il n'était pas passé loin de tuer Tom, dans son accès de rage et d'égoïsme. Il serra les dents, retenant les larmes de toutes ses forces. Il ne se le pardonnerait probablement jamais.
    Soudainement, la main de Mynocia agrippa son bras droit et le tira sur ses pieds. Il tomba sur une chaise à côté de Tom, le regard fixé sur ses doigts. Il n'osa pas lever le regard.
    Il se sentait misérable.
    Black appuya doucement sur son avant-bras blessé à travers les bandages, appréciant la douleur qui parcourut son corps. C'était plus simple, la douleur physique. Plus gérable que le tumulte chaotique de son cœur.
    Il voulait fuir, disparaître, sortir de leurs vies avant de leur faire trop de mal. Un instant, il envisagea sérieusement l'idée. Mynocia et Tom seraient sûrement plus en sécurité loin de lui.
    « Black ... »
    Il serra les mâchoires, sans succès. Les larmes surgirent et il les ravala de toutes ses forces. Ce n'était pas sa place, de pleurer. Il devait s'excuser, se racheter, chercher le pardon, trouver un moyen de le conquérir. Mais son cœur ne voulut rien entendre. Il mordit férocement son poing, tentant de rattraper son souffle, de déloger l'énorme boule coincée au creux de sa gorge.
    Les doigts de Tom se posèrent sur les siens, le forçant à lâcher sa main. Ses dents avaient percé la peau.
    Son estomac se serra violemment. Il sentait le pouls faible de son ami sous ses doigts.
    « Regarde-moi. »
    Black en fut incapable.

    Il retint un gémissement qui résonna dans sa gorge, hochant frénétiquement la tête. Il ne pouvait pas croiser son regard. Tom était mort par sa faute.
    Black serra les doigts fins entre les siens, hoquetant, les larmes débordant malgré lui de ses yeux. Il porta doucement les phalanges à sa bouche, embrassant chacun des doigts nacrés sous ses lèvres, bénissant la chaleur qui s'en dégageait.
    Et si Tom était véritablement mort, qu'aurait-il fait ? Comment aurait-il pu vivre après ça ? Continuer à marcher seul, avec le fantôme d'un ami mort de sa main ?
    A quoi aurait ressemblé le monde, sans Tom ? La pensée le terrifia.
    Soudainement, l'air vint à lui manquer et il inspira bruyamment, s'étouffant à moitié dans ses larmes. Il ne pouvait plus respirer, il ne pouvait plus respirer, il ne pouvait plus respirer ! Sa poitrine le comprimait affreusement et il réalisa qu'il tremblait violemment, la main de Tom serrée compulsivement dans la sienne. La peur lui dévorait le corps et il sembla entièrement perdre le contrôle de ses muscles, cherchant de l'air en panique. Son cœur tambourinait trop fort, il allait lâcher !

    La main de Tom voulut se soustraire à la sienne et il la rattrapa, incapable de respirer correctement, les yeux exorbités, inspirant l'air en de longs râles difficiles. Il allait mourir comme ça ? D'une crise cardiaque ?
    L'instant d'après, Mynocia était à ses côtés, son odeur tout autour de lui, et elle parlait, mais il ne comprenait rien. Ses larmes redoublèrent, obturant sa gorge.
    Qu'est-ce qu'il se passait ?
    « Blacky, écoute-moi »
    L'ordre résonna en lui et il ouvrit les yeux, rencontrant le visage flou de Mynocia.
    « Tu es avec nous, en sécurité. Tom est vivant. C'est terminé. »
    Sa voix était claire, distincte, et il s'y accrocha.
    « Maintenant tu vas caler ta respiration sur la mienne, d'accord ? »
    Il hocha la tête, incapable de répondre. Il l'entendit expirer lentement et l'imita, son monde se réduisant à son souffle.
    Au bout de quelques minutes, la pièce sembla cesser de tourner et il se retrouva serré contre Tom, sans comprendre ce qu'il venait de se passer.

    « Tu as paniqué Blacky, tout va bien maintenant. »
    Mynocia était juste derrière lui. Il inspira profondément, rassuré par la chaleur de Tom contre lui. Une crise de panique, donc. Superbe. Cela ne lui manquait pas.
    « C'est pas parce qu'on t'en veut que l'on ne t'aime plus, patate. »
    Il n'y avait plus de rancœur ou de colère dans la voix de Mynocia. Il releva les yeux, rencontrant enfin le regard de Tom. Il ne brillait dans les yeux carmin qu'un éclat confiant.
    « Tu n'es pas tout seul, Black, murmura le chef de guerre, la voix encore rauque, en repoussant doucement le justicier de son épaule pour lui faire face. Tout ce que je souhaite, c'est que tu le comprennes. Le reste, ce sont mes choix. Je me reprendrais cette dague. »
    Son souffle se coupa de nouveau.  La force de l'amour de Tom venait de lui exploser au visage. Lui aussi, réalisa-t-il, se serait jeté devant son ami en bouclier. Lui non plus n'aurait pas réfléchi, pas hésité, et aurait trouvé la mort sans peur sachant que Tom aurait été sauf. Il l'aurait fait pour Tom comme il l'aurait fait pour Mynocia.
    Il se serait sacrifié. Pour eux, parce qu'il les aimait.
    Et depuis le début, Tom était là. Un roc, un bouclier, un protecteur infaillible. Mais lui, en retour, qu'avait-il été pour son ami sinon une gêne, un poids, un poignard ? Il avait joué avec ses sentiments sans le savoir, les attisant à coup d'espoirs et les piétinant de tout son poids la seconde suivante.
    Tom l'aimait et ne plaisantait pas. Tom l'aimait et il n'avait pas été foutu de respecter ça.

    Qu'aurait-il pu faire d'autre, sinon donner sa vie à cet homme en retour ? Qu'aurait-il pu répondre à une telle déclaration muette, une telle promesse ?
    Tom et Mynocia avaient toujours été là. Même après ses crises, après ses erreurs. Ils étaient ses deux piliers, ses deux fondements, sans lesquels il aurait déjà sombré.
    Black saisit la main de Mynocia et l'attira contre lui, poussant la guerrière à ses côtés dans les bras de Tom.
    « Je ne vous abandonnerai plus. Plus jamais, souffla le justicier, je vous le promets »

     

    Chapitre 32


     Sans crier gare, la Bête surgit de nouveau à l'intérieur de lui, poussant contre ses doigts. Elle s'échappa, fuyant par ses mains, embrassant leurs trois corps pressés les uns contre les autres. Le feu grandit autour d'eux, serpentant sur leurs peaux, retraçant le contour de chaque âme. Le feu bleu chuchotait toujours, et cette fois-ci, Black tendit l'oreille. Il n'avait plus peur de cette entité glissée en lui comme un second élément.
    Il reposa sa tête au creux de l'épaule de Tom, et le feu vira au rose, caressant les mèches noires. L'instant d'après, il retournait sagement au creux de son ventre, ronronnant doucement.
    « BLACK ! »
    Le cri de Tom le fit sursauter et il leva les yeux vers ses deux amis qui le fixaient comme si une seconde tête lui avait poussé dans le dos.
    « Bein quoi ? »
    Le chef de guerre lui lança un regard mi-choqué mi-réprobateur et Mynocia, qui s'était écartée, une main crispée sur son bas-ventre, tomba sur une chaise en soupirant à en fendre l'âme.
    « Vous allez vraiment finir par me tuer tous les deux. »

    « Est-ce que ... Est-ce que c'est ça que tu as fait tout à l'heure ? »
    Tom fixait les doigts de Black d'un air sincèrement perdu.
    « Fait quoi ?
    — Tu viens, pour la seconde fois de la journée Blacky-bear, de réveiller l'Aléthéia. » 
    Le dénommé écarquilla les yeux. Cette présence au fond de lui, c'était le feu sacré ?
    « Tout à l'heure, poursuivit Mynocia, juste avant de t'écrouler comme une masse, tu as envoyé l'Aléthéia droit sur Tom, et ça a activé le processus. Je pense que tu en as intégré une partie durant la Nuit aux Mille Étoiles, et que le mot « promesse » le réveille. »
    Black sentit son cœur rater un battement. La bête au fond de lui venait de gronder doucement à l'entente du mot. Il n'avait pas signé pour ça lui !
    « Je suppose donc que je te dois des remerciements pour m'avoir ressuscité ? »  
    Tom souriait. Black réalisa, un peu tard, qu'il aurait donné sa vie pour ce sourire.

    Le silence n'eut pas le temps de tomber entre eux que déjà deux coups étaient frappés à la porte.
    « Entre, Jhi-Laim ! »
    Le Prince poussa la porte de bois, examinant automatiquement l'état de son petit frère, incapable de se retenir de sourire en voyant Black assis sur le lit à ses côtés.
    « Tu as repris des couleurs, remarqua l'elfe, soulagé de voir que l'élémentaire était en voie de guérison »
    Le regard noisette du Prince se perdit quelques instants sur les doigts de Black et Tom restés emmêlés dans les couvertures, mais il ne fit aucune réflexion et se tira une chaise, se joignant à Mynocia.
    « J'aimerais que tu te reposes, au moins pendant quelques jours, fit-il de sa voix de soigneur, jetant un regard aux liés comme s'il les soupçonnait d'être une source de problèmes pour Tom. Et j'aurais besoin de vous deux, poursuivit-il. L'élémentaire que vous avez ramenée du Q.G. s'est réveillée et vous aviez dit la connaître si je ne m'abuse ?
    — Oui, acquiesça Mynocia en se levant pour leur servir à tous les quatre un verre d'eau, que Tom prit avec des doigts tremblants, Leïnae nous a en quelque sorte forcés à rentrer dans sa tête lors de l'attaque du château. »

     
    Jhi-Laim sembla digérer l'information, perdu dans les minuscules vagues à la surface de son verre.
    « J'aimerais que vous preniez part à l'interrogatoire.
    — Je n'y vois pas d'inconvénient, fit Mynocia en haussant les épaules, consultant Black d'un regard.
    — Venez avec moi alors. Essaie de dormir un peu pendant ce temps, petit frère. J'ai installé Clia dans la chambre juste à côté de toi, elle se repose aussi, mais si tu as besoin de quoi que ce soit, tu sais que tu ne la dérangeras jamais. »
    Tom lui renvoya son sourire, se renfonçant dans les couvertures, regardant son frère adoptif et ses deux amis sortir de la pièce. Il ferma les yeux, sombrant immédiatement dans le sommeil. Il avait des choses à leur dire, à tous les deux ... Mais cela attendrait.

    Chapitre 32

     

    Chaud. Elle avait chaud. Étrange.
    Elle ne pensait pas que la mort puisse laisser son corps ressentir la chaleur. Ce n'était même plus la chaleur brûlante, mordante, agressive, des flammes qu'elle connaissait si bien. C'était doux, agréable, et ça l'entourait comme un cocon.
    Peut-être était-ce cela, le toucher de la mort ?
    Une étreinte chaude et protectrice ?
    Wïane était-elle donc parvenue à ses fins et l'avait-elle laissée, agonisante, sur les dalles de ses propres appartements ?
    Elle tenta de remettre un peu d'ordre dans sa mémoire. Elle se souvenait de leur dispute, du combat terrible qui l'avait laissée en sang sur le sol ... Puis de l'immense explosion qui avait fait trembler le Q.G. et pâlir Wïane. La Primaire avait juré entre ses dents et l'avait frappée au sommet du crâne. Après, c'était le trou noir. Peut-être n'était-elle pas morte, après tout, mais juste assommée ?
    Dans ce cas, elle devait encore être allongée sur le sol froid de ses appartements, probablement depuis des heures. Mais alors, pourquoi diable avait-elle chaud ?
    Ashes ouvrit les yeux.

     

    Chapitre 32

     

    Un plafond blanc. Inconnu.
    Elle n'était plus au quartier général.
    Ashes se redressa lentement, ralentie par la douleur irradiant de tous ses muscles, observant l'étrange pièce dans laquelle elle avait atterri.
    Une chambre d'hôpital elfique, déduit-elle devant la quantité de végétaux et de babioles inutiles dégringolant des étagères. Elle tenta de se relever pour s'échapper le plus vite possible de cet enfer, mais elle fut retenue par de lourdes chaînes fixées à ses poignets et reliées à son lit.
    Elle était prisonnière. Otage de l'Armée de Cristal ?
    Depuis quand les elfes récupéraient-ils des élémentaires de feu pour en faire des prisonniers ? De ce qu'on lui avait dit, les elfes étaient passés maîtres dans l'art de tuer, pas de torturer !
    ... Était-ce cela, qui l'attendait ? Des séances interminables de torture pour lui arracher quelques précieuses informations ?
    « Désolé pour les menottes, fit une voix à sa gauche. C'est un ordre du Prince. Il ne voulait pas que tu puisses te servir de tes pouvoirs ... La dernière fois, tu les as presque tous tués, de ce que j'ai compris. »

    L'homme semblait être sorti de nulle part. Il lui parlait calmement, familièrement, comme si elle n'était pas une élémentaire de feu en terres elfe.
    « Je m'appelle Liam, se présenta l'inconnu en rangeant des fioles bariolées dans un tiroir, c'est moi qui t'ai rafistolée quand tu es arrivée ici. Je sais pas ce qui t'est passé dessus comme ça, mais c'était pas du joli ! »
    Ashes le dévisagea, hésitant entre la peur et la curiosité. La carrure droite, les cheveux bruns, l'air d'avoir tout vu et tout vécu, l'homme semblait dénoter dans l'environnement elfique.
    Il était humain, réalisa-t-elle avec stupeur. C'était un fichu humain qui la détenait prisonnière ?
    Elle tira rageusement sur les menottes magiques, réalisant que tous ses pouvoirs étaient bloqués. Et puis d'abord, qu'est-ce qu'un humain faisait donc chez les Elfes ? Depuis quand ces créatures acceptaient-elles des barbares dans leur Royaume ?
    Le dénommé Liam se rapprocha, posant un flacon rose fuchsia à côté d'elle. Elle lui lança un regard meurtrier.
    « Pas la peine de t'énerver dessus, ça ne bougera pas. Elles ont été conçues spécialement pour les élémentaires, de ce que j'ai saisi. »

    « Il faudra que tu prennes ça avant ce soir, continua-t-il en désignant la mixture fluorescente d'un geste de main. Cela devrait aider à guérir tes plus grosses blessures. Cela te fait toujours mal je suppose ? »
    Il avait l'air étrangement concerné, comme si sa santé le préoccupait vraiment. Ou bien était-ce simplement une manipulation habile pour lui faire croire que le Royaume Elfe et ses habitants n'étaient pas qu'un peuple sournois et dangereux ? Elle hocha doucement la tête. La douleur était largement supportable.
    « Par contre, reprit Liam d'un air sincèrement désolé, je n'ai rien pu faire pour tes jambes ... J'ignore s'il existe un remède elfique pour cela, mais je vais me renseigner. »
    Qu'avaient-elles donc, ses jambes ? Elles ne lui faisaient pas mal !
    Son cœur rata un battement. Toute la partie au-dessous de ses hanches ne lui répondait plus.

    Le désespoir l'envahit sans prévenir. Qu'était-elle, sans ses jambes ? Comment pourrait-elle être encore utile à Combustor après ça ? Comment pourrait-elle simplement vivre, elle qui avait été élevée pour se battre, pour tuer ?
    Elle repoussa furieusement les larmes qui montaient à ses yeux. Liam ne manqua pas sa moue et s'assit sur le lit à ses côtés, tentant de croiser son regard.
    « Eh, ça va bien se passer. On va trouver une solution à tout ça, d'accord ? En attendant je vais te fabriquer un fauteuil roulant, pour que tu puisses te déplacer sans trop de problème. »
    Ashes attrapa ses yeux, incapable de comprendre pourquoi cet homme se montrait si doux avec elle. Elle lui lança un regard interrogateur, espérant qu'il comprendrait.
    « Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda-t-il, perdu. »
    Raté.
    Elle pointa sa gorge, puis sa bouche, et mima une croix. Liam sembla saisir.
    « Tu ne peux pas parler ? Réalisa-t-il un peu bêtement. Comment est-ce que ... ? C'est depuis que tu t'es réveillée ou avant ? »

    Elle fit un geste de main ample derrière son épaule, et cette fois-ci, Liam comprit.
    « Avant, donc ... Attends, je vais te chercher de quoi écrire ! »
    Il disparut dans un coup de vent, la porte claquant derrière lui, et Ashes resta interloquée. Qu'est-ce qu'il venait de se passer exactement ?
    Elle avait toujours cru les êtres humains profondément stupides et dénués de sentiments. Mais cet homme avait recousu les longues plaies de ses bras et de son visage, soigné ses fractures, nettoyé le sang de ses yeux et même attaché ses cheveux pour qu'ils ne frottent pas contre les plaies. Etait-il le seul être humain doté d'émotions et d'intelligence, ou bien était-ce elle, qui se trompait sur toute la ligne ? Lui avait-on donné une image des humains qui n'était pas celle de la réalité ? Et si ... Si les élémentaires, les humains et les Elfes n'étaient pas si différents ? Son peuple et le leur auraient-ils pu chacun de leur côté, bâtir une image résolument noire de l'autre, alors que la réalité n'était peinte que de gris ?

    Liam revint quelques minutes plus tard, armé d'encre, de plumes et de parchemins. Elle le suivit du regard, fascinée par sa banalité. Il lui ressemblait énormément. Un tronc, quatre membres, une tête perchée sur deux épaules. Un regard clair, serein, des lèvres capables de sourire, de rire, d'embrasser. Cet homme était à mille lieues de l'image qu'on lui en avait donnée.
    « Tiens, fit-il en lui glissant une plume dans la main, écris-moi comment tu t'appelles. »
    Leurs doigts se touchèrent et elle sursauta. Sa peau était chaude sous la sienne. Liam l'encouragea du regard et elle baissa les yeux sur le parchemin.
    Devait-elle donner son nom de naissance ou celui attribué par Combustor ? Si elle donnait « Ashes », il y avait une chance pour que certains elfes lui fassent payer sa dernière mission au service de Wïane ... Mais elle ne pouvait pas écrire « Vanora ». Ce n'était plus elle, et la famille royale ferait très sûrement le rapprochement avec la grande famille des Erden, responsable de milliers de meurtres d'elfes et d'élémentaires.
    Au moment où Liam, inquiet de son silence, allait prendre la parole, elle se mit à tracer des lettres sur le petit parchemin.

    « Ashes ? Lut-il, étonné. »
    Elle hocha la tête, espérant qu'il ne ferait pas de commentaire.
    On toqua à la porte à l'instant même où Liam ouvrait la bouche, une myriade de questions au bord des lèvres.
    « Liam, c'est Jhi-Laim, fit le Prince de derrière le bois. Les liés sont avec moi et j'aurais des questions à poser à notre prisonnière. »
    Adressant un petit sourire désolé à Ashes,  l'étrange homme se leva, laissant le Prince et les liés entrer à sa suite.
    La réaction ne se fit pas attendre.
    A la vue de Black, Ashes tira violemment sur ses chaînes, le visage peint en une expression muette de terreur pure. Liam était à ses côtés l'instant suivant, tentant de la calmer, de la raisonner, mais rien n'y fit. Le regard de la jeune femme était comme fou et incapable de se détacher du justicier.
    « Black, je crois que c'est toi qui lui fais peur, avoua Liam en empêchant la jeune femme de l'assommer dans la panique. »

    Tout le groupe se retourna vers Black, qui avait l'air tout aussi perdu qu'eux. Il n'y était pour rien, lui !
    « Viens avec moi, fit Jhi-Laim en l'entraînant par le bras, Mynocia, Mihaje te rejoindra dans quelques minutes ! Lança-t-il avant de refermer la porte sur les protestations de la guerrière et les cris muets de la jeune femme. »
    « Je ne comprends pas, murmura Black, l'air sincèrement perdu, suivant le Prince qui marchait devant lui, l'éloignant de l'élémentaire. 
    — Moi non plus, avoua-t-il en s'arrêtant devant un pan de mur. Mais puisque nous sommes là, j'ai des choses à te dire. Dis-moi Black, est-ce que tu savais que ceci existait ? »
    Il attrapa un chandelier d'une poigne ferme et l'abaissa brusquement, déclenchant un cliquetis sonore. Sous les yeux ébahis du justicier, une porte apparut entre les briques, et Jhi-Laim s'y glissa, l'invitant d'un sourire à le suivre.

    Un jardin. Un petit îlot de nature et de calme était camouflé dans les entrailles du château. La végétation avait envahi les murs, dévoré les carreaux du sol, repris ses droits.  
    Black écarquilla les yeux, tournant sur lui-même, manquant de trébucher dans un nid de poule. La salle était si grande qu'il lui était impossible d'en voir le fond ou le plafond.
    Alors qu'il allait demander à Jhi-Laim d'où ce petit îlot provenait, il fut coupé par un ricanement sonore à sa droite.
    Un oiseau, réalisa-t-il avec amusement lorsque l'animal ricana de nouveau, férocement agrippé au tronc d'un arbre.
    « Je n'avais jamais vu un pivert de cette couleur, s'extasia le justicier en dévisageant l'oiseau à plumes rouges et noires.
    — C'est parce que ce n'est pas un pivert, sourit le Prince, et que lorsque la première femelle s'est installée ici, il y a de cela une centaine d'années, leur espèce était en voie de disparition dans votre monde. »

    Black resta muet, contemplant en silence l'oiseau qui le regardait d'un air curieux. Etait-il en train de regarder un animal supposé disparu par les Hommes ?
    « Il y a plusieurs autres espèces qui vivent ici, révéla le Prince en l'invitant d'un geste à le suivre à l'intérieur de la petite forêt, dont certaines ont disparu de l'Autre Monde »
    Finalement, Jhi-Laim se laissa tomber sur le sol, dans l'herbe. Black se joignit à lui, de plus en plus intrigué. Pourquoi le Prince l'avait-il emmené ici, et seul de surcroît ? Alors que Mynocia et Mihaje risquaient de s'étriper à tout moment ?
    « Je voulais te remercier personnellement, Black, confia-t-il soudainement, et voyant le regard perdu du justicier, rajouta : pour avoir fait revenir mon frère.
    — Je n'ai pas ... balbutia-t-il
    — Si. Le processus ne se serait jamais enclenché et nous serions tous deux à son enterrement à cette heure si tu n'avais pas utilisé l'Aléthéia. »
    Ainsi donc, Jhi-Laim croyait lui aussi que le feu sacré lui obéissait.
    « Je ... je n'ai rien contrôlé ... Ce sont les paroles de Mynocia qui l'ont réveillé..
    — Oui, mais c'est toi qui l'as envoyé sur Tom, en lui ordonnant de briser le mur, renchérit le Prince, un sourire tendre pendu à ses lèvres. 
    — J'ai dit ça ? S'étonna le justicier »
    Il ne s'en souvenait pas.

    « J'aimerais que tu voies Leïnae, souligna le Prince, qu'elle puisse t'apprendre à maîtriser pleinement l'Aléthéia. C'est une entité très puissante qui pourrait se retourner contre toi. »
    Black acquiesça. Il n'était pas encore tout à fait à l'aise avec ce concept d'Aléthéia logé au creux de lui.
    « Comment ... Comment cela se fait-il que je puisse ... enfin qu'il soit là ? C'était déjà arrivé avant ? 
    — Non, répondit honnêtement le Prince. Je pense que ce sont tes pouvoirs de Rhëeh qui te permettent un tel exploit. Il est écrit à de nombreux endroits que le Rhëeh pourra manier toutes les armes. L'Aléthéia a dû te reconnaître et te jurer allégeance »
    Black resta sans voix quelques instants. Cette légende du Rhëeh l'intriguait fortement. Lorsqu'il se confia à Jhi-Laim, celui-ci eut un petit rire.
    « Black ... Pourquoi crois-tu qu'une douzaine d'elfes t'a suivi ? Mynocia, Tom et Mihaje voulaient très certainement avoir le privilège de te faire la morale les premiers, mais les autres ? Tous ces elfes dont tu n'avais jamais entendu parler ? 
    — Je pensais qu'il s'agissait de vos ordres, répondit-il, que vous leur aviez demandé de venir avec Myn et Tom. »

    « Non, Black. Je ne force jamais mon peuple au combat. Ce sont eux qui se sont proposés. »
    Le dénommé fronça les sourcils.
    « Proposés ?
    — Tom avait raison, tu ne le réalises vraiment pas, s'amusa le Prince en reposant au sol une fourmi qui explorait son bras. Black, tu as avoué être le Rhëeh lors de la nuit aux Mille Etoiles. Ils te voient à présent comme leur futur Roi, et par peur ou par réel intérêt, ils seront prêts à te suivre, même lorsque tu fais n'importe quoi. Hier encore, on me parlait de toi, de ta grandeur future. Lorsque Yael a été capturé, tu as ému le peuple. Peu d'entre eux auraient eu le courage de poursuivre Wïane. Nous ne sommes pas un peuple d'action, Black. Mais toi, tu leur donnes envie d'agir. Envie de se battre et de gagner. »
    Black fut désarçonné par l'étincelle qui brillait dans les yeux noisette. Jhi-Laim serait un souverain à son tour d'ici quelques années. Et à cet instant, il venait de lui parler comme à un Roi.

    « Je ne comprends pas, bredouilla-t-il.
    — Le Rhëeh est, selon les légendes, l'être qui régnera sur les trois peuples. Le Roi qui pourra enfin tous les unir. Imagine si ce pouvoir tombait entre les mains d'un être mal intentionné. Il aurait le pouvoir de diriger et d'assujettir le monde.
    — Et vous pensez sincèrement que je suis cette personne ? »
    Black hésitait à rire. Il n'était pas un souverain et ne le serait jamais. Il ne pouvait déjà pas se gérer lui-même, alors être à la tête d'un peuple ? Trois, qui se faisaient la guerre depuis des millénaires, de surcroît ?
    C'était purement et simplement impossible.
    « Tu as le sang des trois peuples en toi. C'est entièrement possible. Un jour ou l'autre, tu seras appelé à régner. »
    Jhi-Laim avait l'air convaincu, et Black paniqua. Il ne voulait pas régner !
    « Je ne pense pas pouvoir, Jhi-Laim, confessa-t-il. »
    Il y eut un long silence. Le chant des oiseaux résonna entre eux.
    « Rien n'est jamais gravé dans le marbre si tu veux mon avis. »

    Sans qu'il ne comprenne pourquoi, ces mots soulagèrent Black. Il s'étendit dans l'herbe, fixant le plafond qu'il devinait des dizaines de mètres au-dessus de lui, appréciant la chatouille de l'herbe dans son cou et l'odeur fraîche de la végétation.
    « Si j'ai du sang elfe, pourquoi j'ai pas les oreilles pointues ? »
    La question lui échappa et Jhi-Laim éclata de rire. Intérieurement, Black se fit la réflexion que le Prince ressemblait énormément à son jeune frère lorsqu'il riait.
    « Je l'ignore ! Pouffa-t-il en jouant avec la pointe de ses propres oreilles, tentant d'imaginer le jeune homme avec des oreilles pointues. Tu es le premier Rhëeh que je rencontre, tu sais, même en cinq cents ans d'existence ! Il est rare que les elfes se reproduisent avec des peuples étrangers. »
    Black inspira profondément, retraçant du bout du doigt l'arrondi de son oreille. Une question lui brûlait les lèvres.
    « Vous avez connu ma mère pourtant, non ? »
    Aussitôt, l'éclat amusé disparut des yeux du prince et Black se fustigea mentalement.
    « Désolé, s'excusa-t-il platement, je n'aurais pas dû ...
    — C'est bon, balaya Jhi-Laim. Tu lui ressembles un peu pour cela d'ailleurs. Toujours à vouloir secouer ce que l'on voudrait oublier. »
    Il y avait un sourire nostalgique dans la voix de l'homme.
     

    « Elle est arrivée au QG très jeune. Mais elle avait déjà un caractère bien trempé, tu peux me croire. Je l'ai quasiment élevée, et j'ai rattrapé toutes ses gaffes pendant des années. Elle a fait bouger des choses au sein de l'Empire, et Clia s'est attachée à elle. C'était très souvent qu'on les retrouvait au bord de l'eau, à jouer avec des enfants. Les derniers mois avant sa ... Trahison, elle passait des heures avec Tom. »
    Black s'immobilisa un instant. Sa mère avait connu Tom ?!

    « Il avait trois ans Black, je doute qu'il s'en souvienne, précisa Jhi-Laim en voyant le regard de Black. »
    Le silence tomba de nouveau. Jhi-Laim semblait chercher ses mots. Autour d'eux, indifférents au tumulte intérieur du Prince, les oiseaux gazouillaient gaiement.
    «  Je regrette la manière dont les événements se sont terminés, confessa le Prince. Nyl était comme une petite sœur pour moi.
    — Désolé, murmura Black sans trop savoir quoi rajouter. 
    — Tu as son visage, ses yeux, et son énergie, sourit Jhi-Laim. C'est moi qui suis désolé. Tu n'as pas eu la chance de la connaître. »

    Le Prince s'allongea à ses côtés. Durant de longues minutes, tous deux demeurèrent dans un silence calme, se laissant bercer par les chants des oiseaux et les palpitations tranquilles de la nature.
    « Dis-moi Black, j'ai une question moi aussi. »
    Intrigué, le justicier se redressa, acceptant la demande de son prince.
    « Tu n'as qu'une seule boucle d'oreille ... C'est normal ?
    — Euh .. Oui, c'est Tom qui me l'a offerte pour noël, répondit-il. »
    Qu'est-ce que sa boucle d'oreille venait faire dans la discussion ?
    « Il porte la même que toi. Je lui ai offert la paire à sa naissance. »
    Black laissa échapper un petit « oh » : il avait bien évidemment remarqué que Tom portait l'autre boucle, mais ignorait leur provenance.
    « Il t'a parlé de leur pouvoir ? »
    Black lui jeta un regard perdu. Leur pouvoir ? Le pouvoir des boucles ? Des oreilles ?

    « C'est une pierre de Naellis que tu as à l'oreille, Black. Elle possède un pouvoir méconnu mais très réel. Elle permet entre autres de sceller des promesses, de décupler la puissance magique et ... Si je construisais deux portes avec cette pierre, que j'en laissais une à chaque extrémité du château, je pourrais passer d'un endroit à l'autre en un instant avec le bon sort.
    — Comme un portail ?
    — Si tu veux, oui.
    — Wow ... S'émerveilla Black en touchant le bijou du doigt.
    — Mais Black ... Ce n'est pas tout. Dans nos traditions, offrir un bijou, spécialement une seule boucle, c'est une déclaration d'amour très puissante. »
    Black laissa un sourire fleurir sur ses lèvres. Tom l'aimait-il déjà à cette époque ? A présent, ce noël passé avec lui semblait si loin ... Tout était alors plus clair, plus simple.
    « Tout ce que je te demande, reprit Jhi-Laim, c'est de faire attention à lui. Sa première relation l'a complètement détruit et ... Je ne veux plus le voir comme ça. »

    Black rougit légèrement. Ce n'était plus le Prince qui lui parlait, mais bel et bien le grand frère inquiet.
    « Je ne pourrais pas supporter de le perdre, avoua-t-il simplement, à court de mots.
    — J'ai vu ça, oui. »
    Jhi-Laim se redressa à son tour, dégageant d'une main les brins d'herbe restés agrippés à ses longs cheveux fins.
    « Tu devrais aller le voir, s'il ne s'est pas endormi, il va avoir des choses à te dire, fit Jhi-Laim en se relevant, moi je vais aller voir si Mihaje et Mynocia ne se sont pas entretuées ... Et voir ce qu'elles ont pu tirer de l'élémentaire. »
    Black le suivit, admirant une dernière fois la végétation luxuriante de la pièce.
    « Je pourrai revenir ? demanda-t-il alors que la porte se fermait derrière eux.
    — Bien sûr. Ces jardins te sont ouverts autant que mes appartements si tu as besoin. »
    Black le remercia d'un regard et Jhi-Laim disparut au bout du couloir, le laissant seul.

    Chapitre 32

     

    Chapitre 32

    AMBIANCE

    Chapitre 32

     Il faisait presque entièrement noir dans la petite chambre d'hôpital. Seuls quelques rayons de lumière traversaient les longs voiles noirs pendus aux fenêtres.
    Black s'avança à pas feutrés, refermant délicatement la porte derrière lui, prenant gare à ne pas émettre un seul son. Il attrapa une chaise, la posant sans bruit au chevet de son ami. Tom, tourné de son côté, dormait paisiblement.
    La boucle vermeille scintillait paisiblement à son oreille. Black sourit. Encore une fois, Tom lui avait fait un don inestimable. Doucement, il laissa ses doigts voguer à la rencontre de la pierre, caressant les traits ronds de son oreille, remontant pour placer une mèche couleur ébène derrière celle-ci.
    Tom gémit dans son sommeil, ouvrant un œil rempli de fatigue.
    « C'est moi, murmura-t-il en laissant ses doigts serpenter sur l'angle de sa mâchoire, je suis là, rendors-toi. »
    Le chef de guerre sourit délicatement, accrochant ses doigts aux siens, se laissant sombrer de nouveau.
    Black serra les jointures nacrées dans les siennes, s'installant confortablement sur la chaise, laissant sa tête tomber à côté de Tom.

    Chapitre 32

    AMBIANCE

    (A mettre par-dessus la précédente)

    Chapitre 32

    A l'extérieur, la pluie se mit à tomber. Il se laissa bercer par la mélodie des gouttes s'écrasant contre la fenêtre. Son front touchait celui de son ami. Il sentait la lavande et le savon. Le pouls lent sous ses doigts l'emporta et il ferma les yeux, son monde se réduisant à la pluie et au souffle endormi passant les lèvres abîmées par les combats.
    Tom était vivant.
    A cet instant, il n'y eut plus de guerre, plus de prétendues légendes, plus de destin, d'Aléthéia au creux de son ventre.
    Pour la première fois de toute sa vie, Black se sentit en paix.
    Il joignit sa main à celle de Tom en fusion d'âmes et sombra dans le sommeil.

    La pluie tapait doucement contre les carreaux. C'était un chant, une mélodie, un battement régulier en écho avec celui de son cœur. Un éclair fusa, déchirant le ciel, projetant des ombres claires sur son visage endormi. Ce fut la seule lumière de cette nuit sans lune.
    A l'extérieur, le tonnerre gronda. Une fois, deux fois, résonnant comme un avertissement. Dans son sommeil, Black serra la main de Tom plus fort. Il faisait bleu. Bleu dans son cœur, bleu dans ses mains, bleu dans son monde.
    Les étoiles l'emportèrent.
    Il fit un rêve étrange, doux, presque réel, peuplé d'éclats vermillons, d'aboiements de chien et de baleines en peluche.
    A son réveil, Mynocia était là et il ne se souvenait de rien.

     

     

     

     

    Chapitre 32

    Fin du chapitre 32

     

     


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