• Chapitre 36

    Chapitre 36

    Chapitre 36
    L'erreur
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    Résumé du chapitre précédent : Tom et Black, en mission pour Mihaje, ont finalement trouvé l'étrange Fée que Phonem leur avait conseillé de consulter pour sauver Clia. La mystérieuse créature leur révèle que la maladie de la Reine ne peut être entièrement soignée, et que le remède que Jhi-Laim finira par concocter n'est autre que provisoire car il ne fait que retarder l'échéance. Contre toute attente, Clia semble bel et bien condamnée à être rongée de l'intérieur par sa propre magie.
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    Ashes, quant à elle, a finalement trouvé le moyen de joindre Siànan et de fuir le quartier général de l'Armée de Cristal où elle était détenue prisonnière. Dans sa fuite, elle trouve l'aide insoupçonnée de Liam, qui lui demande de ne pas prendre part à la bataille qu'il sait imminente. Siànan, comprenant que la jeune femme a vécu quelque chose de fort avec le soigneur, décide de lui laisser le choix : elle peut partir et tout recommencer à zéro, ou rester avec Combustor et lui-même. La jeune femme hésite quelque temps mais finit par prendre sa décision : elle part, la carte donnée par Liam sur laquelle figure le nom de sa soeur serrée dans sa main.  
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    Quelques jours après le retour de Tom, Black et Mynocia au château, cette dernière ayant rejoint les deux amis en cours de route, Mihaje se rend auprès de Phonem. Elle lui donne la pierre d'éternité qu'elle avait promise à l'Insaisissable en échange d'un remède pour la Reine. De toutes ses forces, elle tente de ne pas douter de son choix ; elle vient, après tout, de donner la vie éternelle à l'homme le plus imprédictible de la planète. 
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    Du côté de l'Armée de Feu, Kulilaahn semble s'être curieusement rallié à l'Ombre qu'il combattait pourtant de toutes ses forces. Le souverain tente en effet de redonner au précédent Roi sa vie qu'il a perdue lors des Jours de Cendre. Si Fuxan retrouvait son complet pouvoir, l'Armée de Cristal pourrait alors avoir du souci à se faire ...
     

    Chapitre 36

     Nawi serra le dernier lacet dans le dos d'Ellyre. La jeune femme dos à elle soupira.
    « La pièce te fait mal ? demanda-t-elle, prenant son soupir pour de l'inconfort. »
    Ellyre secoua négativement la tête, les yeux rivés sur son reflet.
    « Non, non, je la sens à peine ... C'est juste ... Le fait d'être en armure, c'est ... Pas moi. »
    Nawi lui renvoya un sourire triste dans le miroir face à elles. La jeune femme avait effectivement l'air très mal à l'aise et pas du tout dans son élément, serrée dans la carcasse de métal.
    « Est-ce que tu peux bouger sans trop de mal ? »
    Ellyre se détourna du miroir et se retrouva face à Liam qui était resté assis dans un coin de la pièce, polissant négligemment sa propre spalière. Après la fuite d'Ashes un mois plus tôt, l'homme avait tenu à seconder Nawi à la conception et la production des armures. Ellyre les avait rejoints lorsqu'elle avait compris que Mynocia ne retournerait pas aider Nawi. Les trois Reflets de Lune s'étaient alors retrouvés à coordonner l'intégralité de la création des armures elfes.

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    Si Ellyre et Nawi avaient toutes deux senti que quelque chose avait changé chez Liam, aucune d'entre elles ne lui avait fait remarquer. Leur ami semblait plus secret, plus renfermé, plus silencieux. Bien évidemment, il ne leur avait pas fallu beaucoup de temps avant de faire le lien entre la mystérieuse fuite d'Ashes et l'air passablement dépité du médecin. Mais elles préféraient attendre qu'il choisisse de se confier à elles.

    Ellyre fit quelques pas dans la pièce, l'air tout aussi gauche et inconfortable. Elle semblait marcher avec une amure du XIIème siècle plus qu'avec les matériaux elfiques. Elle obéit silencieusement lorsque Nawi lui demanda de sauter, lever tour à tour les genoux le plus haut possible, courir sur elle-même, et se laisser tomber en arrière. L'armure semblait véritablement être comme une seconde peau, une extension protectrice de ses muscles, à présent qu'elle s'y était habituée. Elle avait à peine senti le choc brutal avec le sol lorsqu'elle était tombée à la renverse.
     
    « Bon, maintenant on passe au casque, décréta Nawi en lui ôtant le heaume d'un geste habile. »
    Ellyre suivit des yeux le mouvement de ses doigts et fut soulagée lorsque la pièce de métal quitta sa tête. Elle tâta ses oreilles avec précaution. Elle entendait à peine sous le casque, et le tissu protecteur qu'elle devait porter par-dessous entravait dangereusement son Sens. Si elle n'était pas capable de se servir de l'Ouïe à pleine capacité, elle ne donnait pas cher de sa peau, armure elfique ou pas.
    « Comment tu vas faire ? S'enquit-elle, inquiète, en voyant Nawi s'armer d'une scie et d'un compas. Faire des trous dedans ? »
    Nawi lui répondit d'un sourire.
    « Oh, mieux que ça, tu verras ! »
    La jeune femme ne parvint pas à partager sa joie. Cette bataille à venir la terrifiait. Elle n'avait pas de magie, pas de pouvoir démultipliant ses facultés physiques et aucune connaissance dans le maniement des armes blanches. Sur le champ de bataille, elle ne tiendrait pas la première minute.
     
    Elle avala difficilement sa salive, tritura bruyamment son plastron et Liam releva les yeux. Il sembla saisir immédiatement la cause de son désarroi, repoussa l'armure de ses genoux, et se retrouva à ses côtés en deux enjambées. Il saisit ses mains gantées et captura son regard.
    « Ellyre, tu n'es pas obligée de te battre, tu sais, chuchota-t-il alors que l'anxiété débordait des yeux de la jeune femme. »
    Nawi se leva à son tour et les rejoignit.
    « Je sais, renifla Ellyre en essuyant rageusement ses larmes, je sais bien. Et je veux me battre, pour Sean et Salim, mais ... Par rapport aux autres, aux guerriers, je me sens incapable et impuissante. Toi Nawi, tu sais te battre, tu sais tirer, mais moi je ne sais rien, je vais y rester dès la première minute ... »
    Liam serra ses mains et attrapa ses yeux.
    « Je suis dans le même cas que toi, tu sais. Je suis médecin, pas soldat. Mais l'armée ennemie ne le saura pas. Ils penseront que nous sommes tout aussi forts et dangereux que les autres elfes. C'est là-dessus qu'il nous faudra compter, parce qu'avec les Sens, on peut tout à fait prétendre être des guerriers. »
    Ellyre hocha la tête sans vraiment y croire.
     
    « Ne sous-estime pas le pouvoir de ton Sens, ajouta Nawi en posant une main réconfortante sur son épaule, souviens-toi que c'est grâce à ton Sens que nous avons pu créer Illusion et offrir la ...
    — Illusion ! coupa brusquement Ellyre en se tournant face à elle comme si elle avait été électrifiée. »
    Nawi eut un mouvement de recul surpris et fronça les sourcils. Ellyre la saisit par les épaules.
    « C'est ça la solution ! Il faut utiliser Illusion ! répéta-t-elle comme si cela expliquait tout et que son idée allait soudainement sauter de sa tête jusque dans celle de Nawi.
    — Ellyre, Illusion est coincée dans un placard dans les appartements de la Reine, raisonna l'autre femme qui ne voyait clairement pas où elle voulait en venir.
    — Mais justement ! Si on a été capables de la faire apparaître là, pourquoi ne pourrait-on pas la faire apparaître ailleurs ?
     
    — Imagine la puissance que l'on pourrait avoir, si on parvenait à la rendre mobile ! On pourrait l'ouvrir dans des salles du QG élémentaire, y enfermer des soldats et ...
    — La dimension les aspirerait et ils seraient réduits au néant, termina Liam. »
    Le silence tomba brusquement entre eux.
    Nawi n'osa pas retirer ses doigts de l'épaule métallique d'Ellyre. Cela pouvait fonctionner. S'ils apprenaient à faire renaître la salle rapidement et correctement, Illusion pourrait même devenir un immense vortex portatif. L'Armée de Feu ne pourrait rien faire sinon fuir. Elle ignorait s'il s'agissait d'une idée de génie ou d'une folie pure. Mais Ellyre avait raison sur un point : ils avaient besoin de se forger leurs propres armes s'ils voulaient devenir de véritables guerriers capables de rivaliser avec la magie élémentaire. Illusion semblait un début possible, une arme maîtrisable et redoutable.
    « Allons voir la Reine, proposa Ellyre. »
    Nawi et Liam suivirent.
     

    Chapitre 36

     
    « Eh Blacky ! Bon sang mais remue-toi, on n'a pas toute la journée ! »
    Il allait la frapper. Vraiment. Enceinte ou non, il allait vraiment finir par lui lancer un truc. Bon, rien de trop dangereux non plus, il n'était pas encore devenu complètement malade, mais tout de même. Les dagues qu'il charriait étaient trop lourdes et risquaient de le blesser lui dans son entreprise. Il laissa tomber l'idée. Un fourreau ? Mh, pas assez lourd, cela ne volerait pas jusqu'à Mynocia sans un peu d'aide. Un chou ? Il était sûr d'avoir vu passer un elfe avec une charrette de choux quelques minutes plus tôt. Cela semblait idéal, comme projectile, cela ne pourrait pas lui faire trop mal et cela lui remettrait les idées en place.
    « Blacky, sérieux, on attend que toi ! »

    Il ouvrit la bouche, prêt à l'envoyer sur les roses, chou ou pas, lorsque Tom surgit derrière lui et l'aida à stabiliser sur ses épaules la quantité impressionnante d'armes qu'il transportait. Le chef de guerre l'allégea de deux arbalètes et lui chuchota à l'oreille :
    « Laisse passer, elle fait exprès. Je l'ai entendue parier avec Nelween que tu serais incapable de la frapper même avec un oreiller. »
    Black ouvrit la bouche, choqué. C'était un complot, cette affaire ? Une stratégie vicieuse pour le mettre sur les nerfs ? Tom lui fit un clin d'œil et ajouta :

    «  Rien que pour le plaisir de la faire perdre, prends sur toi. 
    — Oui mais c'est lourd, grommela-t-il. »

    Il ne savait même plus s'il parlait de l'attitude de Mynocia ou des armes.
     
    Depuis plusieurs jours, les liés avaient été chargés d'aider à l'armurerie en plus de leurs sessions quotidiennes d'entraînement. Leur travail pour aider les forgerons de l'Empire était loin d'être compliqué : ils devaient vérifier l'état des nouveaux fers, les rassembler et les trier dans la cave qui servait d'entrepôt. Le problème résidait justement dans le fait que leurs tâches étaient répétitives, ce qui avait rapidement conduit Mynocia à s'ennuyer, une fois toutes les blagues possibles et imaginables liées à la présence de Black dans les souterrains du château effectuées sans remord. Pour ne pas aider, il refusait catégoriquement de la laisser porter des charges trop lourdes, ce qui lui valait des remarques perpétuelles sur sa force physique et son complexe de papa poule naissant. Mais elle était enceinte, bon sang, et il ne supportait pas de voir son ventre si près de tant de lames.

    Tom disparut aussi rapidement qu'il était apparu, sûrement pour aller s'enfermer avec son frère pour une réunion stratégique, et les liés se retrouvèrent seuls, courbaturés, au milieu d'un couloir dans les souterrains. Black se laissa glisser contre le mur et Mynocia suivit, un petit sourire accroché aux lèvres.

    « Eh Myn, la prochaine fois, parie pas n'importe quoi avec Nelween, murmura-t-il, surpris de trouver sa voix amusée et dénuée de tout reproche.
    — Je lui parierai que tu peux voler la tête en bas, dans ce cas.
    — Pour être sûre de perdre ?
    — Non, sûre de gagner. »
     
    Black éclata de rire et ils gloussèrent comme deux adolescents.
    « J'en ai ma claque de toutes ces armes, avoua le Justicier lorsqu'ils furent calmés. J'en rêve la nuit maintenant, ça me fait faire des cauchemars vraiment glauques dans lesquels je suis poursuivi par une arbalète à crosse tordue. Les elfes ont-ils vraiment besoin d'un tel attirail ? 
    — S'ils veulent avoir une chance de remporter la guerre, oui, soupira l'élémentaire à ses côtés. »
    La tête de Black tomba sur son épaule. Il redevint sérieux.
    « Est-ce que l'on a une chance de gagner, Myn ? »
    Elle ne répondit pas, ses doigts jouant distraitement avec une mèche rouge. Peut-être était-il l'heure de lui révéler certaines choses. Elle sentait que la bataille qui approchait serait décisive, et Black méritait de savoir ce qu'il pourrait advenir. Elle hésita de longs instants, l'image des vieux grimoires dansant dans son esprit.
    Black devait savoir, décida-t-elle. Elle avait déjà trop attendu.
    Elle se releva et lui tendit la main.
    « Il faut que je te montre quelque chose. »
    Black l'attrapa sans hésiter un seul instant.
     
    Depuis qu'il vivait au château, Black n'avait eu que rarement l'occasion de se retrouver dans les grandes bibliothèques. Peut-être aurait-il dû oser, demander une bonne fois pour toutes à Jhi-Laim la permission d'y flâner ... Son regard se perdit entre les livres alors que Mynocia ouvrait le chemin à travers l'étrange forêt. L'odeur du parchemin envahit ses narines et il sourit, se souvenant de ses pèlerinages d'enfant à la bibliothèque de sa ville, de laquelle Lysia ne parvenait jamais à le faire sortir. Mynocia lui attrapa le poignet pour ne pas le semer et l'entraîna à sa suite dans une branche de la bibliothèque. Il dévisagea curieusement la planche de bois qui stipulait « mythes et légendes » et s'enfonça entre les rayons à la suite de la guerrière.
    Ils s'arrêtèrent finalement devant un très vieux grimoire que Mynocia saisit précautionneusement et qu'elle déposa sur une table derrière eux. Black demeura silencieux et s'assit face à elle.
    « Ce livre contient toutes les prophéties énoncées ce dernier siècle, éluda-t-elle en surprenant son regard interrogateur. Dont celle qui nous lie, tu t'en doutes. »
    Le justicier attrapa doucement le livre et en tourna religieusement les pages. Il avait pourtant l'air d'avoir été écrit des centaines d'années avant leur ère. La reliure crissa étrangement sous ses doigts. Intrigué, il retourna le livre ... Et un paquet impressionnant de petits parchemins s'échappa de la couverture.
     
     

    Chapitre 36

     
    « Ce sont mes recherches, clarifia Mynocia en dépliant un à un les bouts de papier qui révélèrent son écriture fine et penchée. Depuis que nous sommes chez les elfes, je cherche d'arrache-pied un moyen d'annuler la légende. »
    Elle lui tendit un des parchemins, sur lequel elle avait recopié la prophétie dans son intégralité. Les vers étaient annotés de toutes parts.
    « De deux sexes opposés ... commença-t-il, mais la guerrière posa sa main contre ses lèvres.
    — Tu es le Rhëeh. Ta voix mêlée à ces mots serait prophétique. »
    Le justicier hocha la tête et lut en silence les mots qu'il avait presque oubliés. Mynocia avait légendé pratiquement chaque lettre, tiré des flèches et dessiné des liens entre les syllabes. Il fut néanmoins intrigué par deux mots qui avaient été recopiés à l'encre rouge à l'extrémité du parchemin : « vaincre » et « ennemi ».
     
    Alors qu'il allait lui demander la raison de la présence de ces deux termes, elle reprit ses explications.
    « J'ai lu dans de nombreux ouvrages qu'une légende, une fois prononcée par un oracle, ne pouvait plus être renversée. Je suis certaine que celle-ci a été enclenchée, puisque nous avons tous deux trouvé l'étoile. Et comme tu peux le lire, si elle a bel et bien été activée, nous mourrons tous les deux lors de sa réalisation. »
    Les mains de Black se crispèrent sur le parchemin. Ils allaient y rester, tous les deux, tués par une légende ? Il passa ses doigts sur les boucles d'encre noire. Alors c'était cela, ces mots, qui seraient sa mort ? Avait-il vraiment son bourreau sous les yeux, au bout de ses doigts, sur ses lèvres depuis le premier instant ?
    Il releva les yeux vers Mynocia, s'attendant à croiser son regard triste et résigné, mais la guerrière souriait.
    « Les mots, répondit l'élémentaire d'un air malicieux. La clé est dans les mots. »

    Il lui lança un regard perdu.
    « Chaque mot dans une prophétie est primordial. Chaque son, chaque syllabe. Black, s'il n'y avait ne serait-ce qu'une seule erreur dans cette légende, nous pourrions la détourner à notre avantage. »
    Il dévisagea de nouveau ses flèches et ses notes. Elle avait cherché les failles. Cherché à vaincre l'invincible, et avait trouvé.
    « Tu penses qu'il y a une erreur là-dedans ?
    — Non, mais je pense que l'on peut en créer une. »
    Ses yeux se posèrent sur les mots recopiés à l'encre rouge.
    « Tu te souviens du dernier indice laissé par Sean ? »
    La question était bien évidemment rhétorique. Il aurait été incapable d'oublier cette soirée, ces derniers moments passés au chevet de son ami alors que la mort l'embrassait petit à petit. Son cœur accéléra lorsqu'il reconnut le mot « ennemi » qui avait flotté autour du lit de Sean et qui avait été recopié par la plume de Mynocia sur le parchemin.
    « Sean pourrait bien nous avoir sauvé la vie, répéta-t-elle. »
    Son ami d'enfance, l'homme qu'il avait abandonné derrière lui lors de sa fuite, le voyant qu'il n'avait jamais vu, lui avait laissé la clé. Sean lui avait livré sur son lit de mort le mot de toute sa vie.
     
    « Mais qu'est-ce que ça signifie ? S'enquit Black qui cherchait à rendre la chose tangible, qu'il faut que l'on s'allie avec l'Armée de Feu ? »
    Etait-ce pour cela que Tom avait accusé Mynocia d'être le traître, cette fois où il avait surpris ses deux amis dans une violente dispute ? La guerrière pactisait-elle avec le camp adverse dans l'espoir d'inverser la légende ?
    « Non. Bien sûr que non. Je ne laisserai pas le Grand Roi vivre après ce qu'il a fait à Nuane. Et je doute que tu apprécies l'idée de savoir Wïane heureuse et satisfaite de ses meurtres. »
    Il se glaça. Non. L'idée était tout bonnement insupportable.
    « Mais ...
    — C'est toute la phrase qu'il nous faut démanteler si l'on veut avoir une chance que l'erreur renverse la légende. »
    Il relut la phrase silencieusement, plusieurs fois de suite, espérant que la solution lui sauterait au visage comme un diablotin hors de sa boîte. Rien à faire, pour lui, les mots restaient des taches d'encre à sens unique.
    « Blacky, enfin, tout le chant tourne autour de cette partie ! C'est ce ''vaincre l'ennemi'' qu'il faut catapulter ! »
    Si elle le disait, dans ce cas.
    « Cette bataille à venir, fit Mynocia en soutenant son regard perdu, nous devons la perdre. »
    Il ne lâcha pas ses yeux une seule seconde. Cela ne faisait aucun sens ! Comment étaient-ils censés vivre tous deux s'ils perdaient la bataille ? Etait-ce véritablement ce qu'avait voulu dire Sean en lui livrant cet indice ?
    « Si je comprends bien, on aurait meilleur compte à ne pas prendre part au combat ? »
    Il était certain que ses neurones devaient ressembler à un tas de nouilles trop cuites.
    « Non, il faut que l'on y survive. Et Blacky, ce n'est pas parce que l'on perd une bataille que l'armée perdra la guerre. 
    — Donc on leur fait perdre un combat, des dizaines de soldats, juste pour sauver notre peau ? »
    Son ton était clairement amer et Mynocia lui lança un regard réprobateur.
    « Tu m'entends mais tu ne m'écoutes pas. Les elfes peuvent gagner cette bataille. Toi et moi, on doit la perdre. »
     
    Il ne comprenait plus rien. Les interprétations de Mynocia ne faisaient aucun sens. Comment auraient-ils pu perdre la bataille, gagner la guerre et rester en vie, le tout en faisant l'exact inverse des vers maudits de la légende ?
    « Myn ... Geignit-il en plissant nerveusement le parchemin, ça ne fait aucun sens, j'y comprends rien ... »
    Il sentait la panique pointer le bout de son nez. Mynocia saisit sa main et ancra son regard dans le sien.
    « Est-ce que tu me fais confiance ? »
    Sa voix était à peine plus haute qu'un murmure. Il hocha vigoureusement la tête. Il savait qu'elle ne lui disait pas tout, qu'elle lui cachait des choses, sur elle comme sur la guerre, et se doutait bien que cette histoire de légende était aussi nébuleuse parce qu'elle refusait de lui livrer certains éléments mais ... Oui, il lui faisait confiance. Aveuglément.
    « Eh, Blacky ... Je ne laisserai pas un vieux texte poussiéreux écrit par un vieil oracle saoul dicter notre vie ou notre mort. Prophétie ou non, ce ne sont pas quelques grammes d'encre qui nous tueront. »
    Il déglutit difficilement. Il y avait une détermination farouche peinte sur ses traits, en laquelle il avait envie de croire.
    « J'ai peur de te perdre, avoua-t-il sans pouvoir s'en empêcher. Toi et Naël. Je ne peux pas l'imaginer, je pourrais pas ... »
    Un index se posa sur ses lèvres.
    « Je ne t'abandonnerai pas Blacky, je te le promets. »
    Elle scella ses paroles d'un baiser et Black fut rassuré de sentir l'Aléthéia gronder joyeusement contre son cœur.
     
    Il approfondit le baiser et serra Mynocia contre lui. Il se perdit contre ses lèvres, s'y noya, la laissa enrouler son âme contre la sienne en une étreinte protectrice et rassurante. Il aurait tellement aimé pouvoir arrêter cette guerre, empêcher la bataille, convaincre Mynocia de ne pas prendre part au combat. Il saisit ses hanches et l'attira plus près de lui, laissant sa main gauche se poser par réflexe sur la petite bosse qui commençait à apparaître sur son bas-ventre. Mynocia fut déséquilibrée par son mouvement et bascula en avant, projetant le vieux grimoire et tous ses papiers hors de la table. Les liés tombèrent à leur tour à la renverse sans rompre le contact, et tous deux pouffèrent en remarquant que la précieuse légende avait atterri sous les fesses de Black. Il allait repartir à l'assaut de ses lèvres lorsqu'elle s'écarta brusquement de lui, comme électrifiée. Inquiet, il se redressa à son tour et lui saisit l'épaule. Les mains de l'élémentaire se crispèrent autour de son cou, le long d'une chaîne argentée qui scintillait étrangement.
    « Myn, tout va bien ? »
    Il commençait sérieusement à paniquer.
    « Je dois aller voir la Reine, déclara-t-elle soudain. Tout va bien, ne t'inquiète pas. »
    Elle se releva en un mouvement et disparut comme une tempête hors de la bibliothèque.
    Black resta seul, allongé sur le parquet, le regard perdu sur les voûtes du plafond, perdu dans une marée de parchemins, mais l'esprit curieusement en paix.
     

    Chapitre 36

    Siànan invita d'un geste ses hommes à prendre place face à lui et s'assit sur le dossier de sa chaise, joignant ses mains sur ses genoux. Il compta rapidement les soldats assis autour de la table et le dernier entré fit claquer la porte derrière lui. Ses guerriers étaient au complet, parfait. Sans aucune forme de préambule, le valet leur expliqua que tous partiraient en mission dès le lendemain, et leur attribua à chacun un morceau de parchemin qu'il leur lança habilement dans les mains. Si certains eurent des doutes sur l'intérêt de leur quête, aucun n'osa élever la voix lorsque Siànan demanda s'il leur restait des interrogations.
    « Eh bien messieurs-dames, je vous souhaite bon courage ! »
    Son sourire confiant eut raison de leurs derniers doutes. Siànan savait pertinemment que ses guerriers n'étaient pas dupes et acceptaient ces missions ridicules seulement parce qu'ils avaient confiance en lui et en ses capacités de général. Il comptait justement sur ces soupçons de doute, sur la manie de ses hommes de se mêler de tout. Il savait pertinemment que toutes les troupes accourraient au quartier général s'ils avaient vent de la moindre anomalie. Satisfait, le valet sortit à leur suite et se dirigea directement vers les appartements de Combustor.
     
    Le souverain était noyé sous un tas de papiers, à moitié effondré sur son bureau, lorsque Siànan se faufila sans toquer dans ses appartements. Kulilaahn releva la tête en le voyant entrer et ne put s'empêcher de sourire.

    « Tu es au courant que tu empires les rumeurs quand tu entres ainsi dans mes appartements, Siànan ?
    — J'aime entendre Wïane cancaner sur mes performances sexuelles, je l'avoue, s'amusa le valet en riant lorsque son amant roula des yeux. »

    Le souverain ne répondit rien et invita l'autre homme à s'asseoir face à lui. Ces rumeurs lui étaient finalement bien utiles, puisque Wïane et l'Ombre se trouvaient persuadés que ses entrevues de plus en plus fréquentes avec Siànan se passaient de tout échange verbal. Wïane avait ainsi convaincu son maître que Kulilaahn n'était qu'un bon à rien intéressé seulement par son valet. Résultat, Siànan était désormais libre de ses mouvements et tous deux avaient une couverture parfaite en cas de problème.
     
    Le valet tira une chaise et prit place face à lui, dévisageant la tornade qui avait eu lieu sur le bureau du souverain.
    « Comment se passe l'évacuation ? demanda Combustor qui tentait de trier la montagne de paperasse sous ses yeux.
    — J'ai envoyé le dernier groupe en mission cet après-midi. Il devrait partir dans la nuit. Il reste encore deux générales sur place, mais j'attends le dernier moment pour leur confier une mission : elles sont trop rapides et risqueraient de revenir trop vite. »
    Kulilaahn hocha la tête et alluma une bougie en posant ses doigts sur la mèche. La lumière se fit soudainement sur les liasses sous ses yeux.
    « La dernière vague de sympathisants de l'Ombre devrait arriver demain matin. Je leur indiquerai de s'installer dans les appartements de tes hommes. »
    Siànan suivit des yeux le chemin des doigts de Kulilaahn qui s'étaient posés sur les appartements en question. Ses hommes et les fidèles de l'Ombre allaient se croiser avec quelques heures d'intervalle, dans une magnifique machination.
     
    Face à lui, Combustor joignit ses mains sur les plans du château, et le silence tomba entre eux.
    « Fuxan ne vérifie plus le contenu des flacons depuis près de deux semaines, lâcha-t-il enfin. »
    Siànan sourit et hocha la tête. Il n'était pas trop tôt. Il avait cru que jamais Kulilaahn ne parviendrait à gagner la confiance du Grand Roi.

    « Combien de temps te faudra-t-il pour préparer la potion ?
    — Deux-trois jours, suivant le nombre de fois où je dois m'interrompre pour échapper à Wïane.
    — Je m'occupe de Wïane. Mets-toi à l'ouvrage dès que possible. »

    Le valet s'inclina et s'engouffra dans une petite pièce noire camouflée derrière l'armoire du souverain. Kulilaahn le regarda disparaître entre les vapeurs étranges, le cœur soudain empli d'espoir. Ils seraient les maîtres jusqu'au dernier instant.
    L'élémentaire saisit l'épée qui reposait sur le lit et la pressa fort dans son poing. Le métal scintilla et lui renvoya une vague de chaleur.
    « C'est l'heure. Trois jours, susurra-t-il au fer brûlant. »
     

    Chapitre 36

     
    Tom déposa ses cartes sur la table de bois et entreprit de ranger les ouvrages qui étaient tombés des rayons voisins. Cette bibliothèque commençait véritablement à être en désordre, et ses passages réguliers n'arrangeaient pas les choses. Tout s'accélérait autour de lui, et il sentait bien que la bataille à venir allait encore lui demander de longues nuits blanches à parler stratégie de combat avec son frère. Dans ses recherches, il n'avançait pas. Le temps était compté, et il ne trouvait rien. Il avait pourtant commencé ses fouilles dans les plus grands ouvrages, était allé jusqu'à se procurer des manuscrits ennemis mais ... Rien. Il n'y avait rien. Et il allait manquer de temps. Son front tomba sur les reliures face à lui. Il n'avait pas le droit de ne pas trouver. Pas le droit de laisser Mynocia mener la danse sans avoir au moins un mouvement d'avance sur elle. Son regard se perdit sur les rayons qu'il distinguait face à lui, sur la silhouette allongée au sol et l'odeur de parchemin entêtante. Il était à court d'idées. Une seconde. La silhouette allongée au sol ?
    Le chef de guerre s'extirpa de son rayon et courut jusqu'à la forme aux cheveux rouges tombée sur le plancher.
    « Black ! »
     
    Le dénommé se réveilla en sursaut, se redressa par réflexe et se cogna violemment la tête contre l'angle de la table.
    « Est-ce que tu vas bien ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda le chef de guerre d'une voix fébrile alors que son ami se massait piteusement le crâne.
    — Rien, rien, ne t'inquiète pas, le rassura Black une fois que les trente-six chandelles eurent cessé de tourner autour de sa tête, j'étais avec Myn, on est tombés par terre, elle a filé en furie voir la Reine, et je suis resté par terre. Je crois que j'ai dû un peu piquer du nez. »
    Tom, à genoux à sa droite, lui jeta son éternel regard mi-incrédule mi-réprobateur et l'aida à se relever. Les recherches de Mynocia volèrent autour d'eux. Black pesta et se baissa de nouveau pour les rassembler. Tom se saisit d'un parchemin et fronça les sourcils.
    « Qu'est-ce que c'est ? »
    Il tenait la feuille sur laquelle elle avait recopié et annoté la légende. Le regard de Black passa successivement du parchemin à Tom une dizaine de fois, incapable de savoir s'il devait ou non confier ce que venait de lui avouer la guerrière à son ami. Mynocia vouait une confiance sans borne au chef de guerre, il le savait. Lui, il aurait confié sa vie sans une once d'hésitation à Tom.
     
    « Myn pense que l'on peut annuler la légende, résuma-t-il. Selon l'indice de Sean, c'est l'expression "vaincre l'ennemi" l'erreur, ce qui nous permettra de vaincre la prophétie. »
    Tom regarda de plus près la feuille raturée qu'il tenait entre les mains. Mynocia avait décortiqué les mots avec une patience étonnante. Il tourna son regard vers Black dont les yeux souriaient. Les mots se coincèrent dans sa gorge. L'air empli d'espoir et de joie du justicier se fana légèrement.

    « Tom ?
    — Black, je ... »

    Les mots ne voulaient pas venir. Il fallait qu'il trouve la force de lui dire, de le mettre dans la confidence. Il reprit son souffle et tenta de nouveau sa chance.
    « Mon prince ! La Reine demande un rassemblement d'urgence du peuple dans l'arrière-cour ! »
    Le messager elfe au parfait timing déguerpit aussi vite qu'il était rentré et le courage de Tom disparut à sa suite. Il balaya ses essais d'un geste de main et Black laissa filer, préférant s'engager derrière son ami dans les couloirs. Le silence tenta Tom de nombreuses fois sur le trajet jusqu'aux jardins, mais ses lèvres demeurèrent closes.
     
    L'arrière-cour grouillait déjà de monde lorsque Black et Tom y parvinrent. Les elfes continuaient d'arriver et se rassemblaient face au château, parlant à voix basse. Les deux guerriers rejoignirent Mynocia qui s'était isolée dans un coin, a priori lancée dans un féroce combat de regards avec Mihaje. L'elfe blanche la fixait étrangement, entre la colère et l'inquiétude, mais l'arrivée des deux amis l'interrompit immédiatement. Black s'assit au moment même où Jhi-Laim et Clia apparaissaient. Les Reflets de Lune et les grands généraux suivirent et bientôt, l'intégralité du peuple se retrouva regroupée dans l'arrière-cour.
    « Est-ce que vous êtes tous là ? Demanda la Reine, détaillant chaque elfe des yeux. »
    Elle laissa chacun vérifier la présence de ses amis. Black jeta un regard en biais à Mynocia et Tom à ses côtés, qui se chamaillaient avec des brins d'herbe. Pour lui, ils étaient au complet.
    « Bien, commença Clia. Asseyez-vous. »
    Le peuple tomba silencieusement dans l'herbe. Tous savaient que quelque chose de grave allait leur être livré d'une seconde à l'autre. La dernière fois que la souveraine avait ainsi réuni son peuple, l'Empire avait perdu son roi dans les flammes.
     
    Sans un bruit, Clia s'assit à son tour sur une petite butte de terre.
    « J'imagine que vous vous doutez pourquoi je vous ai réunis ce soir. »
    Sa voix douce et calme résonnait étrangement jusqu'à l'orée de la forêt. Mihaje, Jhi-Laim et Leïnae s'assirent à leur tour. A l'horizon, les derniers rayons du soleil projetaient des ombres rosées sur les pierres du château.
    « La guerre est à nos portes depuis de trop nombreux mois. Il est temps pour nous de mettre fin à l'horreur, de frapper une fois pour toutes au cœur de ce mal qui nous ronge. L'Armée de Feu est en train de hisser de nouveau à sa tête le monstre qui a volé nos proches et nos enfants, ce serpent qui a tué votre Roi il y a de cela presque cent ans. Si nous le laissons reprendre le contrôle de son armée, nos vies seraient damnées à l'enfer. C'est pour cela que je souhaite que nous l'attaquions maintenant, à l'heure où il tente encore d'asseoir son pouvoir. »
    Le silence revint. Même les oiseaux dans la forêt semblaient écouter la Reine et s'être tus quelques instants. Black n'entendait plus que le martèlement assourdissant des battements de son cœur.
    « Dans trois jours, déclara la souveraine, nous marcherons vers une vie plus libre, vers le dernier combat qui nous délivrera du joug d'acier de Combustor. »
     
    Trois jours. Trois minuscules jours avant la bataille. Dans trois jours, pensa Black, il serait mort. Il serra ses mains moites l'une contre l'autre. Il ne voulait pas y croire, refusait de prendre conscience de cette réalité trop violente.

    « Cette bataille sera dure, et nous n'en reviendrons pas tous, je ne vous le cache pas. Mais nous aurons l'avantage d'être organisés, imprévus, et unis. Les élémentaires ne comprendront jamais ce lien qui fait notre force, et notre attaque surprise ne leur laissera pas le temps de s'organiser. Dans trois jours mes amis, l'Ombre tombera et nous serons vainqueurs. »

    Jhi-Laim se rapprocha de la Reine et elle reprit.

    « Si je vous appelle au combat ce soir, ce n'est pas pour vous enrôler. Vous aurez jusqu'au moment du départ pour prendre votre décision et choisir de venir conquérir ou non la liberté avec nous. Toutefois, sachez que je refuserai que les enfants nous suivent. En ce qui me concerne, vous le savez, la maladie me ronge. Ma magie ne m'obéit plus aussi fidèlement et ce malgré les bons soins de Jhi-Laim. C'est pourquoi je souhaite que cela soit Mihaje qui mène l'armée ce jour-là, et que vous la traitiez comme vous me traitez moi. »

    A l'autre bout de l'arrière-cour, Mihaje se releva, fit quelques pas en direction de sa souveraine et posa un genou à terre, le poing fermement serré contre le cœur.
    « Je vous ferai honneur, Altesse, jura-t-elle. »

    Jhi-Laim suivit et Tom s'arracha aux liés pour s'incliner à son tour. Les Reflets de Lune s'avancèrent et se courbèrent d'un même mouvement, en même temps que les généraux. Mynocia saisit la main de Black et les liés jurèrent allégeance à leur tour. Le peuple entier tomba devant sa Reine. La magie de Clia se déploya sur eux et releva leurs yeux.
     
    « Ces trois jours à venir, nous aurons besoin de l'aide de tous ceux qui seront volontaires. Nous sommes prêts à livrer pareille bataille depuis de longues semaines, mais il n'est pas de prudence excessive, ajouta-t-elle, sa magie caressant toujours les elfes. »
    Tom revint aux côtés des liés. L'herbe sous leurs pieds se faisait fraîche et sombre. Le soleil était en train de disparaître derrière les tourelles du château.
    « Cette nuit, si vous le souhaitez, j'aimerais veiller avec vous ».
    Des murmures parcoururent la foule. Black jeta un regard perdu à Tom dont le regard s'était soudainement voilé. La question inquiète qui lui brûlait les lèvres lui échappa lorsque son ami saisit ses doigts entre les siens et attrapa la main d'un elfe qui se tenait près d'eux. Mynocia, dont la main gauche était restée serrée contre la sienne, saisit à son tour les doigts d'un elfe à sa droite. Clia, Jhi-Laim et Mihaje disparurent parmi le peuple, offrant leurs deux mains. Le royaume ne forma bientôt plus qu'une seule grande chaîne. Tom et Mynocia tombèrent en arrière dans l'herbe et Black suivit le mouvement.
     
    Le silence tomba et la magie surgit. La terre sous leurs corps scintilla, dégageant une étrange chaleur. Black leva le menton et se retrouva nez à nez avec les étoiles. Par intermittence, les astres étaient obstrués par une étrange vague de magie qui montait au-dessus d'eux et disparaissait dans le bouclier. Sans qu'il ne s'en rende compte, ses doigts se mirent à tracer des arabesques au creux des paumes de ses deux amis qui semblèrent perdre leur souffle mais transmirent la caresse aux mains tendues des autres elfes. Black ferma les yeux. Il sentait le mouvement se déployer, les elfes le répéter et le faire voyager. Il se concentra sur la danse de ces milliers de doigts et envoya à Mynocia et Tom une petite pulsion qui se voulait douce et apaisante.
     

    Chapitre 36

     
    Elle traversa le peuple en un battement de cœur et migra vers les cieux en un million de fragments de soleil. Chacun hurlait aux étoiles une promesse de victoire. Sa magie retomba en une pluie fine de cristaux dorés. Les elfes brandirent leurs mains liées et sans comprendre pourquoi, Black sut que sa véritable place serait toujours parmi eux.
    Au milieu de l'arrière-cour, la voix d'un elfe s'éleva, et un par un, d'autres chants se greffèrent au sien. Black jura avoir aperçu une étoile danser. Le chant des elfes perça son âme, le cloua contre la terre qui vibrait sous son dos et fit surgir les larmes. Dans trois jours, il serait mort, se répéta-t-il. Cette fois-ci, son cœur l'accepta. Il mourrait au combat, pour défendre un peuple qui était devenu le sien, pour sauver les âmes qu'il avait senties tournoyer autour de ses doigts. Ce soir-là, pour la première fois, Black songea à la mort sans peur.
     
     
    La nuit s'allongea dans l'ombre des chants qui ne se tarirent pas un seul instant. Il s'étonna de ne pas avoir froid puis comprit que la magie de la Reine, diffuse dans toute la terre, devait elle aussi lui tenir chaud. La nuit était pourtant noire et seule la lumière de la lune les éclairait. Il ne ressentait plus les effets du temps ou du vent. L'univers semblait s'être arrêté quelques heures pour contempler l'espoir et la détermination de la petite civilisation elfique, pourtant si grande et si puissante. Pour une nuit, il oublia la guerre, le sang et la terreur à venir. Il serra les mains des deux êtres qu'il aimait plus que tout au monde et autorisa l'espoir à s'installer au plus profond de son cœur. L'armée de feu, l'Ombre et la bataille ne valaient plus rien face à la force de l'amour qui ébranlait son âme. Lorsque les premiers rayons de soleil apparurent entre deux nuages et que le ciel s'emplit soudain de haillons orangés, Black eut l'impression que le temps avait de nouveau été projeté dans la réalité. Il ouvrit les yeux pour ne plus jamais les refermer.
     

    Chapitre 36

     
    Les trois jours suivants se déroulèrent dans une sorte de brouillard emmêlé. Le temps semblait s'éterniser et filer à toute allure dès qu'il cessait de le surveiller. Le royaume tout entier était en effervescence, chacun courait après ses armes, son armure, une pièce manquante, profitait des dernières heures pour parfaire une technique de combat ou profiter des chaudes heures de juillet. Tom dormait à peine, déchiré entre toutes les réunions de stratégie et de préparation de la bataille et les sessions où il retrouvait ses troupes pour les préparer et les rassurer. Il courait sans cesse entre les entraînements de l'arrière-cour, la salle de réunion, les appartements de la Reine et la bibliothèque.
    Mynocia était retournée aider les Reflets de Lune avec les armures, au grand dam d'Ellyre qui avait fui sa présence et préférait alors le contact des guerriers. L'élémentaire avait ajouté des accessoires et autres suppléments aux armures des guerriers qui le demandaient. Ream et Nelween avaient trouvé de quoi se rendre utiles auprès de Jhi-Laim qui empoisonnait à la chaîne les dagues des soldats qui le souhaitaient entre deux réunions stratégiques. Clia et Mihaje passaient parmi le peuple pour vérifier leur équipement et Black ... Se sentait clairement inutile.
     
    Il avait circulé comme une balle de ping-pong entre tous les groupes, cherchant à se rendre utile, mais il n'avait aucune compétence de stratège ou de forgeron et Jhi-Laim avait refusé de le laisser seul avec Nelween un après-midi entier. Depuis leur mission catastrophe pour tenter de sauver Yaël, ses relations avec la princesse étaient devenues désastreuses. Black s'était alors retrouvé seul, immobile au milieu d'une agitation croissante à laquelle il ne parvenait pas à s'incorporer. Ses pas l'avaient mené aux petits jardins secrets sans qu'il n'en sache véritablement la raison. Il tomba dans l'herbe et écouta le son de sa respiration de longues minutes jusqu'à ce qu'une queue touffue n'apparaisse subitement devant son nez. Un écureuil à l'air indigné lui grimpa sur le torse. Le petit rongeur avait l'air d'avoir perdu quelque chose. Black se redressa et, ravi de se rendre un peu utile, passa l'après-midi à courir après un bébé écureuil qui s'était trompé de branche.
     

    Chapitre 36

    Chapitre 36

    Chapitre 36

    Deux jours après la veillée, Tom se rendit à la bibliothèque dans l'espoir de continuer ses propres recherches. Il rangea soigneusement les plans qu'il avait sortis le matin même pour la réunion de l'après-midi et entreprit de classer les livres qu'il avait ramenés. Il s'installa à une autre table et déploya toute une autre pile de grimoires. Crayon à la main, le cœur serré dans la gorge, il reprit sa lecture. La nuit tomba sans qu'il n'y prête guère attention. Soudain, alors qu'il se perdait dans les mots et les théories d'un autre âge, une main entra dans son champ de vision et ferma l'ouvrage. Il suivit des yeux le mouvement de la reliure qui claqua dans un bruit sourd et releva les yeux.
    Mynocia, une main sur le dos du livre, lui souriait doucement. Tom bondit hors de sa chaise et se retrouva le souffle court face à elle sans trop savoir pourquoi. Elle n'était pas maquillée, ses cheveux détachés glissaient de ses épaules et son regard était fatigué mais ferme et assuré.
     
    Tom la regarda comme si c'était la première fois. Elle fouilla ses yeux et il ne s'en détourna pas. Il n'osa rien dire. Elle posa sa paume sur sa main restée appuyée sur le bois de la table et le contact de leurs peaux sonna comme un coup de canon. Tom se rua sur elle et la serra contre lui. Ses mains agrippèrent immédiatement son dos et elle enfouit sa tête dans son cou, encourageant Tom à faire de même. Leurs cœurs battaient à toute allure et ils se serrèrent encore plus fort dans la chaleur de l'autre, respirant son odeur, sa chaleur. Le chef de guerre se retrouva plongé dans les mèches violettes à l'odeur de cannelle. Il voulait graver en lui la force de sa présence, la puissance de son âme qui pulsait si près de la sienne. Elle le poussa contre les bibliothèques. Tous deux roulèrent contre les livres. Ils se retrouvèrent front à front, le souffle court et le cœur lourd.
    Le rubis plongea dans l'océan et refusa d'en sortir. Leurs regards se soudèrent en même temps que leurs âmes. Ses mains se posèrent sur ses joues, traçant le contour de ses pommettes. Elle l'imita en contournant l'arrondi de ses oreilles du bout des doigts. Ils respiraient d'un même souffle.
    « Dans mon cœur, Mynocia, chuchota Tom en retraçant l'angle de sa mâchoire, il n'y a pas leur loi, pas de destin. »
    Ses lèvres tremblèrent en recevant ses mots.
    « Et une place pour toi. »
    Il l'embrassa. Les livres derrière eux tombèrent des étagères.
     

    Chapitre 36

    Chapitre 36

    Chapitre 36

    Chapitre 36

    Le dernier jour, le château tomba dans le silence. La Reine instaura le départ aux premières lueurs du soleil et les guerriers rentrèrent dans leurs appartements en espérant vainement attraper quelques heures de sommeil. La nuit se glissa sur le château comme un manteau de soie. Les liés avaient passé l'après-midi dans les bras l'un de l'autre, à s'aimer encore et encore, tant que le temps le leur permettait. Lorsque les derniers rayons du soleil disparurent, ils étaient toujours serrés l'un contre l'autre sur le grand lit bleu. Les minutes s'écoulèrent, rythmées par le battement de leurs souffles. Tous deux étaient épuisés et incapables de laisser le sommeil les séparer. Black tira les couvertures d'un geste de bras et se lova contre Mynocia, appréciant le contact de leurs peaux l'une contre l'autre, la chaleur de son corps, le doux rythme de son cœur qui pulsait dans sa poitrine. Elle lia de nouveau leurs âmes et tous deux écoutèrent de longues minutes la vie battre en l'autre.

    Deux coups résonnèrent soudain contre la porte et ils sursautèrent de concert.
    « C'est moi, fit la voix mal assurée de Tom de l'autre côté du battant. Est-ce que je peux entrer ? »
    Mynocia fut la première à reprendre ses esprits et sauta dans son pyjama en un temps record.
    « Une seconde Tomi, on arrive. »
    Black se débattit un instant avec son pantalon mais finit par se retrouver décent en moins d'une minute. Il alla ouvrir à leur ami. Derrière la porte, le chef de guerre se tenait droit comme un « i », les yeux rouges et cernés.
    « Je suis désolé, je voulais pas vous déranger, je n'ai pas pensé que, bredouilla-t-il, je voulais juste ... »
    Black posa gentiment son index sur ses lèvres. Tom le regarda sans ciller.
    Le justicier tira sur son poignet et le fit entrer. La porte se ferma derrière Tom.

    Chapitre 36

    « Vous devriez venir voir ça. »
    La voix de Mynocia venait du balcon et les deux amis l'y rejoignirent. La guerrière était accoudée à la balustrade, le regard perdu au loin, sur l'orage qui grondait à l'horizon. Un éclair déchira la nuit face à eux, projetant sa lumière folle sur les cimes des grands monts blancs. Leurs regards restèrent rivés contre les silhouettes des montagnes, à l'endroit où la lumière avait jailli quelques instants auparavant. Au-dessus du royaume, le ciel étoilé était pourtant clair. Le tonnerre qui leur parvenait ne pouvait pas encore les atteindre.
    Black serra la main de Tom qui était restée dans la sienne et saisit celle de Mynocia. Il ignorait s'il serait capable d'être à la hauteur de ce que les elfes attendaient de lui. S'il serait ce héros en lequel Mynocia et Tom avaient foi.
    « Tu n'es pas un héros, sourit Mynocia. »
    Elle l'avait entendu. Sa voix était pourtant emplie d'espoir.

    « T'es un pauvre gars. Un type aux pouvoirs surpuissants élevé dans l'idée qu'il était normal. T'as cru pendant des années que tu allais pouvoir rentrer dans la norme, t'y faufiler, t'y glisser. Puis t'as laissé tomber. T'as enfilé un costume ridicule, ramassé une ville qui tombait en cendres, et t'as fui comme un lâche dès que la légende t'a rattrapé. Un pauvre gars. T'es qu'un pauvre gars. Un pauvre gars qui porte sur ses épaules le sort de trois nations. Tu sais quoi Blacky-bear ? Tu seras jamais un héros, costume rouge ou pas. Les héros, ça se dresse devant mille hommes, ça dirige les siens en s'oubliant dans la bataille, ça tue sans compter et ça meurt au combat. Toi, tu es un pauvre gars. Pas un héros. Et demain, au fond, peut-être que tu le deviendras.Pour nous en tout cas, tu demeureras le pauvre gars le plus extraordinaire que la terre n'ait jamais pu porter, l'homme de toute une ère. Le pauvre héros de toute notre vie. »

    Chapitre 36

    Black perdit son souffle entre deux étoiles. La tête de Mynocia tomba sur son épaule. La guerrière saisit le poignet de Tom qui s'enroula à son tour autour de Black. Il ferma les yeux un instant. Par tous les dieux, qu'il les aimait. Il voulait faire de cet amour qui ébranlait son cœur son arme, renoncer au sang et aux larmes, pour se fondre dans ces deux âmes.
    « On triomphera comme ça, promit Tom. Pas avec des armes, des sorts, des malédictions ou des dagues. Pas comme eux, pas comme lui. On ne vaincra pas la haine par la haine. »
    Tom était entré dans le lien. Leurs âmes liées promirent de se suivre, de s'unir jusque dans la mort.
    « Je crois en toi. En ton innocence, ta force naïve et ta pureté. Alors non, notre mort ne sonnera pas la fin ou la défaite. »
    Face à eux, l'éclair surgit de nouveau et éclaira le visage du chef de guerre.

    « Si nous tombons à l'aube, fit Tom
    — Nous tomberons unis, promit Mynocia
    — Liés, s'entendit-il jurer. »


    Tous trois se regardèrent. Les mots apparurent sur leurs lèvres comme une délivrance.

    « Et invaincus. »

    Le lien accepta Tom. Mynocia les attira contre elle et ils se retrouvèrent bientôt chacun serré dans la chaleur des deux autres. Black ferma de nouveau les yeux, le nez plongé dans le cou de Mynocia, les lèvres de Tom caressant sa clavicule. Il n'aurait jamais pensé pouvoir aimer autant.

    « Nous tomberons vainqueurs, comprit-il enfin. »

    Leurs âmes se mêlèrent. Petit à petit, ils retournèrent aux étoiles, sans un mot.
     

    « C'est l'heure, murmura le Temps. »
     
     

    Chapitre 36

    Chapitre 36

    Chapitre 36

    Chapitre 36

    L'éclat de la Lune guida les pas de Kulilaahn alors qu'il sortait de ses appartements, une petite fiole à la main. Le souverain s'accorda quelques instants de pause et tourna les yeux vers les étoiles. L'orage grondait toujours à l'horizon. Il inspira profondément, seul sous le regard du manteau étoilé de l'univers, à nu sous les astres qui le dévisagèrent. Il sourit aux constellations, confiant sans être serein. Le résultat de plus de onze ans de stratégie serrée trouverait son apogée dans les jours à venir et il ne pouvait pas se permettre la moindre erreur. A présent, le moindre faux-pas, le moindre mot pourrait lui coûter la vie ou pire, lui arracher Siànan.
    Les yeux toujours perdus dans le ciel étoilé, il se revit un instant à ses seize ans, lorsqu'il avait dû monter sur le trône et succéder à l'Ombre à la tête de la plus puissante de toutes les armées. A cette époque, sans Siànan, jamais il n'aurait pu dompter Wïane et s'assurer de rester en vie. Jamais il n'aurait trouvé la force de se battre, la foi en lui et en ses hommes.

    Chapitre 36

    Sans Siànan, jamais il n'aurait cru en son rêve. Jamais il n'aurait osé déchirer ses voiles, exiler Kaën ou recueillir Ashes. Combustor sourit de nouveau aux étoiles. La jeune femme n'avait eu de cesse de le surprendre ces dernières années. Elle avait su dépasser son handicap, tenir tête à Wïane, magnifier sa douleur et sublimer ses peurs. Dans les rangs de l'armée, les soldats chuchotaient encore qu'Ashes avait fui, trahi puis déserté l'Empire. Mais les guerriers n'avaient pas vu que l'Armée de Feu était en train de lui briser les ailes. Si Ashes était restée, elle aurait été incapable de voler. Elle aurait été condamnée à la pesanteur, à la terreur, et à la cage de fer. La jeune femme méritait bien mieux que Wïane, mieux que l'horreur du nom qu'elle traînait de sa naissance. Elle méritait la liberté, l'envol, pas la prison, pas les mensonges et les secrets de l'Ombre. Au fond de lui, il espérait que leurs chemins se recroiseraient un jour.

    Kulilaahn s'arracha au ciel et reprit sa route. Il pénétra sans crainte dans les appartements de l'Ombre et s'inclina respectueusement lorsque l'autre roi le salua.
    « Votre potion, Maître, présenta-t-il en tendant le petit flacon au souverain. »
    L'autre la but d'une traite et invita d'un geste de main son petit-fils à prendre place à ses côtés. Kulilaahn obéit et s'assit respectueusement face à lui, reprenant la petite fiole.
    « Je t'en prie, mange, fit l'Ombre en désignant les mets abondants face à eux. »
    Il le remercia d'un signe de tête et saisit délicatement une tomate entre ses doigts. Fuxan émit un drôle de bruit, entre le rire et le grognement.
    « Ta mère avait la même manie, la même retenue avec les aliments, expliqua-t-il, une étincelle triste au fond des yeux. »
    Son petit-fils ne répondit rien. L'Ombre ne s'était jamais remis de la perte de sa fille.
    « Mes fidèles sont bien installés, de ce que j'ai entendu, enchaîna-t-il, changeant de sujet.
    — Je l'espère, en tout cas, répondit Kulilaahn. J'ai accordé beaucoup d'attention à leur arrivée. »

    « Tu as été particulièrement efficace, il est vrai. »
    Il se perdit de longs instants dans la contemplation des vagues dansant dans son verre de vin.
    « Cela m'amène à te faire une proposition. Comme tu le sais, dans quelques jours, je serai de nouveau couronné face au peuple afin d'asseoir mon pouvoir. Bien évidemment, tu garderas ton statut de prince héritier, mais je souhaiterais aussi que tu deviennes mon second. J'ai ouï dire de Wïane que tu étais très bon pour les exécutions. Cela te convient-il ? »
    Kulilaahn demeura silencieux, une autre petite tomate dans la main.
    « Je l'ignore, maître. Vous savez comme il m'est délicat de mener des hommes ...
    — Oh, ne t'inquiète pas, tu n'auras personne à mener ! S'amusa l'Ombre en le regardant comme s'il était à peine capable de marcher seul. »
    L'autre homme soupira de soulagement et donna son accord. L'Ombre parut ravi et avala une autre gorgée de vin.

    Son verre claqua un peu fort contre la table et Kulilaahn releva les yeux de son assiette. L'Ombre fixa le vide d'un air perdu.
    « Maître ? »
    Fuxan se massa les tempes, la mine soudainement pâle. Kulilaahn fourra une autre tomate dans sa bouche. Le souverain glissa de sa chaise et se retrouva étalé sur les dalles froides du sol. L'autre homme le regarda dégouliner de son fauteuil sans broncher.
    « Dormez, maître, dormez, susurra-t-il en se penchant vers la silhouette. Demain, vos mensonges seront en cendres. »
    Il se releva et abandonna Fuxan, seul, inconscient sur les dalles. Kulilaahn pressa une dernière fois sa paume contre la lame de l'épée qui brillait à sa taille. Il sortit et verrouilla les appartements du Grand Roi derrière lui. Il disparut sous l'éclat de la lune.

    Chapitre 36

     
    Les nuits d'été étaient toujours les plus longues. Il n'y avait rien à voir, rien ne se passait et une chaleur atroce en journée empêchait de se reposer correctement. Et bien évidemment, ils étaient censés ouvrir l'œil pendant huit heures d'affilée sans moufter.
    « Tu as fini de râler, un peu ? Si le Maître t'entendait, tu serais flagellé ! »
    L'élémentaire pouffa et envoya un regard amusé à son camarade.
    « Depuis quand on se fait fouetter quand on aime pas être de garde sur la foutue tourelle Est toutes les foutues nuits d'été ? 
    — Depuis que Combustor a remplacé Combustor.
    — La logique des nobles, moi, j'y capte rien. »
    Son camarade pouffa à son tour. C'était encore une nuit atrocement calme. L'aube approchait et comme d'habitude, leur plus grosse menace avait consisté à se battre avec une chouette et quelques chauves-souris.

    L'autre élémentaire reprit ses râleries et son compagnon de galère soupira.
    « Au moins, on profite d'une vue imprenable sur le lever de soleil, positiva-t-il en voyant les premiers rayons apparaître au loin.
    — Si seulement il ne nous empêchait pas de pioncer la journée, ce foutu soleil ! pesta l'autre. En plus on nous répète sans arrêt qu'il faut qu'on ...
    — Attends, l'interrompit son camarade.
    — Quoi encore ?
    — J'ai cru voir briller un truc en face ...
    — Quoi, sur ce tas de cailloux ? Tu vois, on a besoin de sommeil !
    — Mais tais-toi ! Je te dis que j'ai vu un truc ! »


    Comme pour lui répondre, une silhouette blanche surgit de nulle part sous leurs yeux. Elle portait une grande armure blanche et se dressa sans crainte face à l'immense château.
    « Je suis la Reine Blanche, cria-t-elle, et je réclame vengeance ! »
    Elle brandit son poing en l'air.
     
                                                                                         L'armée apparut derrière elle.

     

    Chapitre 36

     

    Chapitre 36

    FIN DU CHAPITRE 36

     


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