• Chapitre 35

    Chapitre 35

     

    Chapitre 35

    Fée
     
    Résumé du chapitre précédent : Restée au QG de l'Armée de Cristal, Mynocia est chargée de réaliser l'ensemble des armures de guerre du peuple elfique. Aidée dans son entreprise par Nawi, elle se voit offrir par cette dernière un bien étrange présent : un moyen indétectable de protéger le bébé qu'elle porte lors des combats.
     
    Après trois semaines de silence complet passées en tant que prisonnière chez les Elfes, Ashes a enfin pu entrer en contact avec Siànan et communiquer au valet sa position. Pourtant, malgré la présence de son ami et de Combustor, la jeune femme ne parvient pas à calmer sa panique : entre Wïane qui l'attend de pied ferme au Quartier Général et ses jambes qui ne lui répondent plus, sa situation semble être sans issue ...
     
    Black et Tom sont finalement partis en mission pour la Reine Clia afin de rencontrer une mystérieuse fée qui détiendrait, selon Mihaje, un remède à la maladie qui ronge la souveraine. Après deux jours de marche, les deux amis finissent par faire une escale dans le monde humain, au grand bonheur de Tom qui savoure chaque instant qui s'offre à lui dans un monde qu'il idéalise depuis son enfance.Pourtant, le jeune homme déchante vite lorsqu'il comprend que le monde qui s'étale sous ses yeux n'est pas tout rose. Sous le choc, il s'enferme dans le silence et Black ne parvient plus à lui faire reprendre foi ... Le périple des deux amis s'annonce mal : la menace de rencontrer Phonem, le terrible "Insaisissable", plane sur eux depuis leur départ.
     

     

    Chapitre 35


    Le train filait à toute allure depuis près d'une heure lorsque Black tenta timidement de renouer le contact avec Tom. Il lança à son ami une série de regards appuyés, tenta un timide « tout va bien ? » qui ne trouva pas de réponse, puis abandonna. Le chef de guerre, vissé verticalement sur le siège à sa gauche, avait le teint étrangement pâle et les phalanges serrées sur les accoudoirs, l'air très peu à l'aise dans l'immense serpent de fer. Il ne lui avait presque plus adressé la parole depuis qu'ils avaient embarqué, enterrant avec lui dans le silence toute sa peine, ses questions et sa déception. Les premières heures, Black l'avait laissé se terrer dans le mutisme, convaincu que cette situation était le résultat mérité de ses échecs. Il avait essayé de s'excuser, plusieurs fois, d'être présent physiquement puis verbalement, mais cela semblait sans issue : Tom s'était transformé en un mur de pierres pâle et peu avenant.

     

    Sa nouvelle tentative échoua de nouveau et Black se maudit intérieurement une fois de plus. Il aurait même préféré que le chef de guerre se mette à l'insulter devant l'intégralité du wagon. Ce silence était pire que tout, car il se retrouvait seul avec une ombre, impuissant, incapable de venir en aide à son propre ami. Elle était belle l'image du Justicier Rouge, du sauveur, du héros incapable face à ce qui comptait le plus pour lui.

     

    Black retourna à son admiration désespérée des paysages défilant à toute vitesse derrière la fenêtre. Sous ses yeux, les champs formaient une peinture impressionniste, déformés par leur vitesse et son cerveau fatigué. Aussi loin qu'il s'en souvenait, il avait toujours apprécié les rares voyages en train qu'il avait faits, bien plus que ses deux escapades en avion en tous cas, car si voler ne lui posait en soi aucun problème, se retrouver enfermé dans un espace vital d'une cinquantaine de centimètres sans aucun moyen de contrôle sur leur trajectoire l'avait plus ou moins refroidi. La situation aurait-elle été plus normale, relativement à son quotidien déjà plus ou moins chaotique, il se serait volontiers laissé bercer sans complexe par le ronronnement du train. Mais voilà, autour de lui, plus rien ne semblait prêt à lui laisser vivre un semblant de normalité. Même le monde dans lequel il avait grandi se trouvait soudain transformé en une jungle ardente et cruelle capable de détruire les rêves de celui qu'il considérait comme son plus proche ami.


    Il abandonna l'idée de laisser filer les heures dans le paysage lorsqu'il se surprit à se maudire de nouveau avec véhémence pour l'incident du matin-même. S'insulter copieusement de tous les noms n'allait pas pouvoir aider Tom, et il ne pouvait pas s'en empêcher tant qu'il n'occupait pas son esprit à autre chose. Déterminé à employer les trois longues heures de route qu'il leur restait à vivre dans le train de la manière la plus utile possible, il sortit les cartes de son sac de courses, demanda avec toute la politesse qu'il put rassembler à la jeune femme face à eux s'il pouvait poser ses papiers sur la table qu'ils partageaient, et entreprit de localiser la fée sur les inscriptions humaines.

    Il plia et déplia la carte à de nombreuses reprises, perdu dans un système de cartographie qui était pourtant le sien. Rien à faire, il ne s'y retrouvait pas. La carte débordait d'informations dont il ne se souciait pas et qui cachaient à sa vue les reliefs qu'il cherchait des yeux. Il y avait un foutu centre aquatique dont l'inscription cachait une zone entière, bon sang ! Les indications de Mihaje avaient été des plus limpides, pourtant, et auraient dû pouvoir s'appliquer à une carte humaine. Il n'était même plus capable de lire une carte. Super. Vraiment super.

    Il sursauta brusquement lorsque la main de Tom entra subitement dans son champ de vision pour se poser sur la rivière qu'il cherchait des yeux depuis de longues minutes. Il regarda succinctement Tom, son doigt, puis la carte, incertain de ce qu'il devait dire.

    «  Merci, bredouilla-t-il timidement
    — Tu devrais y mettre un repère, répondit simplement le chef de guerre »

    Le justicier acquiesça vigoureusement et partit à la recherche d'un potentiel marqueur dans son sac. Il n'avait pas d'encre sur lui, pas de stylo, et rien à coller sur le papier.
    « Excusez-moi, est-ce que c'est ça que vous cherchez ? »
    Black releva la tête de son sac et détailla la jeune femme face à eux qui lui tendait gentiment un stylo bille, son autre main serrée autour du drap violine qui entourait chaudement son bambin profondément endormi contre sa poitrine. Elle avait cet air doux et fatigué qui semblait fourni avec le rôle de jeune parent, mais son regard était clair, compréhensif et assuré.

    Black accepta le stylo avec joie en la remerciant chaleureusement, et s'empressa de poser des petites croix noires sur la carte, le long de la rivière puis jusqu'à la chute d'eau qu'ils devaient trouver sur leur chemin. Lorsqu'il le lui rendit, le regard de la jeune femme avait dérivé sur la droite et elle détaillait Tom d'un air préoccupé.
    « Vous n'avez pas l'air très bien, dit-elle avec précaution. C'est votre premier voyage en train ? »
    Tom hocha la tête, l'air effectivement un peu malade, et peu sûr de ce qu'il pouvait ou non répondre à la jeune humaine. Sans réfléchir, Black posa sa main sur son avant-bras, dans un geste qui se voulait réconfortant. Face à eux, la jeune femme sourit.
    « C'est son premier voyage en train aussi, admit-elle en replaçant le drap autour de son bébé qui gesticulait dans son sommeil, je crois que c'était moi la plus anxieuse des deux en fait, parce que depuis qu'on a démarré, il dort comme une marmotte. »
    Black lui rendit son sourire. Le petit n'avait effectivement pas l'air très inquiet et dormait paisiblement, son visage poupin entièrement détendu contre la chaleur de sa mère. Le justicier sentit son cœur accélérer : lui aussi, bientôt, pourrait serrer son enfant contre lui.

    Il profita de l'intervention de la jeune femme pour discuter avec elle durant de longues minutes, ravi d'être tombé sur quelqu'un d'aussi doux qui semblait avoir autant envie que lui de parler de tout et de rien pour accélérer la course du train.
    Alors que le soleil tombait doucement à l'horizon, projetant sur les champs qu'ils traversaient de grands halos orangés, l'estomac de Black lui rappela qu'il n'avait rien avalé depuis le matin-même de la seule manière dont il en était capable : en gargouillant comme un monstre. Comme par effet d'écho, celui de Tom suivit et le justicier déclara qu'une visite au wagon-bar semblait s'imposer.


    « Oh non attendez, n'allez pas vous ruiner dans ce machin ! Intervint la jeune mère face à eux. Vous voulez bien me le tenir une seconde ? »

    Black se retrouva, l'air interloqué, le bambin dans les bras alors que la jeune femme se levait pour descendre un sac de la soute. Le justicier laissa son regard dériver sur le petit enfant qui dormait toujours profondément dans son sarcophage de couvertures, effrayé de constater à quel point il était petit et fragile, et fasciné par sa chaleur et son visage détendu.
    Un grand torchon de cuisine fut posé devant eux et Black et Tom écarquillèrent les yeux. Le justicier rendit précautionneusement l'enfant à sa mère et cette dernière tira le tissu de sa main libre, dévoilant une armée de petits gâteaux moelleux.


    « Je les ai faits ce matin, fit-elle comme si cela expliquait tout, et ajouta devant les regards surpris qu'elle récolta : vous avez l'air tous les deux d'avoir vécu une sale journée. Moi quand je vis des sales journées, un bon gâteau maison, ça a toujours le don de me requinquer un peu. »

    Ce fut ce moment que choisit le bambin dans ses bras pour se réveiller et gazouiller joyeusement en reconnaissant le visage de sa mère.
    « Coucou mon cœur, roucoula-t-elle en retour, jouant avec ses petits doigts, regarde, pendant que tu dormais comme un loir maman s'est fait des amis ! Servez-vous, je vous dis ! »
    Black et Tom ne se le firent pas dire deux fois et saisirent chacun un petit gâteau.
    « Ah oui d'accord, je vois pourquoi tu t'es réveillé ! Allez viens, on va visiter le train et te changer ! »
    Et sur ce, elle était partie, le bambin tapant une musique imaginaire sur son épaule, laissant ses affaires et les gâteaux aux bons soins des deux amis. Le justicier termina son petit fondant au chocolat en se léchant les doigts et se tourna vers Tom qui fixait le gâteau dans lequel il venait de mordre comme si la pâtisserie renfermait le secret le plus fabuleux du monde. L'étincelle dans ses yeux était de retour. Il avait toujours le visage un peu trop pâle, mais le regard hanté avait disparu de son visage. Sous sa langue, le petit gâteau avait un goût d'espoir.

    La jeune mère et son fils revinrent quelques minutes plus tard et elle les persuada d'avaler deux autres gâteaux chacun alors qu'elle jouait d'une main avec son enfant. Elle eut l'air ravie que Black engage de nouveau la discussion et sembla aux anges lorsque Tom se joignit timidement à eux. Depuis le début de leur voyage, le chef de guerre s'était retenu au maximum de parler avec des humains, laissant Black contrôler leur situation en territoire inconnu. Il craignait de dire quelque chose de trop étrange, d'inapproprié ou de leur attirer des ennuis. Pourtant, son ami semblait à l'aise, et la jeune femme face à eux avait l'air de les trouver sincèrement sympathiques. Il suivit Black dans l'histoire à peu près plausible qu'il inventa pour justifier leur périple, et parvint à se détendre légèrement.
    Il ne comprenait pas comment le monde humain pouvait être à la fois si noir et si fascinant. Tout semblait fait de contradictions, de ténèbres heureuses, de mélanges incongrus et improbables. La machine infernale qui lui retournait le cœur ressemblait à un monstre mythique ressuscité par la ferraille, mais elle leur permettait étrangement de filer à toute allure à travers des paysages qu'ils auraient mis des heures à parcourir. Bon sang, le serpent de fer passait même à l'intérieur des montagnes ! Comment les humains pouvaient-ils être à la fois des dieux créateurs capables de tels prodiges et d'infâmes barbares ?

    Black laissa son esprit dériver alors que Tom à sa gauche s'était lancé dans une longue exposition sur les différentes espèces de conifères qui semblait passionner autant la jeune femme que son fils. Ce dernier fixait le chef de guerre avec de grands yeux attentifs, parfaitement silencieux, la voix de Tom semblant bien plus passionnante que le hochet abandonné sur les genoux de sa mère.
    Le justicier se retrouva de nouveau à sourire contre sa paume. Il espérait que sa fille ou son fils serait autant fasciné par la voix grave de son ami. Peut-être qu'il aimerait que le chef de guerre lui raconte des histoires, ou peut-être préférerait-elle s'endormir bercée dans sa chaleur ... L'espace d'un instant, Black s'autorisa à rêver pleinement à l'avenir qui s'annonçait pour eux, après la guerre. Il avait envie de rester vivre auprès des elfes, avec ses deux amis et leur futur enfant. Il savait que Mynocia ne supporterait pas de s'enliser dans l'habitude, et que Tom aurait très certainement envie de retourner dans le monde humain. Mais que valait-il mieux pour le bébé ? Un monde, ou les deux ? Il ne se voyait pas élever un enfant élémentaire entièrement dans le monde des hommes. Il ferma les yeux, bercé par les mouvements du train. Après tout, se dit-il finalement, tant que Mynocia et Tom étaient à ses côtés, tout ne pourrait que bien aller. La silhouette de l'élémentaire restée au château dansa quelques instants sous ses paupières closes. Elle lui manquait déjà plus que de raison. Il espérait qu'elle allait bien et que Nawi l'empêchait de trop s'entraîner.

    Lorsqu'il rouvrit les yeux, il faisait nuit à l'extérieur et il était à moitié tombé sur Tom qui jouait aux cartes avec la jeune mère face à eux. Il se redressa rapidement, gêné de s'être endormi de la sorte. Alors qu'il allait demander à son ami combien de temps il avait passé à roupiller joyeusement sur son épaule, un jingle électronique résonna dans le wagon et fit sursauter Tom.
    « Elle va vous faire peur à chaque fois je crois ! S'amusa la jeune femme alors que son fils gazouillait gaiement en réponse à la voix féminine. »

    Après avoir rappelé les consignes de sécurité rudimentaires, la voix annonça qu'ils rentreraient en gare d'ici quelques minutes. Ah oui, il avait dormi presque trois heures, tout de même. Et Tom ne l'avait même pas réveillé ! Il lança un regard à son ami qui avait clairement repris des couleurs même s'il ne semblait toujours pas dans son élément. Tom était en deuil, comprit-il soudainement. Il accusait à lui seul le poids de la perte de milliards de vies qu'il avait senties prisonnières. Il avait pris de plein fouet toutes les morts dont lui ne se serait jamais soucié.

    Lorsque le train atteignit finalement la gare dans un grand crissement de freins, les couleurs désertèrent de nouveau le visage du chef de guerre et Black saisit sa main. Face à eux, le bambin non plus n'appréciait pas le bruit et se mit à pleurer toutes les larmes de son corps. Sa mère leur lança un regard désolé et Black en profita pour l'aider à descendre ses bagages de la soute au-dessus d'eux. Enfin, dans un dernier cri retentissant, le wagon s'immobilisa et la voix féminine préenregistrée reprit son discours. Le justicier rassembla leurs affaires, hissa son sac sur son dos et aida la jeune femme à manœuvrer ses bagages jusque sur le quai. Une fois sur la terre ferme, elle les salua chaleureusement, rosissant sous les remerciements des deux hommes et disparut dans un taxi. Les deux amis regardèrent, pensifs, la voiture se faire happer par les lumières de la ville.
    « On ne connaît même pas son nom, murmura Black à la nuit épaisse qui entourait la gare. »
    Cette femme, cette inconnue, avait été leur rayon de soleil.

    Le justicier sourit aux ténèbres face à eux.

    Elle avait été le petit miracle humain de leur journée.

    « On essaie de se trouver un hôtel pour la nuit ? Proposa-t-il en se tournant vers Tom. »
    Le chef de guerre sembla hésiter longuement et finit par hocher négativement la tête, et demanda à son ami s'ils pouvaient marcher un peu, au moins le temps que son estomac maltraité par le transport puisse se remettre à sa place dans son ventre. Black accepta et se résolut à suivre son ami qui s'enfonçait déjà dans l'épaisse forêt derrière la gare. Ils marchèrent en silence, sous les faisceaux blanchâtres des lampes de poche que Black avait sorties de son sac de courses. Après de longues minutes, ils ne distinguaient et n'entendaient plus aucune trace de civilisation humaine. Black attendit néanmoins que Tom décide de l'endroit où il souhaitait établir leur camp pour la nuit déjà bien entamée. Sans surprise, le chef de guerre dénicha une petite clairière quelques minutes plus tard et Black ne put s'empêcher de se pavaner en montant leur petite tente toute neuve en moins d'une minute. Son ami le laissa faire et sécurisa leurs affaires avant de le rejoindre sous la toile.

    Tous deux demeurèrent allongés côte à côte de longs instants avant que Black ne se décide à tenter de briser la glace une fois pour toutes.
    « Je suis désolé pour ce matin, confessa-t-il. »
    Tom soupira à ses côtés.
    « Je ne crois pas que cela soit de ta faute, répondit-il. J'en attendais trop de l'Autre Monde. »
    Le silence s'insinua malicieusement entre eux.

    « C'est juste que ... Je ne comprends pas, je crois. La dualité de ce peuple. La mort flotte tout autour d'eux, en eux, sur leurs mains et dans leurs cœurs et pourtant, ils sont en même temps capables des plus grands prodiges. C'est comme contempler une éclipse, et ne plus pouvoir distinguer la lune du soleil. Je ne sais honnêtement plus quoi penser de tout ça, Black. »

    Ce dernier garda le silence à son tour, réfléchissant.
    « Peut-être ... Peut-être que tu devrais leur laisser une chance, soumit-il. Le peuple elfe aussi possède ses défauts et ...
    — Nous ne sommes pas poursuivis par nos cadavres, coupa sèchement Tom, nous ne baignons pas dans le sang en clamant que nous sommes dotés de rai...
    — Je sais ! Intervint Black en le coupant à son tour. Je sais, excuse-moi, ce n'est pas ce que je voulais dire. C'est ... Enfin ... Je suis humain, Tom. Bon, pas complètement, mais j'ai passé dix-huit ans de ma vie à en être convaincu et ... Je me sens humain, autant que je me sens elfe, parce que ce sont mes deux mondes. Je sais, crois-moi je sais à quel point les humains peuvent être infâmes. Mais ce n'est pas un peuple fondamentalement mauvais. Ils peuvent devenir des monstres de la pire espèce, c'est vrai, mais ne le peut-on pas tous ? Si je n'avais pas eu ma grand-mère, qu'est-ce qui m'aurait empêché de péter un plomb et de massacrer des gens avec mes pouvoirs ? »

    « Je veux que tu gardes foi en eux, admit-il soudain, parce qu'ils sont capables du meilleur, et je ne souhaite rien de moins pour toi. Regarde notre inconnue de tout à l'heure, la gentillesse qu'elle nous a témoigné alors qu'elle ne nous connaissait même pas et que nous ne la reverrons probablement jamais. C'est ce que je voulais dire par «laisser une chance » ; pas excuser ou pardonner, mais comprendre et ne pas oublier ce qui les rend fabuleux. »
    Black reprit son souffle et cessa de gesticuler dans tous les sens. Il savait que c'était utopiste, comme manière de présenter les choses, mais il ne voulait pas que Tom enterre ses rêves du Monde Humain. Il attendit patiemment dans l'obscurité de la tente, regrettant déjà la moitié de ses mots et de ses phrases. Alors qu'il allait tenter de clarifier certains points et d'en nuancer d'autres, la voix de Tom s'éleva dans le silence.
    « Je vais essayer, dit-il simplement. »
    Black entrelaça ses doigts aux siens en un remerciement muet. En réponse, Tom se serra contre lui. Il leur fallut à tous deux beaucoup plus de temps pour parvenir à rejoindre les bras de Morphée cette nuit-là.

     

    « Je trouve les elfes lents, déclara Tom sans préambule le lendemain soir alors qu'ils dînaient tous deux après une éprouvante journée de marche. »
    Black posa son assiette vide devant lui et lui demanda ce qu'il voulait dire.
    « Ils vivent mille ans pour la plupart. Toi et moi, on est là pour à peu près deux siècles si on a de la chance, mais les humains ... Doivent tout faire plus vite, et mieux, parce qu'ils ont peu de temps à vivre. C'est ce que je reproche le plus à mon peuple, d'avoir peur du moindre changement, d'évoluer au ralenti. C'est pour ça que j'ai toujours été fasciné par le monde humain, par leurs livres d'histoire et leur technologie. A côté d'eux, notre peuple a des siècles de retard.
    — C'est pour cela que tu souhaites y vivre ? Demanda Black en débarrassant son ami. Pour être dans le même rythme ? »
    Tom soupira longuement. Black lui tendit une pomme. Son ami regarda le fruit comme s'il contenait les réponses à toutes ses questions mais refusait de les lui donner.  
    « Je m'y sens chez moi, pourtant. Mais parfois j'ai cette impression d'appartenir... Ailleurs. Mon frère n'a absolument pas pris une ride depuis ma naissance, et si je meurs de vieillesse, il n'aura pas changé non plus. C'est cet écart qui me pèse parfois, qui fait que j'ai envie de partir. Mais hier, ce que j'ai vu, ce n'était plus un écart, Black ... C'était un gouffre, un précipice. Je ne sais pas quoi en faire. »

     

    « Il y a toujours eu ce précipice pour moi, confia Black à son tour. Je ne l'ai jamais vraiment combattu, je l'ai juste ignoré pendant des années, et puis je l'ai fui. »

    Sa vie n'avait jamais été glorieuse, après tout, et il se sentait impuissant face à la détresse de Tom. Lui non plus ne trouvait pas sa place. Il n'avait pas de réponse, pas de solution miracle à offrir à son ami, et il aurait souhaité être capable à cet instant de lui offrir ne serait-ce qu'une possibilité d'issue.


    Le lendemain matin, les paroles de son ami tournaient toujours dans sa tête. A mesure qu'ils s'étaient éloignés du monde humain, Tom était progressivement redevenu lui-même et s'était pleinement concentré sur leur recherche du repaire de la fée. Selon les indications de Mihaje données par Phonem, ils devaient longer la rivière jusqu'à tomber sur une impressionnante cascade, pour pouvoir, toujours selon les mots de la générale, « trouver le chemin sous la chute ». Leur seul souci pour le moment était qu'ils ne trouvaient pas la cascade, bien qu'ils suivaient religieusement le lit de la rivière depuis la veille. Black commençait à perdre espoir et maugréa dans sa barbe qu'à ce rythme, ils auraient plus vite fait de nager dans la rivière que de marcher à côté et fut surpris d'entendre Tom pouffer derrière lui. Il n'avait plus entendu le chef de guerre rire depuis leur passage en terre humaine.

    Black se retint de dire qu'il était à moitié sérieux et suivit Tom lorsque celui-ci allongea le pas. Il leur fallut une heure de marche supplémentaire pour trouver la cascade et Black avait tellement chaud qu'il considéra sérieusement l'idée de se jeter à l'eau tout habillé. Au moins il saurait pourquoi il était en nage, ricana-t-il intérieurement. Ce fut sans compter sur Tom qui déclara qu'ils se séparaient pour trouver ledit chemin et Black chassa au loin ses idées de baignade, s'éventant férocement avec les cartes.
    Il inspecta méticuleusement la rive, ne put résister à l'envie de se passer le visage sous l'eau et soupira de contentement lorsque l'air frais vint lui fouetter le visage. Rafraîchi, il retourna à ses recherches mais ne trouva rien d'autre que de la végétation, un cerf curieux qui détala lorsque Black lui demanda s'il avait vu un chemin, une grosse crevasse, et de petits ruisseaux. Il tourna les talons, bien décidé à retrouver Tom qui devait avoir déniché le chemin depuis belle lurette. Il admira au passage les arbres chatoyants autour de lui, et suivit des yeux un écureuil qui sautait de branche en branche au-dessus de sa tête.   
    Perdu dans sa contemplation du paysage, il ne remarqua pas le chef de guerre et le percuta de plein fouet. Ils perdirent l'équilibre et tombèrent à la renverse directement dans la cascade. Tom n'eut même pas le temps de se servir de la terre que tous deux avaient déjà piqué une tête.

    Black lança à Tom un regard sincèrement désolé en voyant le chef de guerre trempé des pieds à la tête, des algues plein les cheveux, l'air tout à fait surpris d'avoir fini à l'eau.
    « Bon bein voilà, maintenant tu n'as plus le droit de râler qu'il fait trop chaud, sourit Tom malgré lui en se redressant. J'imagine que tant de hâte signifie que tu as trouvé le chemin ? »
    Suite au hochement de tête négatif de son ami, Tom fronça les sourcils. Il n'y avait rien qui ressemblait de près ou de loin à un chemin aux alentours de la cascade. Cela devait vouloir dire que les indications de Mihaje n'étaient pas topographiques, mais métaphoriques. Lorsque le chef de guerre expliqua à Black qu'ils devaient fouiller la zone de nouveau, celui-ci soupira à en fendre l'âme, s'ébroua comme un chien mouillé et suivit piteusement son ami qui avait toujours une algue sur l'épaule.
    Ils reprirent donc leurs investigations, en duo cette fois-ci, alors que Tom répétait en boucle « il vous faudra trouver le chemin sous la chute », comme s'il s'agissait d'une incantation magique qui allait faire apparaître un chemin sous leurs pieds. Résultat, la phrase résonnait comme une litanie dans sa propre tête.

    « Si on ne trouve pas rapidement ce chemin, c'est moi que je vais aller faire chuter dans la crevasse, geignit Black en poussant de son passage une branche qui revint lui fouetter le visage et qu'il insulta copieusement en retour.
    — Je doute sérieusement que remettre en cause la parenté de cet arbre nous aide, tu sais, fit Tom, dos à lui. Oh, attends, tu as dit quoi ? »


    Black lui jeta un regard sincèrement surpris.

    «  A l'arbre ?
    — Mais non crétin, avant !
    — Que j'allais me jeter dans la crevasse ? »


    Le justicier haussa les sourcils lorsque le visage de son ami s'illumina. Il était ravi de constater que son suicide futur réjouissait Tom à ce point.
    « Black, tu es un génie ! S'écria Tom en pressant un baiser sonore sur sa joue avant de l'entraîner à sa suite vers la crevasse en question.
    Ah bon, pensa Black avec éloquence, surpris d'être passé de parfait « crétin » à « génie digne de recevoir un bisou » en l'espace de dix secondes, le tout en insultant un arbre.
    — On se trompait de chute ! S'extasia Tom en s'immobilisant devant l'immense faille. »

    Black se pencha prudemment au-dessus du trou et frissonna. Il n'en voyait même pas le fond.
    « Va falloir qu'on rentre là-dedans ? »
    Il n'aimait pas vraiment l'idée. A ses côtés, Tom avait allumé sa lampe de poche et tentait d'éclairer le gouffre. Ils n'y virent rien de plus que de la paroi sombre et humide. Chouette, pensa ironiquement Black. Ça lui manquait tellement, les souterrains effrayants.
    « Je ne peux pas écarter la paroi, déclara le chef de guerre qui avait posé sa paume à plat sur le sol pour étudier la forme de la terre, ça ferait tout s'écrouler et nous risquerions d'enfouir le chemin. »
    Super. Vraiment super. Il ne manquait plus qu'une descente aux enfers à sa vie, vraiment.
    « On est obligés de chuter ? Geignit Black. Tu peux pas nous descendre avec la terre ? »
    Tom le dévisagea comme si une seconde tête venait de lui pousser dans le dos.
    « Moi non, je ne sens pas le fond. Par contre toi, tu peux nous faire descendre là-dedans. »
    L'air, comprit-il bêtement. Il pouvait les faire voler jusqu'au bas de la crevasse. Mais il ne maîtrisait pas assez bien son élément, il allait les faire tomber, heurter quelque chose, ou faire mal à Tom et  ...
    « Black, fit le chef de guerre, coupant net ses pensées. Tu es largement capable de le faire. Je te fais confiance. »

    Le Justicier Rouge refusa toutefois de les faire descendre dans la crevasse tant qu'ils ne se seraient pas un peu entraîné à voler à deux. Tom roula des yeux dans une expression très mynocienne mais se laissa faire. Et finalement, leurs quelques essais s'avérèrent fort utiles puisque Tom termina sa course à deux reprises dans un sapin. En désespoir de cause, il se retrouva à attacher solidement l'intégralité de son bras gauche à celui de Black, ce qui se révéla plus efficace puisque ce dernier parvint à les hisser jusqu'à la cime d'un arbre. Le justicier refusa donc de retirer la corde et tous deux pénétrèrent dans la crevasse saucissonnés l'un à l'autre de l'épaule au bout des doigts.
    Une fois sa peur première de blesser Tom passée, Black se révéla plutôt doué pour les faire descendre à une vitesse ridicule dans le gouffre sans fond. Le chef de guerre n'osa pas lui faire remarquer qu'il pouvait aller plus vite et se contenta d'éclairer les parois sombres et suintantes du faisceau livide de sa lampe de poche.

    Leur descente durait depuis déjà de longues minutes lorsque Tom commença à sentir son bras le lancer sérieusement. Black ne tirait que sur cette partie de son corps par peur de le projeter contre la roche et son membre commençait à le faire souffrir douloureusement. Il serra les dents, remua le bras et tenta de canaliser son esprit sur autre chose que la douleur qui irradiait de son épaule. Il tint encore cinq minutes avant de demander à Black de défaire le lien. Ils ne voyaient toujours pas le fond, bon sang. Son ami paniqua un instant mais vit la grimace de douleur sur le visage de Tom et obtempéra. Il récupéra la corde, soupira de soulagement, mais se sentit soudain bien lourd.
    L'air de Black ne le portait plus.
    La chute fut instantanée et il eut à peine le temps de comprendre qu'il tombait que Black fonçait tête la première à sa suite. Tom tenta de ralentir sa course avec la terre mais ne parvint qu'à heurter avec violence la paroi derrière lui. La roche lui déchira la peau.

    L'instant d'après, il était dans les bras de Black qui l'avait rattrapé au vol et avait stoppé leur chute. Autour d'eux, des petits graviers lévitaient à leur hauteur : dans sa panique, Black faisait voler tout ce qui l'entourait. Un peu sonné, il fallut quelques instants au chef de guerre pour reprendre ses esprits et rassurer Black qui s'excusait sans fin, la tête plongée dans son cou.
    « Je vais bien, Black, je vais bien, murmura Tom en posant son front contre celui de son ami pour qu'il se calme. Tout va bien, d'accord ? J'ai juste besoin que tu continues à nous faire descendre dans cette crevasse. »
    Le justicier opina de la tête et resserra son emprise dans son dos, collant leurs corps encore trempés de leur plongeon dans la rivière l'un à l'autre. S'ils sortaient de là sans au moins un rhume, cela serait un miracle. Tom utilisa son bras qui n'avait pas été sauvagement écorché par la falaise pour nouer ses doigts autour du cou de Black, qui ne desserra pas son étreinte un seul instant. Il dirigea de nouveau sa lampe de poche et sa lumière blafarde à leurs pieds.
    « Je vois le fond ! S'écria Tom après quelques minutes supplémentaires passées dans les ténèbres. »
    Tous deux atterrirent directement les pieds dans la vase.


    Black libéra Tom de son emprise et le chef de guerre entreprit d'éclairer le décor autour d'eux.
    « Mais qu'est-ce que ça pue !  Tonna Black en se pinçant le nez.
    — Est-ce que tu vois un chemin ? Demanda Tom en ignorant son air écœuré lorsque sa botte resta coincée dans la gadoue. »
    Il regarda autour de lui, sa lampe de poche serrée dans son poing. Cette grotte était digne du meilleur film d'horreur de sa vie, oui. Il éclaira de nouveau ses pieds et retint un autre gémissement dégoûté devant la quantité de petits animaux morts qui devaient avoir chuté dans la crevasse. Cependant, un détail attira son attention : près de Tom, la vase était bien plus sombre, comme si elle avait été colorée par autre chose. Il illumina de son rayon blafard les pieds de Tom et découvrit avec horreur que le chef de guerre avait l'épaule, le bras et tout le côté droit de son corps en sang. Ses vêtements étaient déchirés, laissant à la vue sa cuisse éraflée et son ventre maltraité par la paroi. Il se rua sur son ami en deux grandes enjambées et découvrit que ses propres vêtements étaient couverts de sang.
    « Black, calme-toi, c'est rien de grave, je me suis égratigné sur la falaise, raisonna Tom en voyant son ami dans tous ses états. Et regarde, j'ai trouvé le chemin ! »
    Il y avait un sourire dans la voix de l'élémentaire, alors Black accepta de détacher son regard de lui quelques instants.

    Il y avait effectivement une partie de la caverne qui semblait s'agrandir au loin, au fond des ténèbres. Tom ouvrit la marche mais Black le retint.
    « Attends. On n'y voit rien et qui sait sur quoi on va tomber là-dedans. Je veux qu'on s'attache. »
    Il n'attendit pas d'avoir l'assentiment de Tom pour lui passer une corde autour de la taille, évitant sa hanche écorchée, faire un nœud, et reproduire le mouvement autour de son propre corps. Le chef de guerre ne commenta pas et s'enfonça directement dans l'obscurité. Black ne put se retenir de frissonner. Non seulement ce gigantesque trou puait le rat mort, mais en plus il y faisait humide et atrocement froid. Il regretta amèrement son plongeon dans la cascade lorsque l'air sale et gelé vint s'engouffrer sous ses vêtements mouillés. Tom ne semblait pas en mener plus large que lui ; ses dents claquaient et son pas était bien moins assuré qu'en surface.

    Ce fut en escaladant une paroi particulièrement glissante que Black décréta que s'ils sortaient vivants de cet enfer, il vénérerait les spéléologues jusqu'à la fin de ses jours. Des missiles rocheux tombaient du plafond à répétition et sans leurs éléments respectifs, ils auraient tous deux fini avec de jolis petits trous dans le crâne, sa lampe de poche avait décidé de mettre de l'ambiance en clignotant gaiement, et la glaise semblait bien décidée à le tuer dans une atroce glissade. Le tout sans oublier qu'il allait se transformer en glaçon géant.


    Tous deux se retrouvèrent finalement face à un grand lac souterrain plongé dans les ténèbres. Lorsque Tom dirigea sa lampe de poche à la surface, des dizaines de chauves-souris leur foncèrent dessus, dérangées dans leur sommeil.  Sans réfléchir, Black utilisa l'air pour les empêcher de leur perforer la cervelle, et les volatiles s'éloignèrent avec de petits couinements indignés. Black les suivit des yeux et découvrit qu'elles fonçaient vers les hauteurs.
    « Il doit y avoir une autre sortie par ici, fit remarquer le justicier. »


    Tom acquiesça mais resta prudent : si une chauve-souris sortait, cela ne signifiait pas qu'un élémentaire passerait. Tous deux longèrent le lac. Black entreprit de compter les stalactites et les stalagmites sur leur chemin pour éviter qu'ils ne tournent en rond et pour occuper son esprit qui voyait des ombres effrayantes sur les parois brunes. Progressivement, le chemin se fit plus net, et la grotte plus vaste. Lorsqu'ils croisèrent la première trace de végétation, Black la contempla durant de longues minutes. Il n'était pas un pro en biologie, loin de là, mais il lui semblait bien que les végétaux avaient besoin de lumière pour vivre. Comment était-il possible que cette plante survive dans les ténèbres de cette grotte ?
    Tom s'arrêta à son tour.   
    « Black, est-ce que tu sais te servir de ta magie elfique ? Demanda le chef de guerre à brûle-pourpoint. »

     Le justicier le dévisagea curieusement.
    « Cette plante a une résonance magique, ça se sent. Tu dois même pouvoir l'entendre toi, non ? »
    Le premier réflexe de Black fut de secouer négativement la tête, et son second fut effectivement de tendre l'oreille. Il s'immobilisa. Il y avait effectivement quelque chose, mais cela n'était pas du son. Cela ressemblait plus à une vibration, une pulsation de l'air. Il se recula de la plante comme s'il s'était brûlé. Non mais qu'est-ce que c'était encore que ce délire ?!
    « La magie des fées est très semblable à celle des elfes, expliqua Tom. Elles ont la même origine. Essaie de mettre ta main sur les feuilles et de montrer à cette plante que tu possèdes de la magie elfique. »
    Tom avait l'air sûr de lui, alors Black obtempéra et se retint de dire à son ami qu'il n'avait jamais été vraiment doué pour différencier ses différents pouvoirs et qu'il allait probablement tout gâcher de nouveau. Il caressa les feuilles humides du bout des doigts et espéra naïvement que ce simple contact provoquerait une réaction. Il n'en fut bien évidemment rien. Il réfléchit un instant. L'air, c'était son pouvoir d'élémentaire, l'Aléthéia, ses capacités de Rhëeh. Que lui restait-il d'elfe, dans ce cas ?

    Il ferma les yeux et se concentra sur l'étrange vibration qui pulsait sous ses phalanges. Il explora mentalement le chemin du battement, et tenta d'y répondre par une autre vibration.
    Immédiatement, la plante sous ses doigts sembla s'ouvrir à lui et s'illumina d'une étrange lumière émeraude. Elle projeta sa lueur jusque sur un autre végétal qui s'ouvrit à son tour dans un grand jet de pourpre, et envoya à son tour son énergie à une autre plante. Une rangée de lueurs dessina sous leurs yeux ébahis un grand chemin de lumière, et Black laissa échapper un « wow » d'admiration. Il fixa ses doigts sales, couverts de glaise et de sang séché. C'était lui qui avait fait ça ?
    Il se tourna vers Tom qui le regardait comme s'il était la huitième merveille du monde, et sa phrase mourut au fond de sa gorge. L'autre élémentaire ne portait aucune attention au chemin qu'il venait de faire surgir de nulle part et n'avait d'yeux que pour lui.
    « Si tu voyais ta tête, Black, parvint-il enfin à murmurer lorsqu'il se rendit compte qu'il le fixait avec adoration, d'une voix un peu plus rauque qu'à l'ordinaire.
    — Quoi, je brille ? Plaisanta Black en remarquant que des ombres en couleur dansaient sur la peau de son ami.
    — Tu rayonnes même, sourit Tom en éclatant de rire lorsque son ami tourna sur lui-même, déçu de ne pas pouvoir voir sa propre magie. »


    Tom se reprit finalement et s'avança le long du chemin nouvellement tracé, tirant Black à sa suite par la corde toujours attachée à leurs hanches. A mesure qu'ils avançaient, les plantes magiques se faisaient plus nombreuses, aux couleurs plus vives et plus chatoyantes encore. Black comprit soudain d'où venait l'adjectif « féerique » : les lumières semblaient danser autour d'eux dans une alliance fascinante de couleurs et de formes. Il entendait de l'eau, à nouveau, et oublia de compter les stalactites et les stalagmites tant le chemin le fascinait. Dire que lorsqu'ils avaient reçu la mission, il pensait tomber sur un parfait cinglé... Mais les lueurs qui gravitaient autour d'eux n'avaient rien de malsain ou de nocif, il en était convaincu.
    Alors qu'il allait faire part de ses pensées à Tom, leurs regards rencontrèrent simultanément une grande cage de fer dans laquelle reposait un cadavre en état de décomposition avancée.
    Black plaqua une main sur sa bouche et retint un haut-le-cœur. Sur un écriteau pendu à la cage, des mots ensanglantés clamaient « tuez-les toutes ».
    Les deux amis s'empressèrent de s'éloigner de la scène d'horreur et Black sortit un pot de miel du sac, qu'il tendit devant lui comme un bouclier. Il retirait absolument tout ce qu'il venait de dire sur la féerie.

    A peine avaient-ils fait quelques pas pour s'éloigner du cadavre en putréfaction qu'une énorme plante surgit dans leur champ de vision et se jeta sur eux, toutes épines dehors. Black cria et saisit sa dague de sa main libre, mais Tom retint son bras, refusant de se débattre contre la plante tueuse.
    « Black, non, attends ! Nous venons en alliés, fit-il à la chose qui s'enroulait à présent autour de son cou, regardez dans les mains de mon ami, nous vous avons amené du miel, c'est l'Insaisissable qui nous envoie vers vous, il a dit que vous pourriez nous aider ! Débita Tom en un seul souffle »
    Les tiges acérées s'immobilisèrent un instant et migrèrent du cou de Tom aux doigts de Black qui tenaient toujours le miel. Le chef de guerre siffla de douleur lorsque la créature passa avec ses épines sur ses écorchures toujours à vif. Black demeura statufié, sa dague dans la main droite, la gauche emprisonnée dans la poigne de la chose qui venait de dévisser le couvercle en plastique et de plonger ses feuilles directement dans le miel. Soudain, la tige se rétracta, emporta avec elle le pot entier, et prit la forme de doigts, puis d'une main, d'un bras. Bientôt, un tronc et des membres humains se formèrent sous leurs yeux ébahis. En l'espace de quelques instants, la plante venait de laisser place à une étrange créature humanoïde.

    Complètement nue, ou du moins vêtue entièrement d'ombres et de lumières, la créature était d'une beauté époustouflante. Sur sa peau turquoise serpentaient des haillons colorés grésillant de magie, et son être tout entier respirait la sensualité et la grâce. Black regarda avec fascination la fée lécher ses doigts couverts de miel, détaillant les arabesques qui s'entremêlaient sur son visage.
    « Je vais garder ça, déclara la créature d'une voix douce qui résonna dans la grotte. »
    Les deux amis hochèrent frénétiquement la tête et Black ajouta :
    « Nous vous en avons amené plusieurs, pour que vous puissiez trouver celui à votre goût ».   
    Il sortit de son sac le cabas de plastique qui contenait tous les pots de miel qu'ils avaient pu trouver dans le supermarché. La fée suivit ses mouvements du regard, l'air méfiant, puis se détendit en voyant l'impressionnante quantité de miel.
    « Suivez-moi, fit-elle de sa voix étrangement sucrée. »
    Elle disparut à reculons et Black et Tom ne se le firent pas dire deux fois.

    La fée les guida jusque dans une partie de la grotte beaucoup plus vaste, où l'eau s'écoulait tranquillement et de nombreuses autres plantes proliféraient mystérieusement. Elle prit place face à eux dans ce qui ressemblait fortement à un trône entièrement fait de plantes, et leur indiqua qu'ils pouvaient parler d'un battement souple de la main.
    « Nous venons de la part de l'Insaisissable, commença Tom avec prudence.
    — Je sais, coupa la créature. Il n'y a que lui qui sait où je me trouve et qui s'amuse à m'envoyer des perdus qui pensent que je suis un genre de djinn siphonné. Il s'éclate à m'envoyer des humaines aussi, parfois, mais celles-là je ne les lui renvoie pas. »
    Il brillait une haine farouche dans ses yeux de jade. Black déglutit difficilement : il espérait que la fée accepterait de les aider, même si cela signifiait fournir un remède à une Reine...
    « C'est pour cela que nous ne sommes venus que tous les deux, expliqua Tom qui commençait à s'impatienter, afin que vous puissiez nous ...
    — Vous l'avez laissée dehors ? Coupa brusquement la fée d'un air exaspéré. La femme qui vous accompagne. Son empreinte est partout sur vous. Elle est où, devant la crevasse ? »
    Black et Tom se jetèrent un regard perdu. Il y avait Mynocia sur eux, plus que du sang et de la glaise ?

    « Elle n'est pas venue, dit Black. Je croyais que vous ne la laisseriez pas entrer et ...
    — C'est encore l'Insaisissable qui vous a dit ça, n'est-ce pas ? Elle n'est pas humaine, votre copine, la trace qu'elle a laissée sur vous est élémentaire. Moi ce que je ne veux pas voir débarquer ici, ce sont ces traîtresses d'humaines, ces furies dégénérées qui se sont damnées au service du tyran »
    Les deux amis se lancèrent un regard perdu. La fée soupira bruyamment et descendit de son trône.
    « J'avais des ailes, autrefois, déclara-t-il, avant que ces harpies ne me charcutent pour m'offrir à Combustor. »
    La fée se retourna, et Black serra les dents. Sur son dos trônaient deux immenses cicatrices presque noires, qui témoignaient effectivement de l'emplacement de ses anciens appendices.
    « L'Insaisissable prend un malin plaisir à déformer par petits bouts les histoires des gens qu'il rencontre. Ainsi, il devient le seul à pouvoir démêler le vrai du faux et aussi le seul à pouvoir contrôler les connaissances de chacun. Je ne massacre pas les femmes par simple prétexte qu'elles sont ce qu'elles sont. Je me venge de celles qui m'ont mutilé, ça par contre, c'est la stricte vérité. Je vous conseille à l'avenir de ne pas prêter trop attention à ce qu'il vous raconte. »

    Chapitre 35


    « Il a dit que vous pourriez nous aider à guérir notre souveraine, lâcha Tom visiblement pressé de changer de sujet.
    — C'est possible. De quel mal souffre-t-elle ? »
    Ravi de pouvoir enfin exposer les raisons de leur visite, Tom se lança dans l'énumération détaillée des symptômes de Clia. La fée écouta attentivement les paroles du chef de guerre, puis sembla réfléchir de longs instants.
    « Votre Reine a dû trop forcer sur sa magie ces dernières années. Elle est en train de se retourner contre elle et de la consumer de l'intérieur. »
    Tom et Black se tendirent de concert.

    « Je n'ai aucun remède pour cela. La seule chose que je peux faire, c'est vous confectionner une potion qui ralentira le processus, pour qu'elle ait plus de chances de mourir de vieillesse que dévorée par sa magie. Mais contre la maladie elle-même, je ne peux rien. »
    Les deux amis demeurèrent silencieux de longs instants, douloureusement touchés par la nouvelle. Clia ne pourrait pas être guérie définitivement ?         

    « Quelle est cette potion ? Demanda bravement Tom. »
    Pour toute réponse, la fée se dirigea vers un buisson de fougères étrangement lumineux et cueillit religieusement une dizaine de petites fleurs blanches, expliquant aux deux hommes qu'il s'agissait de l'élément essentiel de la composition du breuvage. Black prit en note chaque indication avec le plus de détails possibles et rangea précieusement les petites fleurs dans son sac, profitant de l'échange pour remettre à la fée tous les pots de miel. Alors qu'il refermait son sac, l'étrange voix de la créature résonna entre eux.
    « Peut-être est-ce son souhait, à votre Reine, que de devenir une part du passé avant d'y être forcée. Songez-y. »

    Tom se redressa, une myriade de répliques au bord des lèvres, mais la fée le coupa une fois de plus, croisant les jambes sur le trône de feuilles. Ses orteils se mêlaient déjà aux tiges épineuses.
    « Maintenant, c'est à moi de vous demander une faveur. »
    Ses doigts posés sur les accoudoirs étaient de nouveau en fleur.


    « Viendra un jour où l'Histoire pourra s'écrire de nouveau. Ce jour-là, menez-la à moi. »


    Ses lèvres disparurent entre deux branches.
    Black et Tom insistèrent, en vain. Ils ne parlaient désormais plus qu'à une grotte vide et illuminée par quelques plantes. Au bout d'un moment, tous deux se décidèrent à faire marche arrière, résolus à quitter la grotte une bonne fois pour toutes, abandonnant derrière eux les étranges énigmes de la fée.
     
    Sur le trajet du retour, Black fut bien plus prudent qu'à l'allée et saisit Tom directement dans ses bras pour les remonter à la surface. Revenus à la lumière du jour, il le força à nettoyer plusieurs fois ses blessures et découvrit avec horreur que le chef de guerre s'était écorché le côté droit du mollet à l'épaule. Il pansa méticuleusement la chair meurtrie, le cœur au bord des lèvres.


    Tous deux s'autorisèrent quelques instants de pause près de la cascade, se baignant longuement pour chasser l'odeur de vase qui leur collait à la peau, puis prirent le temps de se réchauffer sous les rayons du soleil de la fin d'après-midi.
    Black récupéra ses affaires, sécurisa son sac désormais sec sur son dos, et se releva.
    L'instant d'après, une dague brillait sous son cou, Tom était en position de combat face à lui et la voix de Phonem résonnait désagréablement dans son oreille.


    « Je vois que vous avez trouvé ce que vous cherchiez. »

    Chapitre 35


    Le soleil tombait lentement à l'horizon lorsque Liam rejoignit Ashes ce soir-là, un plateau-repas dans les mains. Il déposa délicatement les victuailles à côté de la jeune femme et ferma la porte qui se rouvrit moqueusement.
    « Eh bien, quel courant d'air ! Sourit le soigneur en poussant l'huis avec plus de force. »
    Il revint s'asseoir vers elle et Ashes le dévisagea curieusement. Liam serait toujours un mystère pour elle. Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi cet humain était si gentil, attentionné, pourquoi il continuait à chercher pendant tout son temps libre un remède pour ses jambes, ni pourquoi il tenait à lui amener chaque jour ses repas. Cela lui semblait à la fois incongru, incohérent et entièrement honnête et véritablement touchant.
    « Tu devrais manger, souleva Liam. »
    Il désigna le plateau rempli d'un mouvement de tête. Sortie de ses pensées, elle obtempéra et donna la moitié de son repas au soigneur qui lui sourit en retour. La première fois, elle avait voulu vérifier que la nourriture n'était pas empoisonnée en la faisant goûter à Liam avant de la manger. Cependant, les repas s'enchaînant, elle avait gardé cette étrange habitude de manger avec lui, tout à fait consciente du manège du soigneur qui ramenait chaque fois des plateaux plus copieux.

    Une fois leur repas terminé, le silence s'installa de nouveau entre eux et Ashes sentit son cœur se serrer. C'était la dernière fois qu'elle partageait son dîner avec cet homme étrange et fascinant. Elle avait joint Siànan la veille, qui lui avait alors annoncé qu'il viendrait la délivrer à la tombée de la nuit. Curieusement, elle se sentit déchirée entre son envie de rejoindre son ami et celle de faire durer ses derniers instants passés avec Liam.
    « Dis-moi Ashes, est-ce que je peux te demander quelque chose ? Fit soudain le soigneur, le regard bien plus dur et sérieux qu'elle ne l'avait jamais vu. »
    La jeune femme se tendit sur son lit mais hocha la tête, triturant nerveusement les lourdes chaînes à ses poignets. Liam fouillait ses pupilles avec une détermination déstabilisante.
    « Ne te bats pas. »
    Elle s'immobilisa.
    « Cette guerre qui arrive, reprit Liam, n'y prends pas part. »
     
    Le silence s'épaissit brusquement entre eux.
    « C'est ce soir, n'est-ce pas, que ton ami doit venir te chercher pour te ramener dans leur quartier général ? »
    La question était entièrement rhétorique et Ashes paniqua. Si Liam donnait l'alerte, elle serait fichue et Siànan ne pourrait jamais entrer dans le château sans se faire remarquer.
    « Eh, calme-toi, je ne vais pas t'empêcher de partir, murmura Liam d'une voix douce, je sais que tu n'es pas à ta place ici et que tu trouveras le moyen de fuir tôt ou tard. Ce que je te demande, c'est de ne pas te battre. Tu mérites mieux que cette guerre, mieux que de finir tuée sur un champ de bataille qui n'est pas le tien. »
    Le souffle court d'avoir trop tiré sur ses liens, Ashes fouilla les yeux noisette face à elle. Elle ne comprenait pas.
    « Il y a des gens à qui je tiens dans ce château, et j'aimerais tant pouvoir les épargner de l'horreur qui nous attend. J'ai une petite sœur, dans le Monde Humain, et j'aimerais lui revenir lorsque tout sera fini. J'aimerais qu'elle soit heureuse, qu'elle ait la vie qu'elle mérite. Tu comprends ? »
    L'élémentaire hocha doucement la tête. La situation lui paraissait complètement irréaliste.
    « Elle pourrait t'aider, si tu le souhaitais, proposa Liam en saisissant ses mains. »

    Il avait les mains chaudes, étrangement plus grandes que les siennes. Il glissa entre ses doigts une petite carte.
    « Je ne te retiendrai pas, dit-il avec un petit sourire triste. J'espère sincèrement que nous nous reverrons. »
    Les doigts de Liam passèrent sur ses menottes. Les lourds morceaux de métal tombèrent sur le matelas avec un bruit mat. Ashes contempla ses doigts libérés de l'emprise du fer magique. Liam déposa un baiser sur son front et se leva. Elle souleva ses mains du lit, le feu crépitant au bout de ses doigts.
    « J'espère aussi, écrivit-elle dans les flammes. »
    Liam lui sourit une dernière fois, et disparut dans le couloir.

    L'instant suivant, un vase éclatait contre le carrelage et la silhouette bien connue de Siànan apparaissait à l'angle de la pièce. Ashes sursauta par réflexe et se détendit considérablement lorsque son ami se jeta sur elle pour la prendre dans ses bras. Elle lui rendit son étreinte, fascinée par la capacité de l'élémentaire à se rendre aussi invisible qu'un courant d'air et ... Oh. Bien sûr. Elle aurait dû se douter que les courants d'air étaient la spécialité de cet homme. Siànan était entré depuis de longues minutes et avait donc suivi tout son échange avec Liam, ce qui expliquait son sourire satisfait.
    « Allez viens, on rentre, glissa-t-il à son oreille avant de la hisser dans ses bras et de disparaître à nouveau. »

    Liam leur avait dégagé le chemin avec tant d'efficacité qu'il ne leur fallut pas plus de cinq minutes pour sortir du château et cinq autres pour s'enfoncer suffisamment profondément dans la forêt. Ils réapparurent tous deux au pied d'un grand pin, et Siànan dévisagea la jeune femme qu'il venait de déposer à terre.
    « Il faut que tu boives ça, fit-il en lui tendant une petite fiole remplie d'un liquide rougeâtre. C'est absolument immonde mais ça va me permettre de te rendre tes jambes pendant que le maléfice est retenu par ce machin. »
    Ashes n'hésita pas plus et avala le liquide à l'odeur nauséabonde d'une traite, toutefois incapable de retenir une grimace. Siànan se pencha sur ses jambes, ses doigts brillant étrangement, et elle ferma les yeux, soudainement envahie par une atroce douleur. Elle se débattit, tenta de repousser l'élémentaire qui appuyait sur son genou, mais la poigne de son ami était ferme et assurée.
    Et puis soudainement, la douleur disparut. Siànan lui tendit une gourde d'eau qu'elle vida de moitié, à bout de souffle.
    « Est-ce que tu sens des fourmis dans tes pieds ? »
    Elle reposa la bouteille et sentit effectivement une sensation d'engourdissement remonter dans ses mollets. Elle hocha la tête et Siànan sourit. Doucement, l'étrange courbature remonta jusque dans ses cuisses. Son ami l'aida à se redresser contre le tronc de l'arbre et son cœur fit un bond lorsque ses orteils réagirent à sa pensée.

    Progressivement, elle reprit le contrôle de ses chevilles, de ses mollets, de ses genoux et de ses cuisses. Elle se sentait toujours engourdie et ses jambes la lançaient douloureusement comme si elle s'était claqué chaque muscle, mais elle sentait. Enfin.
    « Tu risques d'avoir mal encore quelque temps, s'excusa Siànan. Mais tu devrais pouvoir marcher d'ici une petite heure. »
    Ashes le remercia d'un regard et reposa son dos contre le tronc de l'arbre. Elle fit rouler doucement chacun de ses muscles, devenue étrangère à la sensation de son propre corps.
    « Est-ce que tu veux rentrer ? »
    La question de Siànan était douce, posée avec précaution. Elle allait hocher la tête lorsque les mots de Liam lui revinrent en mémoire. Elle dévisagea la petite carte restée serrée dans son poing, sur laquelle figuraient un nom et une adresse. Soudainement, il n'y avait plus un seul chemin face à elle, mais une autre route possible.


    Si elle rentrait au quartier général de l'Armée de Feu, elle redeviendrait la cible de Wïane. Siànan et Kulilaahn n'auraient pas le temps de la surveiller constamment pour empêcher la Primaire de l'attaquer avec la guerre qui s'annonçait et la division de l'Armée de Feu. Pouvait-elle réellement s'imposer ainsi à ses amis, qui tentaient déjà de faire au mieux pour leur Empire qui menaçait à chaque instant de sombrer dans les mains tyranniques de l'Ombre ?
    « Ashes, fit Siànan. Je ne veux pas que tu prennes cette décision par rapport à nous. Je veux que tu fasses ce que tu as envie de faire, au fond de toi. »
    La jeune femme hésita. Elle n'avait jamais pu choisir auparavant. La route qui s'offrait à elle avait toujours été droite, déjà tracée. La voix de Liam résonna en elle.
    « Je ne veux pas me battre »
    Le feu s'enroula autour de ses doigts. Face à elle, Siànan hocha la tête. Il avait l'air sincèrement heureux pour elle.
    « Si un jour, tu as besoin de quoi que ce soit, contacte-moi, dit-il en montrant le petit phénix autour de son cou. Tu seras toujours chez toi avec nous, que ce soit demain, dans trois mois ou dans dix ans. »
    Ashes le prit dans ses bras.

    Siànan demeura à ses côtés de longues heures après qu'elle fut de nouveau capable de marcher. Lorsqu'ils se séparèrent enfin, elle resta de longues minutes à contempler le ciel, seule au milieu de la forêt. Elle n'était plus perdue, pour la première fois de sa vie. Elle était libre de choisir son chemin, sa destination. Libre de choisir son but et son destin. Siànan et Kulilaahn lui avaient offert sa première véritable naissance, des années plus tôt, alors qu'elle n'était plus qu'un tas de cendres dans les mains manipulatrices du tyran. Mais cette nuit-là, Liam venait de lui offrir un possible. Un choix, un espoir, une autre issue.
    Elle disparut finalement dans les bois sombres, la petite carte serrée dans sa main, fuyant vers l'inconnu.
    Lorsque le tocsin résonna enfin au château de l'Armée de Cristal, Liam souriait et Ashes était déjà loin.

     

    Chapitre 35

    Chapitre 35

    Phonem rapprocha dangereusement sa dague de la carotide de Black qui émit une sorte de couinement paniqué sous ses doigts.
    « Qu'est-ce que vous voulez ? S'écria Tom, ses deux sabres brandis devant lui, ses pieds nus palpant le rocher sur lequel il se tenait dans l'espoir de dénicher une faille dans la posture de l'élémentaire face à lui.
    — Ça me semble évident, répondit celui-ci en enfonçant davantage sa lame dans la gorge de Black qui se mit à saigner. Je veux ma pierre.
    — Lâchez-le !
    — Ma pierre.
    — Lâchez-le d'abord et je vous promets que nous allons vous donner cette pierre. »
    Phonem poussa Black hors de son étreinte et Tom attrapa son ami d'un bras. Il ne détourna pas son regard de l'Insaisissable une seule seconde.
    « Bon, maintenant, la pierre.
    — Vous aurez la pierre lorsque nous serons rentrés sains et saufs au château et que notre Reine sera guérie. Mihaje viendra vous trouver, comme il était convenu, fit Tom d'une voix dure. 
    — Et qu'est-ce qui me dit que vous n'allez pas rentrer vous planquer dans votre trou à rats et que je ne verrai jamais la couleur de ce caillou ? Laissez-moi votre ami comme assurance.
    — Non, tonna Tom, sans appel. Il se posta devant Black qui palpait fébrilement sa gorge, prêt à engager le combat à tout instant.
    — Vous ne me faites pas confiance ? Minauda l'Insaisissable, se rapprochant beaucoup trop près de Black qui pâlit et sortit sa dague.
    — Vous avez essayé de me tuer. Comment pourrais-je vous faire confiance ? »


    A leur grande surprise, l'homme roula des yeux et abaissa son arme.
    « Je n'ai pas essayé de te tuer, sombre idiot, sinon tu serais mort depuis belle lurette. J'ai profité de ta situation pour ouvrir un passage vers l'Entre-Mondes. Tu devrais me remercier, grâce à moi tu es devenu une porte. »
    Phonem s'était encore rapproché, et Tom recula prudemment.
    « Laissez-nous partir, et dans une semaine, vous aurez votre pierre. »
    Le chef de guerre ne voulait clairement pas échanger un mot de plus avec l'autre élémentaire. L'Insaisissable sembla hésiter, et Tom en profita.

    « Une semaine, même jour, même heure, à l'endroit où Mihaje vous a rencontré la première fois. »
    Il y eut un instant de flottement, puis Phonem hocha la tête et disparut dans la cascade.
    Les deux amis restèrent sur leurs gardes de nombreuses minutes après que l'homme se soit volatilisé, méfiants. Finalement, Tom rangea ses sabres et examina la coupure au cou de Black.

    « Vivement que cette journée se finisse, se plaignit le justicier pendant que son ami enfilait ses chaussures à la hâte.
    — Oui, vivement, soupira Tom en le poussant d'un pas rapide sur le chemin du retour. »

    A leur grande surprise, ils atteignirent la gare une douzaine d'heures plus tôt que prévu et s'empressèrent de sauter dans un train qui les jeta dans le petit village qu'ils avaient visité à l'allée sous les carillons de la mi-journée. Black laissa Tom choisir le rythme de leur traversée du Monde Humain. Le soir venu, le chef de guerre refusa de dormir à l'hôtel. Son ami ne commenta pas et se contenta de lui ramener une énorme glace au chocolat, profitant d'un instant où il avait le dos tourné. Tom lui jeta son regard tendre qui signifiait clairement « tu n'es pas possible » et Black considéra la glace comme une victoire.
    Une fois sortis du village, il leur fallut encore deux jours de marche pour retrouver des paysages connus. Black ne put retenir un sourire en reconnaissant au loin les montagnes qu'il apercevait de ses appartements. Plus qu'une journée de marche et ils seraient enfin de retour chez eux. Le soir venu, Black pansait l'épaule de Tom d'un bandage propre lorsque celui-ci se tendit et attrapa son sabre, faisant tomber les bandes que son ami avait commencé à enrouler méticuleusement sur sa peau.
    « Il y a quelqu'un, arme-toi. »
    Le justicier attrapa la première arme qui se présenta à lui et suivit son ami, toujours en caleçon et à moitié soigné, qui s'enfonçait dans les bois. Tous deux sursautèrent lorsqu'une silhouette familière leur tomba sous le nez.
    « Mynocia ?! S'écrièrent-ils à l'unisson ».

    « Oh, je veux tellement savoir le contexte derrière ça, s'amusa Mynocia en les détaillant tous les deux, comme s'ils ne venaient pas de la rencontrer au beau milieu de  nulle part alors qu'elle était censée se reposer sagement au château. »
    Effectivement, ils offraient un spectacle assez inhabituel, entre Tom à moitié nu recouvert d'une pâte verdâtre de l'épaule au mollet et Black qui avait attrapé leur poêle à la place de sa dague.


    « Qu'est-ce que tu fais là ? S'étrangla Black qui s'inquiétait déjà.
    — Relax Blacky, j'avance comme une mémère parce que je ramasse des trucs sur le chemin. Le nombre d'herbes rares qu'on trouve dans cette forêt ! Bref, Ashes s'est échappée hier soir, certains membres du conseil pensent qu'elle va te courir après pour se venger, je me suis brouillée avec Mihaje, Jhi-Laim a failli péter un plomb, et du coup je me suis barrée à votre rencontre. Par contre je pensais pas vous tomber dessus avant demain soir, vous avez couru comme ça sur le chemin du retour ? »


    Les deux amis eurent un étrange moment de prise de conscience et Tom rosit légèrement, toutefois incapable de retenir un sourire. Ils entraînèrent Mynocia jusqu'à leur camp et entreprirent de lui raconter leur voyage. Au milieu de leur récit, la jeune femme comprit que la pâte verdâtre était un baume de soin à la grimace que fit Tom, et elle poussa le chef de guerre jusqu'à ce qu'il la laisse s'occuper de ses blessures. Il soupira de plaisir lorsque ses mains fraîches massèrent doucement ses muscles en terminant le bandage.
    « Un jour il faudra que Blacky te masse, lui souffla-t-elle à l'oreille pour que le principal intéressé ne l'entende pas et continue son récit, il a des doigts ... De fée. »
    Tom lui fila un coup de coude mais ne put s'empêcher de pouffer avec elle quand Black leur lança un regard suspicieux.

    Le soir venu, ils se tassèrent tous les trois dans la petite tente et Mynocia ne put s'empêcher d'éclater de rire lorsque Tom lui confia en souriant que Black savait très bien la monter mais absolument pas la défaire. Ils n'avaient toujours pas trouvé comment la rentrer dans la housse. Le justicier se terra entre ses deux amis et tenta de les bouder plus de deux minutes, sans succès. Tom souriait vraiment, l'étincelle était de retour pour de bon dans son regard écarlate, et Black ne pouvait être plus heureux. Ils étaient enfin complets.
    Envahi par une vague d'amour envers ses deux amis, il les saisit dans ses bras et Mynocia en profita pour les faire rouler tous les trois. La tente ne résista pas à un tel assaut et se retourna sur le côté. Tom éclata de rire, coincé entre le haut de la tente devenu partie du sol et le ventre de Black, et les fit partir tous trois dans un grand fou-rire.
    « Tom, si tu bouges ta hanche d'un centimètre, on tombe dans le trou, prévint Mynocia dont un bout de la tête dépassait hors de la toile. »
    Bizarrement, Tom eut l'air de trouver cette information encore plus hilarante et Black le suivit dans sa joyeuse folie. Il leur fallut à tous les trois plus d'une heure pour se calmer et remettre la tente dans un sens plus conventionnel.


    Finalement, ils se retrouvèrent serrés les uns contre les autres et à bout de souffle. Mynocia les fit se déplacer deux fois pour que Tom puisse s'allonger sur son flanc gauche afin de ne pas empirer l'état de ses blessures et Black tint à se glisser derrière son ami tout en gardant contact avec la jeune femme.
    « Ca suffit Black, tu bouges plus, fit Tom en voyant que son ami allait encore les déplacer. Mynocia, rapproche-toi, sinon on va jamais s'en sortir. »
    Cela sembla calmer le justicier qui s'enfonça dans les couvertures, sa main posée à plat sur le ventre de Mynocia. Il sourit lorsqu'elle ne le repoussa pas. Le silence s'installa finalement entre eux, la fatigue reprenant le dessus sur leur excitation de s'être enfin retrouvés.
    « Dis, Myn ? fit la voix fatiguée de Black alors que tous trois commençaient à sombrer progressivement dans le sommeil.
    — Morsou a cramé Blacky, faut t'y faire, maugréa-t-elle, à moitié endormie.
    — Comment tu voudrais l'appeler ? »


    Un long silence suivit sa question et Black se demanda si elle réfléchissait ou si elle venait vraiment de s'endormir. Sous ses doigts, son ventre suivait le rythme de sa respiration.
    « Écoute, Black, commença Tom à gauche, la voix mal assurée mais plus réveillée.
    — Laisse, Tom, c'est bon, coupa gentiment Mynocia. »
    Ses deux amis échangèrent un long regard et Black comprit qu'il manquait encore quelque chose.

    « Naël, murmura finalement Mynocia au silence de la tente. J'aime bien Naël. »

     

    Chapitre 35


    Une semaine plus tard, Mihaje pénétrait sans crainte dans la grande cascade. Le soleil fit disparaître son reflet lorsqu'elle pénétra dans l'eau fraîche, un petit paquet serré précieusement au creux de son poing. En quelques instants, elle se retrouva de nouveau dans l'antre de Phonem.
    Deux jours s'étaient écoulés depuis le retour de Tom et Black au château, et Jhi-Laim venait tout juste de donner sa première potion à la Reine lorsqu'elle avait quitté le Prince. Elle demeurait toutefois confiante, car le remède concocté par le soigneur à partir des petites fleurs blanches avait eu un effet quasiment immédiat.


    Le royaume avait besoin que sa souveraine guérisse, besoin d'elle, de sa détermination et de sa dévotion. Sans Clia pour porter son peuple, Mihaje était persuadée qu'ils n'auraient aucune chance de sortir vivants de la guerre. Elle était la force vive de tout leur Empire, la figure qui leur donnait de la force et de la foi.


    « Oh, Mihaje, vous voilà, fit la voix de Phonem de l'autre bout de la grotte. Impeccablement à l'heure. 
    — Je vous l'ai dit, je n'ai qu'une parole, répliqua la générale. Il n'y avait nul besoin de menacer mes guerriers.
    — Vous aviez envoyé le Rhëeh à la rencontre du siphonné. La fée aurait très bien pu lui proposer une alliance et marchander la pierre pour elle-même. »

    « Les termes de notre accord sont restés confidentiels, s'indigna Mihaje, et je n'aurais jamais envoyé en une si périlleuse mission un guerrier qui ne possède pas ma totale confiance.
    — Oh oui, j'ai pu le constater, s'amusa l'homme en lui faisant signe de s'installer dans son petit salon débordant de métaux forgés.
    — Le remède a pu être concocté avec succès, je viens donc vous remettre votre dû. »
    Sur ces mots, elle sortit de sa robe blanche un petit paquet de tissu qu'elle déposa dans les mains de l'Insaisissable. Ce dernier tira le lacet de soie et dévoila à son regard la petite sphère aux couleurs des ténèbres. Un immense sourire déchira son visage et il fit rouler doucement la petite pierre entre ses doigts.
    « Voici un marché que je ne suis pas prêt d'oublier, Reine Blanche. Je serai ravi de faire de nouveau affaire avec vous dans le futur. »

    Mihaje hocha la tête et se retira. Elle préférait ne pas demeurer en présence de l'homme plus longtemps qu'il ne l'était strictement nécessaire.  Elle traversa de nouveau la cascade et se retrouva plongée jusqu'à la taille dans les eaux claires du lac, le sourire de dément de Phonem imprimé dans sa mémoire. Elle resserra les pans de ses robes contre elle, luttant contre la fraîcheur des eaux.

    L'elfe blanche laissa son regard se perdre quelques instants à la surface de l'eau. Le soleil miroitait contre les vagues en filaments dorés, timidement retenu sous les nuages. Elle ne devait pas douter. Pas à présent que tout était joué et que Phonem se trouvait en possession de la pierre d'éternité. Si elle commençait à regretter ses choix et ses décisions, l'Insaisissable le saurait et elle ne donnerait plus cher de sa vie ou de celle de son peuple.
    Non, elle devait y croire, être persuadée jusqu'à la mort que son choix avait été le bon. Emporter avec elle dans la tombe doutes et regrets pour protéger sa Reine et son Empire.
    Mihaje sortit doucement du lac, aussi silencieuse qu'une ombre argentée. Elle noya dans son sillage le visage peint de folie de l'Insaisissable, et tourna les talons. 

    Chapitre 35


    La porte du réfectoire s'ouvrit dans un grand bruit et déversa dans le couloir une horde de guerriers rassasiés qui plaisantaient gaiement entre eux. La foule migra progressivement jusque dans la grande salle, où les élémentaires aimaient se retrouver pour discuter de leur dernière mission, entamer des tournois de cartes enflammés et profiter de la chaleur du groupe. Siànan sortit à son tour mais ne suivit pas ses hommes et bifurqua dans un couloir, loin de l'euphorie de ses soldats. Son maître l'attendait de pied ferme, blotti dans les ombres des murs.
    « Tu as la fiole ? Demanda Combustor. »
    Il s'arracha aux ténèbres et Siànan chercha les yeux familiers, soigneusement dissimulés sous les voiles noirs du souverain. Il haïssait tellement ces choses sombres, ces tissus de mensonges que Kulilaahn devait porter comme une seconde peau pour être présentable aux yeux de son prédécesseur. Le valet tendit l'objet à son maître qui le glissa immédiatement dans sa poche.


    « Qu'est-ce que tu mets dedans pour que ça ait cette couleur ?
    — Absolument rien, sourit l'élémentaire, il n'y a que du sucre et des plantes dans ce machin. Je l'enchante juste pour qu'il brille un peu, mais sinon je pourrais très bien vous le servir en sorbet. »
    Combustor laissa échapper un petit rire, que Siànan étouffa sous ses lèvres. Ils s'embrassèrent tendrement de longs instants, camouflés à l'angle du couloir, avant que Kulilaahn ne se recule.
    « File rejoindre tes hommes, souffla-t-il tout contre ses lèvres. »
    Siànan lui vola un dernier baiser et disparut au bout du couloir.


    Resté seul, Combustor resserra ses foulards sur son crâne et se mit en marche. Il traversa le château en silence, ouvrit les portes de la salle du trône et se dirigea directement vers le grand fauteuil de soie rouge forgé dans les plus beaux métaux. Il caressa la tête d'un dragon qui rugissait sur la hanse délicatement taillée et enfonça son écaille du bout du doigt. Aussitôt, un claquement sonore retentit dans la grande pièce et le souverain souleva la tapisserie qui se situait derrière l'imposant trône, se glissant dans l'ouverture avant que la porte ne se referme.


    « Kulilaahn, le salua l'Ombre du grand fauteuil de cuir dans lequel il était avachi.
    — Grand-père, répondit celui-ci en s'inclinant respectueusement. »
    Le souverain s'avança face à l'autre roi, sortit la fiole de son manteau et la tendit à l'Ombre avec une gracieuse courbette. Fuxan dévisagea suspicieusement son petit-fils et vérifia le contenu du flacon.
    « Combien de temps va-t-il vous falloir pour comprendre que je ne cherche pas à vous empoisonner ? Protesta Combustor. Cette potion a pour but de préparer votre corps à recevoir la seconde vie que je vais vous rendre, c'est tout. »
    L'Ombre ne répondit pas et continua à faire subir tout un tas de tests à la petite fiole, puis la porta finalement à ses lèvres pour en boire le contenu de manière tout aussi suspicieuse.
    « Combien de temps dois-je encore boire ceci ? Cracha-t-il.
    — Je l'ignore. Générer une nouvelle vie est un processus lent et dangereux, et je ne veux pas risquer un échec, mentit habilement Kulilaahn en reprenant la bouteille vide. »


    « As-tu des nouvelles de mon armée ? S'enquit le Grand Roi, Wïane m'a dit qu'elle avait pu rassembler bon nombre d'hommes mais je n'ai plus eu de ses nouvelles.
    — En effet, mon Seigneur, vos sympathisants se dirigent vers le quartier général en ce moment-même. Mes hommes sont en train de préparer pour eux les quartiers de l'aile est. »
    Face à lui, Fuxan haussa les sourcils.
    « Bien, bien ... J'ignorais que tu pouvais te montrer compétent.
    — Je vous l'ai dit pourtant. J'étais perdu, seul, à devoir assumer la régence de l'Empire en votre absence. Je ne suis pas fait pour diriger une armée, Seigneur, encore moins un Empire. Ce que je souhaite simplement, c'est pouvoir demeurer au château avec mon valet. Le pouvoir en lui-même ne m'intéresse pas. »


    Kulilaahn soutint le regard de feu face à lui. L'Ombre fouillait ses yeux à la recherche de la moindre faille, il le savait. Mais c'était trop tard. Kulilaahn avait repris le contrôle, entièrement, et maniait à présent contre lui la plus puissante des armes de l'Ombre. Il s'inclina une dernière fois, et disparut de nouveau derrière la tapisserie. A l'autre bout du château, Siànan avait réuni ses hommes et leur faisait part des directives à suivre pour les semaines noires qui s'annonçaient.
     
     


    Que le jeu reprenne.

     

     

    Chapitre 35

    FIN DU CHAPITRE 35


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