• Chapitre 6

    Chapitre 6

     

    Chapitre 6

    Les larmes de cendres

     

    [ Version illustrée disponible ici ]

     

    Chapitre 6

     

     

    Dévorée. Sa maison était littéralement dévorée par les flammes. Le feu sortait par les fenêtres et le toit émettait des craquements inquiétants. Sa maison, son chez-soi depuis 12 ans, allait s'écrouler et partir en fumée.


    Sa grand-mère allait beaucoup pleurer. Le cœur du jeune homme manqua un autre battement. On était jeudi. Lysia ne sortait jamais le jeudi. Black ne réfléchit pas et se jeta à corps perdu dans la maison en flammes, se fichant que sa chemise ne s'ouvre et qu'une tuile carbonisée manque de peu de lui brûler les cheveux.

    Ignorant l'air brûlant qu'il respirait et qui lui irritait la gorge, il se rua dans le salon en hurlant des « MAMIE ! » d'une voix paniquée. Il jeta une mitaine qui était en train de brûler et perdit une chaussure. Mais cela, il s'en fichait. Seule Lysia comptait. Il se rua à l'étage après avoir parcouru toutes les pièces du bas en hurlant. Il ouvrit les portes qui brûlaient à la volée, ne cessant de crier.

    Il chercha dans toutes les pièces, sa chambre, celle de sa grand-mère, la bibliothèque, la salle de bain, et ne trouva rien. Lysia était introuvable. Réalisant que l'air lui manquait, il sortit en trombe de la maison, trébucha sur une pièce et s'écroula dans l'herbe. Dire qu'il avait peur aurait été un énorme euphémisme. Il était terrorisé.


    Il attrapa son étoile redevenue rouge et la serra dans son poing à la force du désespoir. Une immense vague lui passa au dessus de la tête.


    Mynocia.
    Il était sauvé.


    En deux secondes il fut debout aux côtés de la guerrière à lancer des boules d'énergie dans ses vagues pour qu'elles soient plus puissantes. La maison fut éteinte en quelques minutes.
    Sous le regard de Mynocia, il se rua de nouveau dans les décombres de sa maison carbonisée et commença à fouiller. Il n'avait jamais eut aussi peur de se qu'il pourrait y trouver.
    Sa main gauche mise à nue frôla des doigts et son cœur s'arrêta pour repartir de plus belle.

    Il bougea une tuile : un bras.

    Une autre : une épaule

    Deux autres : un visage.
     
    Ses pensées s'embrouillèrent dans son cerveau, sa bouche s'ouvrit mais aucun son n'en sortit, ses cordes vocales se bloquèrent, sa gorge maltraitée par l'air chaud le brûla de nouveau. Un couteau sembla poignarder son cœur en y laissant une profonde cicatrice. 

    Sa vue se fit trouble et son ouïe si floue qu'il n'entendit pas Mynocia se rapprocher. L'image du corps mort de Lysia s'imprima sur sa rétine et il eut l'impression que l'on déchirait son cœur en deux.
    Une immense douleur lui contracta tous les muscles, et il se sentit partir, craquer. Mynocia s'était rapprochée de Black et cherchait ses mots. Soudain, une violente bourrasque la fit tituber.

    Tituber ! Elle, l'élémentaire la plus puissante !

    Abasourdie, elle regarda le jeune homme se relever, serrer les poings et hurler.
    De l'air s'échappa des mains du jeune homme alors qu'une immense tornade se rapprochait de plus en plus d'elle. Elle fit apparaître un bouclier d'eau qui ne l'empêcha pas de se retrouver propulsée en avant. Et soudainement, elle comprit. Pourquoi la fusion d'âmes avait marché, pourquoi ce jeune homme avait une force aussi développée, tout concordait.

    Elle fit disparaître son bouclier d'eau quand Black s'écroula à genoux par terre.
    Elle se rapprocha doucement du justicier dont les épaules étaient secouées par les sanglots. Elle ne fit aucune réflexion sur les larmes du jeune homme, ni sur le trou bien net dans la paume de Lysia qui prouvait que les élémentaires étaient bel et bien passés par là et que la vieille femme n'était pas morte brûlée.
    Elle se contenta de saisir délicatement le poignet du jeune homme qui résista mais qui se laissa finalement relever.

     Tête baissée, il semblait vouloir assécher son corps de toute trace d'eau. Sans qu'elle ne comprenne pourquoi, le cœur de la guerrière se pinça. Elle releva la manche du justicier pour pouvoir prendre sa main dans la sienne et faire marcher leur lien. Juste pour lui donner sa présence, sans fusion d'âmes. Pour lui dire qu'elle était là dans cet instant où les mots auraient été de trop.
     
    « -Black ... Il faut partir maintenant, ils vont revenir. 

    Le jeune homme ne répondit pas même après une petite pression de la guerrière sur ses doigts. Les larmes dévalant ses joues, il finit par murmurer :
     -Pardon ... Pour ce que je vais faire. »
     
    Mynocia haussa les sourcils mais avant qu'elle n'ai eu le temps de répondre ou de demander quoi que ce soit, Black avait tiré sur leurs doigts joints.

    Un menton se posa sur son épaule alors que son nez s'enfonçait dans une masse de cheveux rouges qui sentaient adorablement bon l'air pur de la montagne, ce qui confirmait ses hypothèses sur la vraie nature du justicier qui pleurait contre elle.

    Elle s'était tendue quand le justicier avait demandé ses bras. Elle ne connaissait plus cette tendresse, cette chaleur humaine que l'on pouvait ressentir simplement en serrant quelqu'un contre soi. Si elle était gênée au possible, elle savait que Black avait besoin d'elle de cette façon en cet instant, alors elle se laissa aller à rendre son étreinte au justicier.

    Black se sentait ridicule. Avait-il mal à ce point pour être allé chercher les bras de Mynocia ? Les larmes roulèrent encore plus alors que son esprit formulait un « oui ».  Sa fierté était en miettes et pour le moment, il se fichait. Il voulait juste rester dans cette étreinte qui lui paraissait trop tendre pour être réelle. Et puis, pourquoi Mynocia avait-elle répondu à son appel au câlin ? N'étaient-ils pas censés se haïr de toute leur force ?

    Tant pis, après tout.
    La guerrière le poussa doucement en arrière sans pour autant lâcher son poignet.
    -Viens, il faut partir maintenant ...

    Black n'opposa aucune résistance quand Mynocia le fit décoller vers des horizons qu'il ne connaissait pas. Il laissait sans regrets derrière lui le travail du Justicier Rouge, se fichant d'être égoïste, il se laissait guider par cette présence rassurante qu'était devenue Mynocia. 

    La vue toujours brouillée par les larmes qui se tarissaient peu-à-peu, Black se laissa porter pendant des heures au dessus de paysages qu'il ne connaissait pas. Il était dans un état second, il se fichait de savoir où on l'emmenait, il voyait juste le corps sans vie de sa grand-mère.
     
    -Black ! Black ! EH ! BLACKY ! On descend ! Hurla Mynocia qui avait du mal à attirer l'attention du justicier. Ce dernier amorça finalement la descente et regarda la maison vers laquelle ils se dirigeaient.
    D'un rectangle presque parfait, les murs étaient des briques d'un violet virant sur le rose. Le jardin était vide de fleurs ou de décoration à l'exception de quelques arbres. 
    -On est où ? Demanda Black dans un américain très incorrect.
    Sa voix tremblait.

    -Chez moi. Répondit Mynocia en poussant le grand portail noir pour s'avancer vers la porte d'entrée.
    Black s'avança à son tour d'un pas de zombi pendant que l'élément insérait la clé dans la serrure.
    Ils avancèrent de deux pas à l'intérieur.
    Ce qui frappa Black, ce fut l'odeur qui planait dans la maison. C'était un parfum frais, pur, comme de l'eau ou des vagues d'un océan, qu'il avait l'impression d'avoir déjà senti.

    L'espace d'un instant il se focalisa tellement sur cette odeur marine qu'il oublia tout ce qui n'allait pas.
    Il s'avança dans un salon assez vaste, décoré avec un goût ... Un goût mynocien. Rose, fuchsia, violet, fluo ... Toute la pièce arborait des couleurs si vives qu'elles faisaient mal aux yeux. Les murs étaient roses pâle et le sol d'un bois clair recouvert par des tas de magazines, de coussins, de feuilles volantes et tout un tas d'autres objets. Un canapé rose fluo trônait au milieu de la pièce, devant un ours en peluche rose contre une guitare ... Rose. Mynocia posa ses clefs sur la table basse et se retint de justesse de lancer une remarque acerbe à Black qui venait d'apercevoir la mezzanine, tournant sur lui-même, les yeux écarquillés et la tête levée.

    -Bienvenue chez moi, fit Mynocia sarcastiquement en s'attirant le regard bleu encore humide du justicier.
    Ca, c'était chose sûre, c'était bel et bien chez Mynocia, il n'y avait aucun doute possible et Black le comprit en découvrant la chambre de l'élément qui se situait à l'étage. Le papier peint toujours d'un violet clair se reflétait sur un sol parsemé de livres, de crayons, de vêtements jetés là ou roulés en boule, et même de vieux magazines pornographiques laissés ouverts au milieu de la chambre. Le lit débordait de coussins sur des draps toujours violets et une vieille valise trainait, grande ouverte, comme si un quelconque voyage était organisé.

     Les heures étaient passées depuis que Black était arrivé chez Mynocia. Cette dernière, voyant que le jeune homme allait mieux, avait reprit l'habitude de lui lancer des piques. La nuit était tombée depuis un moment et Black regardait les étoiles, pensif, depuis la fenêtre de la chambre de la guerrière.
     
    La porte de la salle de bain adjacente s'ouvrit et une Mynocia en pyjama à tête de mort en sortit.

    « -Eh Blacky, va te doucher, tu pues à des kilomètres ! Et enfile ça, c'est tout ce que j'ai pu te trouver, mais ce sera mieux que tes lambeaux carbonisés. » Fit l'élément en tendant un bout de tissu en boule à Black avant de le pousser dans la salle de bain. Quelques minutes plus tard, un Black tout propre aux cheveux mouillés sortit en manquant de déraper sur l'essuie qui trainait.

    -Mais qu'est-ce que c'est que cette chose ? Hurla-t-il en tenant à bout de doigt la chemise de nuit que lui avait passée Mynocia et qu'il avait tout de même enfilée.

    La guerrière lui répondit froidement que c'était une nuisette et que s'il n'était pas content, il n'avait qu'à dormir tout nu. Alors qu'elle s'attendait à ce que sa réplique le fasse enrager ou même bouder, les joues du jeune homme se colorèrent de rouge, comme s'il voulait s'assortir avec le pyjama.
     
    Il détourna les yeux et s'assit sur le petit canapé-transat à côté du lit sous le regard étonné de Mynocia. Elle le savait candide et innocent, mais à ce point ...

    -Bonne nuit. Fit Black d'un ton froid en se couchant entièrement, rapidement suivi par Mynocia qui rajouta qu'il allait forcément mal dormir sans son ''morsounet d'amûr''

    Elle ne savait pas à quel point elle avait raison.
     
    La maisonnée s'était endormie depuis plusieurs heures quand un hurlement déchira le silence de la nuit.
    Mynocia bondit hors de son lit si vite qu'il se déplaça de quelques mètres sur le côté et elle se rua vers Black.

    Enroulé dans la couverture, il semblait se débattre avec une chose invisible, en sanglotant des « mamie, non ».
     
    Mynocia se baissa, démêla la couverture des jambes du jeune homme et la poussa sur le côté, le redressa et entreprit de le réveiller, sans succès. Tout à ses sanglots léthargiques, Black ne sentait pas les mains de Mynocia sur ses épaules.
    -Black, c'est un cauchemar, réveilles-toi bon Dieu !
    Il n'entendit pas non plus la voix de la guerrière.

    CLAC !

    Par contre, la claque, il la sentit.

    Le jeune homme ouvrit des yeux d'un bleu roi sur Mynocia qui avait joint leurs mains de cette manière si particulière qui lui permettait de voir tout ce que voyait l'autre, de partager ses peines, ses peurs et ses envies.

    Black, à présent assit sur le sol les genoux relevés, sanglotait, appuyé contre le petit sofa duquel il avait glissé.

    - Ne me cache pas tes larmes, Blacky, ça n'en changera pas le fait.Black était vraiment mal, son cœur lui semblait vide et les larmes le seul moyen de se libérer. Il avait honte de lui, honte d'avoir si mal, honte de pleurer comme un gosse devant Mynocia, honte de ses yeux, honte de ses cheveux, honte de sa peau ...
    Non, vraiment, ça n'allait pas.

    Ses sanglots redoublèrent d'ardeur et il sentit avec étonnement une main caresser ses cheveux trop lisses, trop rouges, trop moches.
    -Myn ... Mynocia ?
     
     

    Chapitre 6

    Fin du chapitre 6

     


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :